Alors que la volatilité s’intensifie, prescrire une pause aux investisseurs pour le bénéfice même du marché boursier s’impose-t-il ?

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

Questionnés à ce sujet, les dirigeants de la principale place boursière canadienne n’ont pas fermé la porte à cette possibilité, lundi. « Nous continuons de suivre la situation. Nous ne pouvons faire de suppositions », indique la porte-parole de la Bourse de Toronto, Catherine Kee.

Certains observateurs du milieu financier vont jusqu’à suggérer de fermer les marchés boursiers durant « quelques semaines pour laisser aux gens le temps de gérer la crise en famille ».

Le stratège Scott Redler, de la firme new-yorkaise T3 Live, a indiqué dimanche sur Twitter s’attendre à une fermeture mercredi.

« Si la Bourse n’a pas fermé durant la crise financière, elle ne fermera pas pour un virus », lance de son côté le gestionnaire de portefeuille Alain Chung, de la firme montréalaise Claret.

Ça serait une très mauvaise idée. Les règles de la Bourse sont claires et les marchés boursiers sont des mécanismes de découverte de prix malgré la volatilité.

Alain Chung

Si la Bourse devait fermer, il faudrait le faire de manière concertée (Canada, États-Unis, Europe, etc.), affirme Louis Doyle, directeur général de l’organisme Québec Bourse et ex-vice-président de la Bourse de croissance TSX. « Aucun marché n’oserait le faire si le voisin ne le fait pas. Il existe une multitude de plateformes pour échanger », dit-il.

Pressions sur la Maison-Blanche

Des médias new-yorkais ont rapporté au cours du week-end que des investisseurs mettaient discrètement de la pression sur la Maison-Blanche pour forcer une fermeture temporaire des marchés. Selon des représentants du gouvernement américain, cette idée ne serait toutefois pas envisagée sérieusement.

« L’impact sur la confiance d’une fermeture des Bourses serait pire pour les investisseurs », soutient Louis Doyle. Enlever le droit de décider de ses placements causerait plus de tort que de bien, selon lui.

« La Bourse est un symbole de résilience », dit Michel Villa, trader, formateur, conférencier et spécialiste de la finance comportementale.

Ça en prend beaucoup pour la fermer. Une fermeture pourrait amener des gens à croire que c’est une façon de la manipuler en plus de frustrer ceux qui veulent avoir accès à leur argent.

Michel Villa

D’un autre côté, souligne-t-il, en Chine, la fermeture de la Bourse a été prolongée cet hiver lors des festivités du Nouvel An chinois en raison du virus et ça a aidé à rassurer les gens. Je ne dis pas que c’est la bonne chose à faire, mais ça peut calmer les ardeurs. »

Louis Doyle rappelle qu’il y a des coupe-circuits en place qui suspendent les transactions pour une certaine période de temps lorsque des niveaux précis en pourcentage sont atteints. Les coupe-circuits, à Toronto et New York, ont d’ailleurs à nouveau été déclenchés en début de séance lundi.

La volatilité avait aussi déclenché des coupe-circuits la semaine dernière. Et le 27 février, la Bourse de Toronto avait même arrêté les transactions et mis un terme à la séance en début d’après-midi à la suite d’un pépin technique.

Après les attentats du 11 septembre 2001, les Bourses étaient restées fermées quelques jours. À l’automne 2012, l’ouragan Sandy avait forcé la fermeture de la Bourse de New York pour deux jours. La Bourse de New York était même demeurée fermée pendant quatre mois à l’époque de la Première Guerre mondiale, en 1914. Elle était aussi restée fermée lors de l’assassinat de John F. Kennedy en novembre 1963.