« On a besoin de toute l’aide que l’on peut avoir », a déclaré Justin Trudeau lundi lors de son point de presse quotidien. Le message avait déjà été entendu il y a quelques jours par des entreprises comme Adfast, de Saint-Laurent, qui travaille d’arrache-pied à modifier sa chaîne de production pour fabriquer du désinfectant.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Des entreprises de toutes les tailles un peu partout au Québec ont amorcé une conversion de leur production vers de l’équipement médical destiné à la lutte contre la COVID-19.

Adfast, qui fabrique notamment des scellants pour le calfeutrage, a amorcé il y a une dizaine de jours sa réflexion quant à la production de son propre produit désinfectant. C’était d’abord pour répondre au besoin de sécurité de ses propres employés, compte tenu de l’indisponibilité de ce type de produit sur les tablettes.

« Après, il y a eu des annonces que des chantiers de construction pourraient fermer en raison des conditions sanitaires, rappelle Yves Dandurand, président et chef de la direction d’Adfast. On s’est rassemblés et on a décidé qu’en sept jours, on bâtirait une ligne de production. »

Tous les corps de métier de l’entreprise se consacrent à cette tâche, y compris les soudeurs et les programmeurs. L’entreprise disposait déjà des équipements nécessaires, mais doit créer un nouveau réseau de tuyauterie en acier inoxydable pour faire circuler le produit. Comme on veut que la chaîne soit automatisée, il faut aussi programmer les appareils.

L’entreprise a déjà produit un premier lot, en petite quantité, et se donne encore quelques jours pour parvenir à une production de gros volume. Avant d’apprendre que les chantiers de construction seraient fermés, c’était l’un des endroits qu’elle prévoyait approvisionner.

« On n’a aucune intention d’en faire une business, fait-il valoir. On va facturer pour le coût des matières premières, mais pas pour la main-d’œuvre ou l’équipement. Si des gens sont intéressés à faire pareil, tout va être ouvert, les dessins, tout. On n’a qu’un objectif, c’est de faire notre part. On est une entreprise qui va très bien, qui est très profitable, aujourd’hui, c’est le temps de redonner. »

Des jeans aux masques médicaux

Le même genre de mentalité anime Eric Wazana, PDG et fondateur de Second Clothing, entreprise derrière la marque Yoga Jeans. L’entreprise, qui fabrique ses vêtements dans l’usine Beauce Jeans de Saint-Côme-Linière, en Beauce, a pris vendredi dernier la décision de se lancer aussi rapidement que possible dans la fabrication de masques et de vêtements médicaux.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Eric Wazana, PDG et fondateur de Second Clothing

C’était avant même de savoir comment exactement sont fabriqués ces masques et ces vêtements, ou les spécifications à respecter. Des recherches intenses sont menées depuis.

« On n’a pas vraiment de plan d’affaires, confie M. Wazana. Pour nous, c’est de faire la bonne chose et d’avancer. Au pire des pires, on va donner les masques à notre village. […] Dans le médical, il y a plusieurs niveaux. On s’entend, on ne va pas faire des produits de niveaux 3 ou 4, c’est impossible pour nous. Mais les niveaux 1 et 2, c’est très faisable. »

Au moins deux usines normalement vouées à la production d’alcool, celle de Labatt à LaSalle et la distillerie La Chaufferie à Granby, ont aussi annoncé au cours des derniers jours leur intention de dévier au moins une partie de leurs installations vers la production de désinfectant.

En point de presse dimanche, le premier ministre François Legault a indiqué que son gouvernement avait demandé à une « quinzaine » d’entreprises qu’elles se joignent à l’effort de production de matériel médical. En matinée lundi, on précisait cependant qu’aucune entente ferme à cet effet n’avait encore été conclue et qu’il s’agissait encore de discussions préliminaires.