La pandémie est dure sur le moral et les finances de nombreux Québécois. Certains se sont cependant vite retroussé les manches dans l’espoir de passer au travers et d’accueillir 2021 avec le moins de bleus possible. Aujourd’hui, Guylain Millette nous raconte son histoire.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Près de 500 % de hausse du chiffre d’affaires en un an. La belle affaire ! En devenant propriétaires du Local 41 à Sainte-Thérèse, en 2018, Guylain Millette et sa partenaire Stéphanie David ont redonné tout un éclat et beaucoup d’attrait à un lieu qui avait besoin d’amour. L’endroit, qui abrite deux salles de réception, a rapidement été l’hôte de spectacles, mariages et showers de bébé. « On a travaillé fort, Stéphanie et moi, pour renouveler les lieux, raconte Guylain Millette. On a créé des liens avec les chambres de commerce. On a eu un partenariat avec le festival Santa Teresa pour les after partys. Martin Deschamps et Mario Tessier y ont donné des spectacles. Mère ordinaire y a fait une captation. Plein de choses s’y sont passées en deux ans. »

Alors que le cahier de réservations explosait, la COVID-19 s’est invitée à la fête… puis les annulations forcées d’évènements. Guylain Millette venait, quelques mois plus tôt, de vendre sa maison pour investir dans l’immeuble de deux étages qui abrite le Local 41. Investir dans du solide et ainsi assurer ses vieux jours.

« Je me suis aménagé un petit loft en haut, raconte-t-il. Mais quand la COVID-19 est arrivée, on a transformé la moitié de l’espace à l’étage en bureaux locatifs. Un barbier et un tatoueur ont loué chacun pour cinq ans. »

Ne pouvait-il pas aménager de tels locaux au rez-de-chaussée également ? « Un règlement de zonage l’interdit, répond Guylain Millette. Mais un organisme paragouvernemental nous a proposé de diviser pour louer. »

Depuis des mois, les propriétaires ont la tête dans les chiffres, leurs dettes et les programmes gouvernementaux pour voir comment passer au travers. La journée de l’entrevue avec La Presse, Guylain Millette pestait contre son institution financière. « Zéro humanité ! lance-t-il. On est une salle de réception et on est gravement atteints. On a eu peu d’aide du gouvernement. Un montant de 40 000 $ est quand même rentré sur le tard. On a réussi à se débrouiller jusqu’à octobre. Mais un huissier a apporté une lettre de la banque : vous avez 60 jours pour payer, sinon on saisit l’immeuble ! Je suis estomaqué. On a toujours payé. On voulait juste un délai pour l’hypothèque et ne payer que l’intérêt pour l’instant. »

Pour s’en sortir, avant que cet ultimatum n’arrive, Guylain Millette avait déjà décidé de planter une pancarte à vendre devant l’immeuble.

Cette décision est directement liée à la deuxième vague. On y croyait encore cet été. On s’est virés de bord et on a fait des partenariats avec des artistes qui partageaient les risques avec nous. Mais on s’est tannés, on ne passera pas au travers.

Guylain Millette, propriétaire du Local 41

Petite éclaircie dans la tempête, il a reçu une offre d’achat en décembre. Entre-temps, sa partenaire s’est recyclée. « Elle est maintenant dans la construction avec son chum, dit l’homme de 48 ans. Sur le terrain. Elle arrache du plancher. Elle fait tout. »

Heureusement, Guylain Millette n’a jamais laissé tomber son premier emploi de sous-traitant pour des concessionnaires de véhicules récréatifs, comme BRP. Un milieu qu’il adore tout autant que celui de l’événementiel. « Je travaille dans le milieu récréatif depuis 35 ans, précise-t-il. C’est ma sécurité. Les contrats sont sur plusieurs années. Je me suis créé un travail avec le temps. Beaucoup aimeraient m’avoir à temps plein comme directeur des opérations, mais j’ai de la misère avec l’attachement. »

Le père de deux grands enfants parle avec entrain, le sourire dans la voix, malgré tout. Même quand il raconte qu’il ne reste presque plus rien des 125 000 $ que la vente de sa maison lui a procurés. « En même temps, ce n’est pas une mauvaise décision, ce n’est pas perdu, car la valeur de l’immeuble du Local 41 s’est accrue de 250 000 $ grâce aux rénovations, calcule-t-il. J’ai été élevé dans les bars. Je suis un tripeux de spectacles. L’immeuble était un fonds de pension espéré, un investissement. Il vaut près de 1 million aujourd’hui. »