Pour tous les travailleurs confinés à la maison, c’est une excellente nouvelle : des chercheurs américains et britanniques ont établi que le chocolat améliorait la concentration et aidait à la prise de décisions. La pause-chocolat pourrait-elle devenir obligatoire pour tout le monde ?

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

C’est une raison de plus pour en consommer, mais le chocolat n’a pas besoin d’études scientifiques pour être apprécié. C’est un produit extrêmement populaire depuis sa découverte par les Aztèques il y a 400 ans.

Aujourd’hui, le chocolat est une matière première qui se négocie en Bourse. C’est aussi une industrie multinationale et milliardaire dominée par des géants comme Mars, Nestlé, Ferrero et Hershey.

Ce sont ces entreprises qui mangent la plus grande part du gâteau (au chocolat) de l’industrie, dont les revenus annuels sont estimés à 130 milliards US. Les détaillants empochent 44,2 % de la valeur finale sur le marché d’une tonne de cacao et les distributeurs, 35,2 %, tandis que les producteurs doivent se contenter d’une part de 6,6 %, selon les chiffres du Financial Times.

Deux pays, la Côte d’Ivoire et le Ghana, produisent les deux tiers des fèves de cacao cultivées dans le monde. Le chocolat pèse lourd dans l’économie des pays producteurs. Il s’agit le plus souvent de leur principale source d’exportation et de devises étrangères, et en plus, il fait travailler une grande partie de leur population.

Malgré l’importance des revenus que les gouvernements retirent de la culture du cacao, les fermiers qui font pousser les fèves reçoivent très peu pour leur travail. La plupart des travailleurs au début de la chaîne de valeur du chocolat gagnent moins de 1 $ par jour, ce qui est encore moins que le seuil de pauvreté extrême de 1,90 $ par jour établi par la Banque mondiale.

Depuis toujours, les pays producteurs de cacao tentent d’obtenir un meilleur prix pour leur ressource. L’an dernier, ils ont décidé d’essayer la recette de l’OPEP. Pour la première fois de leur histoire, la Côte d’Ivoire et le Ghana se sont entendus pour établir un prix minimal de 2600 $ US la tonne de cacao pour la récolte 2020-2021.

Ce prix plancher devait pouvoir leur permettre de dégager une marge de manœuvre de 400 $ par tonne pour mieux payer ceux qui cultivent les fèves. Le geste a été bien accepté par les grands chocolatiers mondiaux qui s’approvisionnent directement auprès des pays producteurs. Il leur permet d’ajouter une valeur sociale à leurs produits. Le chocolat équitable se vend beaucoup mieux par les temps qui courent.

Donc, tout le monde s’entend pour que ceux qui cultivent le cacao reçoivent un revenu décent. Mais dans la réalité, ça se passe autrement. Dès la première année d’application du prix minimal, des importateurs de fèves ont réussi à le contourner.

Certains des grands importateurs, plutôt que de continuer de s’approvisionner auprès des pays producteurs, se sont mis à acheter des fèves sur le marché à terme de New York, où les prix étaient déprimés par la pandémie.

Selon Bloomberg, Hershey est une des entreprises qui a choisi de s’approvisionner sur le marché à terme, ce qui lui a permis d’éviter de payer la prime. L’entreprise n’a pas confirmé la nouvelle, mais les achats massifs et inhabituels réalisés à New York à la mi-novembre ont semé le chaos sur le marché des contrats à terme, où il y a généralement peu de transactions physiques.

Hershey aurait acheté à la mi-novembre 30 000 tonnes de cacao sur le marché à terme, ce qui a poussé le prix du contrat de décembre à des niveaux record. Des analystes ont qualifié la décision de Hershey d’intelligente et de parfaitement légitime, rapporte Bloomberg, parce qu’elle lui permet de sécuriser son approvisionnement à long terme à meilleur prix.

Entre le moment où le prix minimal a été fixé et le début de la récolte, en octobre 2020, le monde a été frappé par la pandémie de nouveau coronavirus. La demande de chocolat a baissé et le pouvoir de négociation des pays producteurs a fondu en même temps.

La coalition du Ghana et de la Côte d’Ivoire pour tenter d’assurer un revenu décent à leur population qui vit du cacao risque de ne pas tenir longtemps. Cela donne un goût amer au chocolat qu’on sera tenté de s’accorder pour améliorer sa performance en télétravail.