Coincée entre ses engagements militaires, d’autres activités essentielles au maintien de certains vols pendant la crise et ce qui est vraiment superflu, l’industrie aéronautique québécoise tentait tant bien que mal, mardi, de répondre aux exigences de fermeture du gouvernement québécois, la seule juridiction qui la force à agir ainsi.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

« Ce qui est difficile pour nous, c’est que d’autres juridictions ont des définitions plus larges, disons ça comme ça, alors ça vient nous pénaliser », s’inquiétait hier la PDG d’Aéro Montréal, Suzanne Benoit, en énumérant notamment l’Ontario, l’Ohio, le Michigan et la Californie.

« La concurrence, c’est la concurrence. Le danger est que s’ils délocalisent maintenant, à moyen terme, peut-être que c’est de la production qu’on va perdre. »

Tout en marchant sur des œufs, le président de Héroux-Devtek, Martin Brassard, abondait dans son sens. Son entreprise est notamment présente en Ontario, dans différents États américains et en Espagne.

« Dans toutes nos autres juridictions, l’aviation commerciale est approuvée. La seule où elle ne l’est pas, c’est le Québec. »

Le militaire continue

« On a au moins une demi-bonne nouvelle, le secteur de la défense est épargné », affirmait par ailleurs Mme Benoit.

La demande de fermeture du gouvernement québécois exclut les activités militaires. Le Canada et les États-Unis sont liés par le Defense Production Sharing Agreement, qui rend les usines canadiennes admissibles aux contrats militaires américains, mais impose en revanche certaines conditions de fiabilité.

Environ 150 entreprises liées à ce secteur pourront donc continuer d’opérer au Québec, au moins en partie, estime Mme Benoit.

Départager les activités commerciales et militaires n’est toutefois pas simple pour plusieurs d’entre elles.

« L’enjeu, c’est que certains petits fournisseurs parfois ne savent même pas si leurs pièces vont dans des avions civils ou militaires, il y a des doubles usages », explique-t-elle.

Certains grands donneurs d’ordres étaient en discussions avec le gouvernement, mardi, pour tenter de le convaincre de les laisser maintenir certaines activités. C’était le cas entre autres chez Pratt & Whitney Canada et chez le fabricant d’hélicoptères Bell.

« Bell est présentement en discussion avec le gouvernement du Québec afin de confirmer son statut d’entreprise essentielle ayant des activités manufacturières prioritaires afin de répondre à nos engagements envers le Ministère de la Défense nationale du Canada, la Garde côtière canadienne, les forces de l’ordre, nos alliés internationaux, les premiers répondants ainsi que les services médicaux aériens étant sur la première ligne de la pandémie mondiale de la COVID-19 », a indiqué en fin d’après-midi une porte-parole de l’entreprise, par courriel.

« Pratt & Whitney a obtenu en après-midi le feu vert pour garder actives ses opérations liées notamment à des moteurs servant pour l’agriculture ou le sauvetage. »

De son côté, Bombardier a été très rapide, mardi matin, pour confirmer l’arrêt de toute sa production aéronautique et ferroviaire au pays. Environ 12 400 de ses 17 600 employés au Canada seront au chômage. Les quelque 30 % d’employés restants peuvent travailler à distance, œuvrent au service à la clientèle pour des avions qui continueront d’opérer ou encore doivent terminer des livraisons jugées « cruciales ».

Le fabricant de simulateurs CAE avait pour sa part déjà annoncé vendredi la mise à pied d’environ 465 employés affectés à la fabrication de simulateurs.

Airbus et Stelia : aménagement à la convention

À Mirabel, les employés d’Airbus (A220) et de sa filiale Stelia ont vu leur syndicat, celui des Machinistes, s’entendre avec l’employeur sur une formule qui devrait leur permettre de conserver leur salaire normal pour les trois prochaines semaines, plutôt que de faire appel à l’assurance-emploi.

Leurs conventions collectives prévoient un système de banque d’heures dont le solde peut être négatif, jusqu’à un maximum de 20 heures en temps normal, a expliqué hier le coordonnateur québécois des Machinistes, David Chartrand.

Cette clause a été modifiée pour repousser la limite à 120 heures, ou l’équivalent de trois semaines. Les employés pourront donc utiliser une combinaison de leurs vacances restantes, de celles de l’été suivant et de cette banque, qu’ils devront renflouer à leur retour, pour passer au travers des trois semaines. Une fermeture plus longue entraînerait toutefois des mises à pied, a prévenu M. Chartrand.

La même entente a été offerte à Bombardier, dont la convention avec les machinistes prévoit aussi une banque d’heures, mais elle a été rejetée.