Le Québec tout entier est engagé vers la reprise économique et chacune de ses régions, chacun de ses secteurs industriels la vit de différentes façons. Notre chroniqueur est parti sur la route pour témoigner de la vitalité de nos régions et des difficultés avec lesquelles elles doivent composer.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

(Québec) Si la région métropolitaine de Québec s’est maintenue durant les cinq dernières années au premier rang des municipalités canadiennes affichant le plus bas taux de chômage au Canada, le pays de Régis Labeaume n’a pas été épargné par le confinement économique forcé. Les nombreuses entreprises technologiques de la région ont toutefois réussi à poursuivre leur croissance malgré l’environnement hostile des derniers mois.

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L’entreprise Exfo se spécialise dans les tests et la sécurité des réseaux de télécommunications.

De façon systématique depuis cinq ans, la région métropolitaine de Québec trône dans les sondages mensuels en présentant un taux de chômage toujours nettement inférieur aux moyennes québécoise et canadienne.

En mai 2019, la région enregistrait un taux de chômage historiquement bas de 2,8 % alors que l’ensemble du Québec affichait un respectable 5 %. Les mises à pied forcées par la crise de la COVID-19 ont propulsé à 11,9 % le taux de chômage à Québec en mai dernier, près de la moyenne nationale de 12,9 %.

Ici comme partout ailleurs au Québec, ce sont les travailleurs autonomes des secteurs de la restauration, de l’hôtellerie et du divertissement qui ont gonflé les statistiques du chômage, mais avec la reprise graduelle des activités dans ces secteurs, on peut présumer que la résorption du taux de chômage se fera de façon progressive.

« La pandémie est conjoncturelle, mais la force de l’économie de la région de Québec, c’est qu’elle est diversifiée. Si tout se déroule normalement, s’il n’y a pas de deuxième vague, on reviendrait rapidement à notre situation d’avant-crise », m’explique Frank F. Ndefo, économiste à Québec International.

Il faut rappeler que Québec profite de la forte et très stable présence de la fonction publique québécoise, qui représente à elle seule 29 % de l’emploi de la région. Le secteur privé génère 60 % des emplois et les travailleurs autonomes composent 11 % de la main-d’œuvre active – c’est cette dernière catégorie d’emploi qui a été la plus durement touchée.

La situation du plein emploi est une réalité qui date à Québec et la pénurie de main-d’œuvre y est depuis cinq ans exacerbée par la forte croissance des entreprises technologiques et innovantes qui ont émergé ici au cours des 20 dernières années.

« Le manque de main-d’œuvre disponible a toujours été un problème pour nous, et c’est pour ça qu’on a ouvert et développé des bureaux à l’extérieur en Inde, en France, en Chine, en Angleterre et en Espagne », souligne Germain Lamonde, fondateur et président du conseil exécutif d’Exfo, spécialiste des tests et de la sécurité des réseaux de télécommunications, qui emploie 2000 personnes dans 25 pays et est actif dans 120 pays.

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Germain Lamonde, fondateur et président du conseil exécutif d’Exfo

On a 600 employés à Québec et on serait facilement 1000 si on avait pu combler nos besoins.

Germain Lamonde, fondateur et président du conseil exécutif d’Exfo

Croître malgré la pandémie

Un autre exemple du dynamisme entrepreneurial typique de la région de Québec, l’entreprise H2O Innovation, spécialisée dans la conception et la fabrication de systèmes de traitement des eaux, a annoncé jeudi qu’elle venait de réaliser l’acquisition de Gulf Utility Service (GUS), société de services, d’opération, de maintenance et de gestion d’infrastructures des eaux usées pour une quarantaine de municipalités et de clients privés de l’État du Texas.

« C’est notre deuxième acquisition au Texas, où on compte maintenant 110 employés qui vont soutenir notre croissance future », m’explique Frédéric Dugré, le PDG qui a fondé H2O Innovation il y a 20 ans.

L’entreprise a aussi annoncé au cours du mois de juin l’obtention de trois nouveaux contrats. H2O Innovation conçoit et fabrique des systèmes de traitement des eaux, fabrique et distribue des produits spécialisés et offre des services d’opération et de maintenance de systèmes de traitement de l’eau et des eaux usées. Elle emploie 690 personnes en Amérique du Nord ainsi qu’en Espagne et en Angleterre.

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Frédéric Dugré, PDG de H2O Innovations, qu’il a fondé il y a 20 ans

La pandémie a créé un sentiment d’urgence auprès des autorités municipales et des citoyens sur l’importance d’avoir des infrastructures fiables et bien entretenues, et c’est notre mission.

Frédéric Dugré, PDG de H2O Innovation

L’entreprise Levio de Québec, spécialisée dans les technologies de l’information, a fait sa marque depuis sa fondation en 2014 pour avoir enregistré une croissance de 16 500 % de ses revenus en cinq ans. La crise engendrée par la pandémie a-t-elle freiné ses ardeurs ?

« Il y a eu le choc de la fermeture complète en mars et avril, alors que plusieurs de nos clients ont tout simplement suspendu les projets en cours ou annulé de nouveaux contrats. On a profité de ce répit pour faire de la formation. Il n’était pas question de mettre nos employés à pied. Il fallait faire face à la tempête », explique François Dion, fondateur de Levio.

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François Dion, fondateur de Levio

Cette stratégie a porté ses fruits. Levio a réussi à combler le retard accumulé en mai et a terminé le mois de juin avec des résultats financiers supérieurs à ceux d’avant le déclenchement de la crise.

« On a terminé l’acquisition de Logimethods de Montréal, ce qui a augmenté nos effectifs de 50 spécialistes, et on a embauché 50 nouvelles personnes pour porter nos effectifs à 900 employés, dont 650 à Québec. On a actuellement 100 postes à pourvoir et on attend que les frontières rouvrent pour accueillir des gens qu’on a recrutés à l’international », relate François Dion.

Selon lui, la pénurie de main-d’œuvre va rapidement redevenir la réalité avec laquelle la région métropolitaine de Québec va devoir à nouveau composer.