La crise de santé publique qui mobilise l’attention du monde entier depuis plus de neuf mois a mis entre parenthèses la crise environnementale qui va pourtant continuer de menacer l’espèce humaine pour encore plusieurs décennies. Heureusement, de plus en plus d’initiatives sont mises de l’avant pour atténuer les impacts de la dégradation de l’environnement et réduire notamment l’empreinte négative de la surconsommation.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Deux entreprises de l’est de Montréal, le fabricant de dosettes et d’infuseurs de café Keurig Dr Pepper Canada et le fabricant de résine à partir de plastiques recyclés Lavergne, se sont associées pour se lancer dans une initiative d’économie circulaire ou de fabrication de biens de façon durable.

Il y a deux ans, l’usine de torréfaction de café Keurig Canada, située dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, s’est lancée dans la production de dosettes de café de plastique entièrement recyclables. L’idée était de réduire l’empreinte environnementale du groupe en rendant réutilisables les 1,5 milliard de dosettes produites annuellement à son usine montréalaise.

Une fois que cet objectif a été atteint, le PDG de Keurig Dr Pepper Canada, Stéphane Glorieux, a entrepris d’élargir l’engagement de l’entreprise en décidant d’incorporer du plastique recyclé dans la fabrication des infuseurs à café Keurig qui sont assemblés en Asie.

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Jean-Luc Lavergne, fondateur et PDG, et Stéphane Glorieux, de Keurig Dr Pepper Canada

« On a décidé de pousser plus loin notre responsabilité environnementale. On utilisait déjà de la fibre de café entièrement responsable, on a introduit les dosettes en plastique recyclables et là, on a décidé d’incorporer le plastique recyclé dans la fabrication de nos infuseurs », explique le PDG.

Pour y arriver, Keurig Canada n’a pas eu à aller bien loin, puisque l’entreprise Lavergne, située tout juste à côté à Anjou, qui fabrique depuis 25 ans de la résine à partir de plastiques recyclés, a été choisie comme fournisseur de la matière première.

Jean-Luc Lavergne, fondateur et PDG de l’entreprise, a orchestré au cours des deux dernières années l’implantation de la résine recyclée dans la chaîne d’approvisionnement des fournisseurs asiatiques de Keurig, ce qui n’a pas été une mince tâche.

« Je venais bousculer leurs pratiques. Keurig a des fabricants d’infuseurs en Chine, en Thaïlande, en Indonésie et bientôt au Viêtnam. Le donneur d’ordres a beau exiger de la résine recyclée, il fallait que je démontre aux fabricants que notre qualité était la même que celle de la résine vierge et à un coût comparable », souligne l’entrepreneur.

Une demande en forte expansion

À partir du mois de janvier, un premier des 12 modèles d’infuseurs à café qui sont vendus sous la marque Keurig sera mis en marché au Canada et aux États-Unis avec de 20 à 30 % des composantes qui auront été fabriquées à partir de résine faite de plastiques recyclés produite chez Lavergne à Montréal.

« On a commencé avec le modèle K-Minix, qui est l’un de nos plus gros vendeurs. À partir de l’an prochain, on va introduire le plastique recyclé dans tous nos modèles avec toujours une plus grande proportion de composantes », précise Stéphane Glorieux.

Keurig prévoit vendre cette année plus de 1 million de ses machines à infuser le café et déjà, l’entreprise absorbe 3 millions de kilos de plastique recyclé produit par Lavergne, et la demande n’ira qu’en augmentant.

Lavergne produit 50 millions de kilos de résine de plastiques recyclés à son usine de Montréal, à partir de résidus de bouteilles d’eau, de caissons de télévision ou de plastique ABS. L’entreprise a aussi une usine au Viêtnam qui produit 12 millions de kilos de résine et qui va bientôt quadrupler ses capacités de production à la suite d’investissements.

« On a démarré il y a un mois une autre usine en Haïti qui, elle, va produire 12 millions de kilos de résine. C’est un projet qu’on a initié en collaboration avec HP, le fabricant d’imprimantes et de cartouches d’encre, et on fabrique de la résine à partir de résidus de plastiques de la mer.

« Cela fait 20 ans que l’on fabrique le plastique des cartouches de HP, qui sont toutes faites de plastique recyclé », raconte Jean-Luc Lavergne, qui compte aussi comme client le fabricant de cartouches d’encre Lexmark et le fabricant d’aspirateurs Dyson.

Cette petite entreprise méconnue d’Anjou est également en train de construire une usine en Belgique qui entrera en activité l’an prochain avec une capacité de production de 60 millions de kilos par année.

« La demande de plastique recyclé est en hausse partout dans le monde. À Montréal aussi, on va investir pour augmenter à partir de l’an prochain notre production de 50 à 62 millions de kilos par année. Le plastique peut être recyclé neuf fois durant sa vie industrielle.

« Le seul problème qu’on a, c’est celui de l’approvisionnement. On doit importer notre matière première d’Europe et de partout en Amérique du Nord, mais au moins, on voit qu’il y a aujourd’hui une volonté d’imposer une meilleure collecte sélective ici comme en Asie », observe l’entrepreneur-recycleur.

L’économie circulaire peut fonctionner si tout le monde prend conscience que les innombrables produits que l’on consomme sans compter ont une vie utile bien plus longue que la brève période durant laquelle on s’en est servi.