Hydro-Québec a participé à une vaste étude de deux mois sur le télétravail, qui vient d’être achevée par une chercheuse à HEC Montréal. Au cœur de la recherche : une trousse d’outils Yapouni complète pour aider les employés à concilier travail et vie personnelle et, par-dessus tout, à se concentrer.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

L’importance d’outils concrets

La trousse créée par l’entreprise Yapouni et envoyée à une partie des participants de l’étude proposait des routines d’équipes (rencontres quotidiennes « de corridor » à heure fixe, battement de 5, 10 minutes entre les réunions, bloc de productivité sans réunion ni courriels) et des routines individuelles (bloc de concentration et bloc social-famille).

« Au départ, je craignais que les employés ne trouvent cette trousse intrusive », relate Marine Agogué, chercheuse et professeure à HEC Montréal, qui a elle aussi goûté au télétravail en donnant ses cours virtuellement, parfois avec son bébé dans les bras.

« Mais même si l’employeur conseillait l’employé dans l’organisation de sa vie privée, les trousses complètes envoyées aux employés ont été perçues comme légitimes, c’est-à-dire adaptées et appropriées aux enjeux. »

Les participants qui avaient fait état d’un équilibre plus faible entre vie personnelle et vie professionnelle ont particulièrement apprécié les outils de la trousse.

Sans grande surprise, les employés qui n’ont reçu qu’un courriel superficiel de l’employeur et non la trousse d’outils ont déclaré que cette forme d’aide n’avait pas répondu à leurs besoins.

L’importance d’un bloc de concentration profonde

L’étude démontre que l’utilisation d’un bloc de concentration quotidien améliore de façon significative le sentiment de satisfaction des employés vis-à-vis de leur travail. Une forte proportion d’entre eux estime même avoir livré une meilleure performance en télétravail qu’au bureau. Les employés utilisant les blocs de concentration sont 23 % plus satisfaits de leur travail des semaines après le début de leur utilisation.

« L’idée, c’était de construire des outils qui allaient sacraliser dans l’agenda de l’employé une plage horaire réservée à ce temps de concentration ininterrompu, qui permet d’accomplir des tâches à haute valeur ajoutée, explique la chercheuse. Ce n’est pas d’être en réunion ou de répondre à des courriels, mais plutôt de prendre du temps de réflexion, de recul, anticiper, analyser, être créatif et apprendre de nouvelles choses. »

Hydro-Québec proposait dans la routine individuelle un bloc de concentration quotidien à heure fixe, par exemple de 14 h 30 à 16 h, mis formellement à l’agenda, au cours duquel aucune sollicitation de gestionnaires, de collègues, ni de l’entourage familial n’était permise.

Pour soutenir les parents et faire en sorte que les enfants acceptent de les laisser travailler pendant ce bloc, la trousse contenait des outils réalisés par Yapouni, entreprise fondée par Marianne Burkic qui aide les parents à communiquer avec leurs enfants malades et à organiser des routines autour des traitements à l’hôpital.

L’importance d’enrayer les préjugés envers les femmes

Les résultats de l’étude révèlent que l’utilisation de blocs de concentration a permis aux employées de diminuer leur sentiment de culpabilité. Les mères de jeunes enfants avaient indiqué ressentir une double culpabilité face au travail et à la vie familiale, en ayant l’impression de ne pouvoir donner leur meilleur ni au travail ni à la maison.

Avec cette trousse, Yapouni vise à créer un nouveau contrat de travail entre employés, gestionnaires, collègues et famille. Une façon d’établir une confiance mutuelle, explique Marine Agogué, car, en 2020, des préjugés cognitifs existent toujours envers les employées dans maintes organisations et entreprises, a constaté la chercheuse.

« Les gestionnaires et même les employés font des hypothèses au sujet de leurs collègues, observe-t-elle. On dit : “Si Sophie ne répondait pas à 14 h, c’est qu’elle était en train de s’occuper de ses enfants. Par contre, si c’est Serge qui ne répondait pas, c’est probablement parce qu’il était en train de travailler.” »

« Si l’équipe met une pression sociale sur les employées pour qu’elles répondent aux courriels dans les 10 minutes, poursuit la chercheuse, elles ne pourront jamais avoir ce bloc de concentration pourtant primordial afin d’accomplir des tâches complexes. »

L’importance d’entretenir le sentiment de soutien

Les participants qui ont reçu une trousse étiquetée Hydro-Québec avaient le sentiment d’être mieux soutenus par leur employeur sur le plan de la santé mentale, de la facilité d’organiser leur travail et de la conciliation avec la famille, mais seulement de façon temporaire.

« Au moment de l’envoi, ça crée le sentiment de soutien, mais il faut l’entretenir, parce que, trois semaines plus tard, il n’est plus là. »

L’effet est aussi plus fort si le gestionnaire, les employés et leur famille croient à la pertinence des outils et apprennent à s’en servir.

Méthodologie

Dès le début de la pandémie, à la fin de mars, 360 employés et gestionnaires en télétravail ont participé à l’étude menée par Marine Agogué, professeure à HEC Montréal. Les employés célibataires ou en couple, parents ou sans enfants, ont été divisés en trois groupes. Le premier a reçu de l’employeur un courriel général au sujet du télétravail, tandis que le deuxième s’est vu remettre une trousse d’Hydro-Québec avec des outils concrets et des routines individuelles de conciliation créées par l’entreprise Yapouni pour l’aider dans la gestion de son temps personnel et professionnel à la maison. Le troisième groupe a aussi reçu la trousse complète, mais non étiquetée Hydro-Québec.

Dans une version antérieure de ce texte nous avons mal identifié la fondatrice de l'entreprise et créatrice de la trousse Yapouni. Il s'agit de Mme Marianne Burkic. Nos excuses.