Le cellulaire coûte déjà assez cher au Canada. Pas besoin de payer dans le beurre pour un appareil qui nous appartient déjà. C’est malheureusement ce qui se produit à grande échelle, avec la bénédiction du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Le problème est très simple. Les consommateurs qui ont acheté un téléphone cellulaire l’ont souvent financé dans le cadre du forfait d’un fournisseur de télécoms.

Dans ces contrats d’une durée maximale de 24 mois, une partie des mensualités sert à rembourser l’appareil et l’autre à payer le service, même si les deux composantes ne sont pas toujours isolées.

Logiquement, le prix du forfait devrait baisser à partir du 25e mois puisque le client a payé son téléphone au grand complet. Mais ce n’est pas le cas.

Chez la plupart des fournisseurs, dont Bell, Rogers et Telus, c’est aux consommateurs de faire les démarches pour arrêter de payer l’appareil dont ils sont pourtant propriétaires à 100 %.

Tant pis pour ceux qui passent tout droit !

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Marie-Ève Dumont s’est fait prendre. À la mi-août, la cliente de Vidéotron a appris par hasard que son téléphone était entièrement payé en passant un coup de fil au service à la clientèle pour une autre raison.

Comme si c’était un cadeau, le préposé lui a alors offert un rabais de 11 $ sur son forfait de 62 $ par mois. « Je trouve ça assez déplorable que ce ne soit pas fait automatiquement lorsqu’on a fini de payer le téléphone », dénonce-t-elle.

Depuis quand payait-elle dans le beurre ? Vidéotron n’a pas voulu me répondre. Et la cliente ne se souvient pas d’avoir été informée de la fin de son contrat.

Le Code sur les services sans fil simplifié du CRTC oblige les fournisseurs à aviser leurs clients 90 jours avant l’échéance de leur contrat. Mais il ne les force pas à réduire automatiquement le prix du forfait lorsque le téléphone est payé en entier.

« Facturer pour rien est injuste », soutient John Lawford, directeur du Centre pour la défense de l’intérêt public.

Obliger les consommateurs à faire des démarches pour arrêter de payer un téléphone qui leur appartient ne devrait pas être l’option par défaut. C’est ridicule ! Pas le moindre client n’a avantage à continuer de payer dans le beurre. C’est miser sur la méconnaissance et l’inertie des gens.

« C’est une pratique complètement inacceptable. Mais l’organisme qui est chargé de surveiller le marché n’a pas donné beaucoup de signes qu’il voulait encadrer la chose », déplore Anaïs Beaulieu-Laporte, analyste à l’Union des consommateurs.

Le CRTC devrait mettre son pied à terre ! Dans le secteur des valeurs mobilières, les autorités sont intervenues, en 2017, pour forcer plusieurs institutions financières à rembourser 320 millions à des clients qui s’étaient fait imposer des frais en double.

Si on a remis les banques au pas, pourquoi pas les télécoms ?

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Mais les fournisseurs de télécoms sont déjà rendus ailleurs. En juillet 2019, ils ont lancé de nouveaux plans de financement qui ont fait tiquer le CRTC et l’ont encouragé à lancer des consultations dont on attend toujours la conclusion.

En présentant ces plans comme « indépendants » du service téléphonique, les fournisseurs contournaient le code du sans-fil et finançaient les appareils sur 36 mois au lieu de 24 (ce n’est plus le cas en ce moment).

Les fournisseurs prétendent qu’une période de financement plus longue rendrait les téléphones plus accessibles, dans un contexte où le prix des appareils a explosé. Par exemple, le nouvel iPhone 11 Pro Max valait 1519 $ à sa sortie en 2019, deux fois plus que l’iPhone 5, qui coûtait 700 $ à son lancement, en 2012.

Or, le Bureau de la concurrence du Canada constate que les plans de financement sur une plus longue période n’ont pas rendu les téléphones plus accessibles, car les fournisseurs ont fait grimper le prix des appareils, en réduisant leur subvention.

Les géants des télécoms rétorquent que les plans de financement sont plus transparents pour les clients. Il est vrai que la facture isole les paiements du plan tarifaire mensuel et de ceux du téléphone qui disparaissent automatiquement à partir du 25e mois.

A priori, il s’agit d’une bonne nouvelle.

Sauf que les contrats reposent sur des promotions temporaires sur le prix du service téléphonique, qui feront automatiquement grimper celui-ci lorsque le paiement du téléphone cessera.

Mais il y a pire. Certains fournisseurs, comme Telus, offrent maintenant aux consommateurs de reporter l’acompte de départ à la fin de leur contrat. Après deux ans, les clients doivent donc débourser 200 ou 300 $, ou rapporter leur appareil, déjà payé en grande partie.

Et attention : le téléphone doit être en bon état. Pas de fissure. Pas de pixel défectueux. Une règle qui pourrait inciter les clients à contracter une assurance coûteuse.

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Alors, que faire si votre contrat arrive à échéance, comme de nombreux consommateurs qui avaient signé leur contrat à la rentrée ?

Oubliez la surconsommation et conservez votre appareil tant qu’il fonctionne.

Magasinez les prix pour un forfait « apportez votre téléphone ». Le site web de PlanHub vous permet de faire le tour du marché en quelques clics. En ce moment, un forfait appels illimités comportant 2 Go de données coûte 35 $ par mois chez Koodo et Virgin Mobile.

Négociez un prix équivalent auprès de votre fournisseur actuel. Sinon, migrez ailleurs. C’est simple comme bonjour, et vous conservez votre numéro de téléphone.