« Savez-vous ce qui est pire que la fermeture d’un hôtel à Montréal ? C’est la fermeture d’à peu près tous les hôtels au Québec ! », a lancé Denis Bolduc, secrétaire général de la FTQ, devant une centaine de travailleurs de l’hôtellerie venus manifester mardi midi devant le Centre Sheraton à Montréal pour demander au gouvernement de les aider financièrement ou de les soutenir pour trouver un nouvel emploi dans un autre domaine, une tâche ardue pour nombre d’entre eux.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Affiches, drapeaux ou encore trompettes à la main, plusieurs travailleurs interrogés, dont une majorité est sans emploi depuis mars, commencent à avoir du mal à imaginer le jour où les hôtels seront à nouveau remplis de clients. Ils cherchent, un peu à regret, à se réorienter dans d’autres domaines « en attendant ».

Geneviève Plante, qui a perdu son poste d’agente de service au Westin à Montréal, en mars, trouve plutôt difficile de réorienter sa carrière et de quitter un domaine qu’elle affectionne particulièrement. « Il faut qu’on se relocalise dans un domaine tout autre. Ça fait 16 ans que je suis en hôtellerie. Là, il faut que je dévie complètement, que je réapprenne, en plus de l’anxiété générale, un nouveau boulot, a-t-elle raconté, alors que les voitures klaxonnaient sur le boulevard René-Lévesque, en soutien aux travailleurs massés sur le trottoir. J’ai fait trois mois en CHSLD cet été. J’essaie de voir. La moitié des gens avec qui je travaille dans mon équipe essaient de se trouver des petits boulots en attendant. »

Soutien à l’emploi

D’ici là, pour se sortir du marasme, le secteur de l’hôtellerie, touché autant que la restauration et les arts, a besoin d’un coup de pouce de la part du gouvernement, rappelle Denis Bolduc. Selon lui, le taux moyen d’occupation est actuellement de 10 % partout au Québec. « On demande un soutien financier pour le secteur, de l’accompagnement auprès des travailleurs, de la formation soit dans des programmes qui existent déjà ou qui pourraient être adaptés à la situation particulière qu’on vit actuellement, a ajouté M. Bolduc au cours d’une entrevue avec La Presse, pendant le rassemblement. On demande au gouvernement un soutien parce que les experts nous disent que l’on est un des derniers secteurs qui va se rétablir de la crise actuelle. » Il souligne qu’entre 18 et 24 mois pourraient être nécessaires pour remettre l’industrie « sur pied ».

« La pandémie n’est pas égale pour tout le monde, soutient-il. Aujourd’hui, on pense que c’est important de mettre en vitrine le secteur de l’hôtellerie et du tourisme. Les gens souffrent beaucoup depuis le début de la [crise]. » Selon la FTQ, qui représente 10 000 travailleurs de l’industrie, près de 42 000 personnes travaillent dans l’hôtellerie au Québec et plusieurs milliers d’entre elles auraient perdu leur emploi.

Pénurie appréhendée

Et pendant que les travailleurs cherchent une autre façon de gagner leur vie, les hôteliers craignent de se retrouver en pénurie de main-d’œuvre lorsque l’activité reprendra.

« Il y a un juste équilibre à trouver parce que le réflexe naturel des employeurs, c’est qu’ils ne veulent pas complètement se départir de leur main-d’œuvre, reconnaît M. Bolduc. Alors, il y a cette inquiétude-là du côté des employeurs. »

Une préoccupation qu’avait également soulevée plus tôt cet automne Ève Paré, présidente-directrice générale de l’Association des hôtels du Grand Montréal (AHGM). « J’ai l’impression qu’on peut en perdre pas mal. C’est un risque, avait-elle dit à La Presse. Est-ce qu’on va être capables de les récupérer ? C’est une grosse préoccupation. On se rappellera qu’en février, on parlait de la pénurie de main-d’œuvre. C’est sûr que si demain matin il y a un retour à la normale, la pénurie n’aura pas disparu, et si en plus, on a une fuite de compétences vers d’autres secteurs, là, on va avoir un double problème. »

Chose certaine, si le Westin retrouvait son achalandage d’avant la crise, Geneviève Plante y retournerait sans réfléchir. « C’est sûr et certain. Je suis en haut de la liste. C’est sûr que si on m’appelle, je rentre. »