La multinationale des services-conseils en informatique CGI résiste mieux que prévu au choc économique mondial provoqué par la pandémie, ont constaté analystes et investisseurs dans ses résultats de troisième trimestre divulgués mercredi.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Leur satisfaction s’est vite manifestée en Bourse, alors qu’ils ont poussé les actions de CGI en hausse significative de presque 7 %, à 93,34 $.

Il s’agit d’un gain de 6 $ par action qui rehausse la valeur boursière de CGI au-dessus de 24 milliards. CGI avait décroché de ce seuil au début de mars, à mi-parcours d’une dégringolade de 112 $ à 68 $ par action en pleine panique boursière.

Les résultats de CGI au troisième trimestre ont dépassé les attentes en termes de nouveaux contrats obtenus et de ses principaux résultats financiers. Et ce, même si la croissance a ralenti de manière significative parce qu’il s’agit du premier trimestre de CGI qui intégrait tout l’impact de la pandémie.

Maher Yaghi, analyste chez Desjardins Marchés des capitaux

Par conséquent, en Bourse, « la valorisation de CGI par rapport à celle de ses semblables a diminué ces derniers temps, mais je pense que ces résultats trimestriels meilleurs que prévu pourraient contribuer à inverser cette tendance. »

Dans une note à ses clients, l’analyste Maher Yaghi souligne notamment que « le chiffre d’affaires consolidé a atteint 3,05 milliards CAN, légèrement en avance sur le consensus de 2,98 milliards parmi les analystes. Aussi, le bénéfice d’exploitation ajusté (BAII) était de 448 millions, en baisse annualisée de 5,5 %, mais néanmoins au-dessus du consensus de 427 millions parmi les analystes. »

En présentant les résultats trimestriels, le président et chef de la direction de CGI, George Schindler, a soutenu que « notre performance du troisième trimestre reflète la résilience de notre entreprise ainsi que l’efficacité de notre stratégie et de notre équipe de direction. »

« Nous croyons que la conjoncture du marché et le contexte économique pour notre gamme complète de services s’amélioreront graduellement durant le reste de l’année. Nous entrevoyons ainsi un important potentiel de croissance rentable, à la fois interne et par acquisitions », a-t-il indiqué.

De l’avis de l’analyste Richard Tse, de la Financière Banque Nationale à Toronto, « malgré la baisse d’une année à l’autre en raison évidente de la crise, les résultats de troisième trimestre de CGI démontrent la résilience de son modèle d’opération ».

Par conséquent, a-t-il ajouté, « ça renforce mon point de vue selon lequel CGI devrait, lors de la sortie de crise sanitaire, être un bénéficiaire significatif de la reprise et de l’accroissement des projets de transformation numérique au sein des organisations et des entreprises d’importance dans les principaux marchés du monde ».

Défis de sortie de crise

N’empêche, CGI doit encore relever quelques défis de gestion à court terme afin de se maintenir en position avantageuse pour le redressement de la conjoncture d’affaires parmi sa clientèle internationale.

D’une part, l’entreprise doit gérer avec précaution le retour au travail dans ses bureaux répartis dans de nombreux pays et régions qui sont encore en processus de déconfinement très disparates.

« Nous en sommes encore à environ 15 % de notre effectif mondial qui est de retour au bureau ou chez un site-client. Mais ce taux de retour varie encore grandement entre 1 % seulement dans notre centre d’opérations internationales situé en Inde jusqu’à 50 % parmi nos effectifs en France », a répondu George Schindler aux questions d’analystes.

D’autre part, la direction de CGI veut compléter durant le quatrième trimestre de son exercice 2020 la restructuration des certaines activités en Europe qu’elle avait amorcée lors du troisième trimestre, au pire de la crise.

Cette restructuration, pour laquelle CGI prévoit comptabiliser une charge d’environ 115 millions dans ses résultats, pourrait affecter environ 2 % de ses effectifs de professionnels et de consultants à contrat dans ses activités outre-Atlantique.

En téléconférence avec les analystes, le président de CGI a soutenu que l’entreprise a pu « minimiser l’étendue de cette restructuration en réaffectant un grand nombre de nos professionnels vers diverses opportunités de projets ».

« En plus de la réduction de rémunération des cadres depuis deux trimestres, ces actions de restructuration devraient continuer de favoriser l’amélioration de nos marges bénéficiaires, toute en nous permettant de saisir les futures occasions de croissance », selon M. Schindler.

Aux questions d’analystes sur la place des fusions ou acquisitions dans ces « occasions de croissance », la réponse partielle est venue du vice-président exécutif et chef financier de CGI, François Boulanger, après qu’il eut énuméré les principaux résultats trimestriels.

« Avec 1,4 milliard de liquidités en caisse et un financement de 1,5 milliard encore entièrement accessible, nous avons plus de 2,9 milliards facilement disponibles pour poursuivre une croissance rentable. Y compris vers la vingtaine de projets de fusions et acquisitions en discussions parmi les 1000 cibles potentielles que nous avons déjà identifiées dans notre processus de recherche et d’analyse de transactions éventuelles », a indiqué M. Boulanger.