(Paris) Depuis quelques semaines et même si l’élan s’est ralenti la semaine dernière, les grandes sociétés technologiques américaines affichent une santé boursière insolente, posant une série de questions sur la physionomie et l’avenir à court terme des marchés.

Florian SOENEN
Agence France-Presse

Pour combien de temps encore ?

Difficile à dire. Au 27 juillet, la capitalisation cumulée de Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft tournait autour de 6300 milliards de dollars. L’indice phare parisien, le CAC 40, était évalué dans son entier à 1120 milliards d’euros.

« Mettre en parallèle les valorisations permet de mieux visualiser le poids de ces entreprises. Mais il n’y a aucune logique à comparer une entreprise technologique avec une pharmaceutique ou un indice », relativise toutefois Alexandre Baradez, analyste de IG France.  

L’élan ralentissait ces derniers jours, à l’instar du NASDAQ, où sont cotées les grandes entreprises technologiques américaines, et qui a flanché en fin de semaine dernière, suscitant « des inquiétudes quant aux valorisations élevées », souligne Michael Hewson, analyste chez CMC Markets. Et rappelant aux plus pessimistes l’éclatement au début des années 2000 de la « bulle technologique ».

Présentent-elles un risque systémique ?

Le poids de ces entreprises est devenu si important que leur chute entraînerait mécaniquement les indices américains. D’autant plus que « tout le monde détient ces valeurs, qui servent à obtenir du rendement », développe Christopher Dembik, responsable de la recherche macro-économique chez Saxo Banque.

Toutefois, ces entreprises « recouvrent des secteurs différents », nuance Gilles Guibout, responsable des actions européennes chez AXA IM. Et présentent pour la plupart des performances bien réelles en termes de ventes et de bénéfices, encore renforcées par la pandémie qui a dopé le télétravail, la vente par internet, entre autres - loin du paysage du début des années 2000, peuplé de sociétés dont les valorisations boursières étaient déconnectées de leur capacité à engranger des profits.

Sont-elles des freins pour les autres entreprises ?

« La hausse de ces valeurs est plus problématique que leur baisse », avance Régis Bégué, directeur de la gestion actions chez Lazard Frères Gestion. Pour lui, « elles attirent tellement de flux financiers qu’elles assèchent les capacités de financement et de développement des industries concurrentes. »

« De nombreuses entreprises non-rentables » gravitant autour de ces grands groupes « continuent d’être financées » par ailleurs. Les liquidités déversées en abondance par les banques centrales, « qui auraient dû aider les entreprises fragilisées, favorisent paradoxalement les entreprises numériques », estime M. Bégué. En somme, les grands noms de la technologie, loin d’être un appeau à spéculateurs, seraient devenues des valeurs refuges, là où des entreprises plus traditionnelles sont désormais considérées comme des investissements plus risqués.

Quelles sont leurs fragilités ?

« Une bonne nouvelle sur l’économie et une visibilité plus forte pousseront à des ajustements violents des investisseurs. Ils délaisseront les valeurs technologiques au profit de valeurs plus cycliques ou très décotées », expliquent les experts d’Aurel BGC, qui ne croient toutefois pas à un tel tournant avant plusieurs mois. Et à condition que les banques centrales remontent leurs taux ou durcissent un peu leurs politiques très généreuses, ce qui n’est pas pour tout de suite.

Les GAFA pourraient aussi tanguer si leurs résultats trimestriels, qui doivent être publiés dans la semaine, déçoivent.

Sans compter un contexte politique lourd. Les patrons de Facebook, Apple, Amazon et Alphabet (Google) seront entendus dans la semaine devant la Chambre des représentants des États-Unis sur leur pratique en termes de concurrence ou de gestion des données.  

« On peut avoir des règlementations parcellaires, voire un démantèlement de certaines activités. Mais la guerre commerciale avec la Chine empêche tout gouvernement américain de se mettre à dos les GAFAM, au risque de devenir dépendant technologiquement de cette dernière », avance Christopher Dembik.

Les indices technologiques sont-ils encore pertinents ?

Les GAFAM représentent plus de la moitié du NASDAQ-100, qui regroupe les 100 plus grosses valorisations de l’indice technologique. « Cela le rend moins pertinent », juge M. Bégué.  

L’indice américain demeure toutefois hégémonique. « Toutes les entreprises étrangères veulent y être cotées pour acquérir de la visibilité », estime Christopher Dembik.

Et les tentatives de le concurrencer, par les places européennes ou par la Chine, qui a lancé en juillet 2019 le STAR Market pour attirer les valeurs technologiques, peinent à trouver leur place.  

La Bourse de Hong Kong s’est pourtant lancée lundi, avec son Hang Seng Tech Index, nouvel indice des trente principales valeurs technologiques chinoises.