L’électrochoc souhaité par Québec pour réduire le nombre persistant et inquiétant de nouvelles éclosions de coronavirus a finalement été bien modulé et n’entraînera pas une panne généralisée de l’économie québécoise comme plusieurs le craignaient — notamment nos entreprises manufacturières, qui retenaient leur souffle et qui peuvent recommencer à respirer un peu plus librement.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Même si tous estimaient inévitable la prolongation et le resserrement des règles du confinement pour lutter plus efficacement contre le tenace et teigneux coronavirus, les chefs d’entreprises manufacturières ne voulaient surtout pas revivre l’arrêt forcé de leurs activités comme celui que leur avait imposé le gouvernement de François Legault au printemps dernier.

À part les secteurs à risque qui ont été sacrifiés depuis le reconfinement de l’automne dernier — restaurants, bars, spectacles et divertissement — et les commerces de détail non essentiels qui ont fermé leurs portes le 25 décembre dernier, les nouvelles modalités du confinement épargnent les entreprises manufacturières.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Tremcar, fabricant de remorques et de citernes, n’a eu qu’un seul cas de COVID-19 sur 400 employés.

Depuis quelques jours déjà, toutes sortes de rumeurs amplifiaient la sévérité du coup de barre que souhaitait donner Québec pour réduire de façon probante la propagation de la pandémie. Si on était prêt à instaurer un couvre-feu, alors la fermeture des usines devenait elle aussi une probabilité envisageable, comme on l’avait fait au début de la première vague, en mars dernier.

C’est pourquoi on a aussi beaucoup lu et entendu Véronique Proulx, présidente de Manufacturiers et Exportateurs du Québec.

Elle a mis en garde le gouvernement de ne pas succomber à un excès de zèle en répétant l’expérience du printemps, qui a fait mal à quantité de PME industrielles qui ont dû fermer leurs portes pour une période variant de quelques semaines à deux mois.

Le premier ministre Legault l’a d’ailleurs admis lors de son annonce de mercredi soir : le Québec a été le seul État à décréter la fermeture complète des entreprises manufacturières dont les activités étaient jugées non essentielles.

Même l’Ontario, qui vient de replonger dans un nouveau confinement beaucoup plus sévère que les précédents, n’a toujours pas jugé nécessaire d’exiger la fermeture de ses usines. Bref, Québec a jugé que les entreprises manufacturières étaient en mesure de bien gérer les consignes sanitaires qu’elles ont mises en place depuis le début de la pandémie et de s’assurer qu’elles ne deviennent pas des vecteurs de transmission.

Situations d’éclosion

Depuis quelques semaines, on fait grand cas de la hausse des cas d’éclosion de COVID-19 dans les entreprises. Certaines statistiques attribuent même plus de 30 % des nouveaux cas d’infection à des individus qui ont été infectés dans leur lieu de travail.

Pourtant, l’Institut national de santé publique du Québec refuse de cibler les entreprises comme foyers d’infection, mais préfère décrire les cas qu’on y recense comme étant des situations d’éclosion.

Mis à part le secteur de la transformation alimentaire, qui a été secoué par des cas d’éclosion liés à la production industrielle, notamment en raison de la promiscuité physique liée à la nature même des opérations, le secteur industriel québécois s’en tire plutôt bien.

On a quatre usines au Québec et on compte plus de 700 travailleurs. Depuis le mois de mars, on a eu une vingtaine d'employés affectés par coronavirus et ils l'ont contracté dans leur entourage familial. On a un seul cas encore actif qui est en quarantaine.

Martin Brassard, PDG d’Héroux-Devtek, fabricant de trains d’atterrissage de Longueuil

« On n’est pas un vecteur d’éclosion et, depuis le début de la pandémie, on a instauré un protocole sanitaire strict de distanciation physique, et tous les employés sont soumis à une prise de température quotidienne », m’a également dit M. Brassard.

Harold Savard est le PDG de Novatech, plus important fabricant de portes et fenêtres en aluminium du Québec avec sa dizaine d’usines en sol québécois et son millier d’employés, avec aussi des installations dans l’Ouest canadien, aux États-Unis et en France.

« On a investi 600 000 $ en mesures sanitaires depuis le début de la pandémie. Ç’a été la priorité numéro un depuis le mois de mars. On n’a eu aucun cas de COVID-19 au Québec et on a 370 employés qui ont été testés à date, tous négatifs », insiste M. Savard.

Pour lui, un arrêt forcé de la production aurait été catastrophique. En mars et en avril, il a été contraint de fermer ses usines québécoises, et il arrive tout juste à rattraper le temps perdu.

La construction résidentielle a connu un boom incroyable ici et surtout aux États-Unis, et on réalise 55 % de notre chiffre d’affaires à l'extérieur du Québec. Si on avait arrêté de produire, ce sont nos concurrents qui auraient pris notre place.

Harold Savard, PDG de Novatech

Même constat chez Tremcar, fabricant de remorques et de citernes de Saint-Jean-sur-Richelieu.

« On a deux usines dans la région et 400 employés. On a eu un seul cas de COVID-19 et notre employé l’a contracté dans sa famille. Les règles sanitaires sont strictes chez nous. On a embauché du personnel qui travaille à temps plein à désinfecter sans arrêt toutes nos installations. On prend ça au sérieux », confirme l’entrepreneur.

La COVID-19 est issue d’un virus mortel qui fait peur, et il faut évidemment tout faire pour enrayer sa propagation comme le souhaitent le gouvernement du Québec et tous les Québécois. D’ici à ce que nous ayons tous pu être vaccinés, il faut demeurer extrêmement vigilants, tout en ne cessant pas de vivre pour autant.