En poste depuis cinq ans à la Banque de développement du Canada (BDC), Michael Denham est optimiste quant à l’avenir de l’économie canadienne malgré l’incertitude générée par certains éléments conjoncturels, notamment l’épidémie de coronavirus. S’il s’est créé un nombre record de 49 000 entreprises en 2019 au Canada, le PDG de la BDC s’attend à ce que cette marque soit fracassée en 2020.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Q. Lorsque vous avez pris la direction de la BDC, il y a cinq ans, votre portefeuille d’investissement comportait 32 000 entreprises. Quelle est l’empreinte de la Banque aujourd’hui ?

R. On a fait du chemin en cinq ans, puisque, aujourd’hui, on compte 60 000 entreprises-clientes. Notre portefeuille est passé de 24 à 35 milliards et nos revenus nets, qui se chiffraient à 500 millions, s’élèvent aujourd’hui à 900 millions.

Mais on a surtout réussi à maintenir un taux élevé de satisfaction de notre clientèle, à plus de 94 %, ainsi qu’un taux élevé d’engagement de la part de nos 2400 employés.

Le contexte économique est présentement très favorable. Il s’est créé en 2019 49 000 entreprises au Canada, un niveau record depuis l’année 2007. Et on prévoit qu’on s’en va vers une nouvelle année record de création d’entreprises en 2020.

Q. Vous ne craignez pas que l’atteinte d’un nouveau record marque le début d’un ralentissement, comme cela a été justement le cas en 2007 ?

R. Non. Notre économiste en chef Pierre Cléroux, comme de nombreux autres, s’attend à une croissance de 1,5 à 2 % pour 2020, malgré les incertitudes. L’environnement économique reste encore très stable, selon nous.

Q. Quels sont les progrès les plus significatifs réalisés par la BDC au cours des cinq dernières années ?

R. Je suis particulièrement fier de l’augmentation du capital de risque disponible au Canada, qui est passé de 2,3 milliards en 2015 à 5,5 milliards aujourd’hui. Il existait 21 fonds de capital de risque il y a cinq ans, on en recense aujourd’hui 91.

Nos investissements à la BDC en capital de risque totalisent près de 3 milliards. La moitié via nos participations dans des fonds et l’autre via nos investissements propres.

Je suis aussi très heureux des investissements importants qu’on a faits dans le développement de nos plateformes numériques, ça nous permet d’être encore plus performants et accessibles pour nos clients.

Q. Vous parlez ici de votre application sur iPad, qui permet à des entreprises d’obtenir un prêt de 100 000 $ le jour même où elles formulent leur demande ?

R. Oui, c’est une des solutions qu’on a mises de l’avant pour nos clients existants. Mais à partir de l’été prochain, on va offrir le même service aux entreprises qui font affaire pour la première fois avec nous.

Elles vont avoir accès à des solutions de crédit pouvant atteindre 100 000 $ le jour même en effectuant une demande en ligne. Ça va être notamment très utile pour les entreprises en région où il n’y a pas de bureau de la BDC à proximité.

Q. Vous ne vous exposez pas à des risques élevés en ne réalisant pas une vérification diligente de base et en ne rencontrant pas physiquement ces nouveaux clients ?

R. L’important, c’est de bien connaître l’identité du client, qu’il est bien réel. On a besoin ensuite d’obtenir la confirmation de sa cote de crédit.

Une fois que cela est fait, on peut réaliser un prêt express de 100 000 $. Si le client a besoin de financement plus important, là, on réalise la démarche de vérification habituelle.

Q. Quelles sont les entreprises qui ont le plus recours à ce genre de financement express ?

R. Ce sont principalement des entreprises du secteur des services qui ont besoin de fonds pour faire fabriquer des outils de marketing ou embaucher du personnel rapidement.

Les entreprises manufacturières ont des besoins financiers plus grands. Elles ont des bâtisses, des équipements et de la machinerie à acquérir, elles ont besoin de financement plus conventionnel.

Q. Les entreprises de quels secteurs ont davantage recours aux services de la BDC ?

R. Ce sont justement les entreprises du secteur manufacturier qui totalisent à elles seules 32 % de nos interventions. Ensuite viennent les sociétés de transport et de logistique, les cleantechs

Dans le capital de risque, notre rôle est de faire le pont entre l’innovation et la commercialisation. Une fois que le pont est fait, les institutions traditionnelles prennent le relais.

Il faut rappeler qu’on fait du travail de financement complémentaire à celui des institutions en place comme Desjardins, la Banque Nationale ou la Caisse de dépôt.

Q. Vous avez mis sur pied différents fonds spécialisés. Quels sont-ils et pourquoi ont-ils été développés ?

R. À la BDC, on est le levier le plus important de soutien à la politique économique du gouvernement fédéral. Le ministère du Développement économique a décidé de donner priorité au développement des cleantechs, et c’est pourquoi on a mis sur pied un fond de 600 millions pour appuyer les cleantechs.

On a déjà investi 250 millions de ce fonds de cleantechs dans une vingtaine d’entreprises, dont plusieurs sont établies au Québec.

On a aussi mis sur pied le fonds de transfert de propriété qui dispose de 900 millions sur cinq ans pour appuyer financièrement le transfert de nos entreprises, surtout en région.

Déjà, 200 millions ont été accordés pour faciliter le rachat d’entreprises à leur fondateur qui partent pour la retraite et assurer qu’elles continuent d’opérer.

On a également mis sur pied en 2016 un fonds de 850 millions pour la diversification économique en Alberta afin d’appuyer les PME à trouver de nouveaux produits et compenser les pertes dans le secteur pétrolier. Ç’a été un fonds très utile.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le Square BDC

Q. Vous venez tout juste d’inaugurer, au 3, Place Ville Marie, le Square BDC. Quel est le but de cette initiative ?

R. Notre siège social est à la Place Ville Marie, où plus de 1000 de nos employés travaillent. C’est ici qu’on a notre équipe de prêts pour la région de Montréal, celle du capital de risque, celle du fonds de transfert de propriété.

On occupe aujourd’hui six étages qu’on a tout fait rénover, et on a décidé de créer le Square BDC, qui devient le lieu que toutes nos entreprises clientes vont pouvoir utiliser.

On a créé un endroit ouvert et accueillant que nos clients vont pouvoir utiliser pour rencontrer leurs partenaires d’affaires ou échanger entre eux. Il y aura aussi chaque semaine une série d’évènements auxquels ils seront invités à participer. On est vraiment heureux de consacrer et partager cet espace avec les entreprises.