La pandémie bouleverse la vie de tout un chacun depuis bientôt dix mois, mais la crise sanitaire a aussi eu un effet révélateur de nombreuses inégalités et de menaces environnementales qui passaient jusque-là un peu sous le radar. C’est pourquoi les PDG des huit plus importants gestionnaires de placements de régime de retraite du Canada ont décidé de se regrouper pour favoriser l’émergence d’une croissance économique plus durable et plus inclusive.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

On parle ici des PDG de la Caisse de dépôt et placement du Québec, d’Investissements RPC (Régime de pensions du Canada), d’Investissements PSP (l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public), de l’AIMco (Alberta Investment Management Corporation), de BCI (British Columbia Investment Management Corporation), du HOOPP (Health Care of Ontario Pension Plan), d’OMERS (Régime de retraite des employés municipaux de l’Ontario) et enfin de Teachers (Fonds de retraite des enseignantes et enseignants de l’Ontario).

Ce sont les poids lourds de l’investissement au Canada. Ensemble, ils totalisent plus de 1600 milliards d’actifs sous gestion et ils ont décidé de mettre leur masse financière dans la balance en vue de forcer les entreprises à mieux présenter les données touchant les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance qui les concernent dans leur bilan d’activités.

Pour la première fois, les huit plus grands acteurs financiers au pays ont signé une déclaration commune qu’ils vont dévoiler ce mercredi et qui a le mérite d’être claire en formulant une demande simple : plus de transparence afin de permettre une meilleure prise de décision d’investissement qui tienne compte de facteurs autres que seulement financiers.

« La façon dont les entreprises définissent et abordent des enjeux tels que ceux qui concernent la diversité et l’inclusion, le capital humain et les changements climatiques peut contribuer de manière significative à la création ou à l’érosion de valeur. Les entreprises ont l’obligation de divulguer leurs principaux risques commerciaux ainsi que leurs occasions d’affaires aux marchés financiers, et elles doivent fournir des informations financièrement pertinentes, comparables et utiles à la prise de décision », résume la déclaration des huit PDG.

On le sait, chacune des huit organisations a ses propres critères d’investissement responsable et sa grille d’évaluation des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), mais en regroupant leurs voix, leurs PDG sont d’avis qu’ils auront une plus grande force de persuasion.

C’est notamment l’avis de Neil Cunningham, PDG de l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (PSP), qui estime que la déclaration commune a le mérite d’envoyer un message au marché tout en sensibilisant les entreprises à l’importance de mieux rapporter leurs performances en matière d’enjeux ESG.

Standardiser la transparence

Investissements PSP gère 168 milliards d’actifs à partir de ses bureaux montréalais où travaillent plus de 750 professionnels de l’investissement. Neil Cunningham a observé que les entreprises qui mesurent et qui rapportent le plus fidèlement leur performance par rapport aux facteurs ESG vont mieux faire à long terme que celles qui ignorent ou minimisent ces enjeux.

Les PDG des huit plus grands gestionnaires de fonds de retraite du Canada se rencontrent deux fois par année avec le gouverneur de la Banque du Canada pour discuter des grands enjeux de l’heure. Lors d’une rencontre en mai dernier, ils ont convenu de l’importance de coordonner leurs efforts en matière d’enjeux ESG.

On est dans la vie de tous les jours des compétiteurs à la recherche d’opportunités de placement. On a tous des politiques d’investissement responsable et on s’est dit qu’il valait mieux se regrouper pour convaincre les entreprises d’adopter des normes qui vont permettre d’assurer une croissance économique plus durable et plus inclusive.

Neil Cunningham, PDG de l’Office d’investissement des régimes de pensions du secteur public (PSP)

« Lors de notre dernière rencontre, il y a deux semaines, on a décidé de faire cette déclaration commune afin d’amener plus d’entreprises à rapporter leurs performances selon les normes du Sustainability Accounting Standards Board et celles du Groupe de travail sur l’information financière relative aux changements climatiques », explique Neil Cunningham.

La pandémie de coronavirus a mis en évidence des inégalités sociales au sein de nombreuses entreprises dans lesquelles les femmes ont été davantage affectées par l’imposition du télétravail et sa conciliation aux charges familiales, tout comme celles où les plus faibles salariés ont davantage été victimes de mises à pied.

La pandémie a aussi fait prendre conscience à un nombre grandissant de citoyens partout dans le monde que notre environnement ne s’est jamais révélé aussi vulnérable qu’aujourd’hui et que réfléchir avant d’investir peut avoir un grand mérite.