Le risque fait partie de la vie professionnelle de Josiane Simon depuis toujours. Tout comme l’importance de la diversité dans ses équipes. Encore plus depuis trois mois, alors que les clients de la vice-présidente, services-conseils en risque de BDO Canada se demandent quelles procédures mettre en place pour faire face à une crise sans précédent.

Isabelle Massé Isabelle Massé
La Presse

Mercredi, Josiane Simon a d’ailleurs donné un séminaire en ligne sur le retour en milieu de travail, à l’heure du déconfinement. « On accompagne de nombreux comités de direction, explique-t-elle. On aide des organisations, petites comme grandes, à mettre en place des mécanismes pour être plus résilientes face aux évènements majeurs. »

Parler de pandémie, sujet qui relevait de la science-fiction il n’y a pas si longtemps, n’est pas nouveau pour Josiane Simon. « Ça fait 20 ans qu’on en parle ! Il y a eu le SRAS, la crise porcine… », dit celle qui pourrait passer pour une personne négative quand elle énumère les catastrophes auxquelles peuvent faire face les entreprises.

On est toujours avec notre bâton de pèlerin, mais [les entreprises] prennent ça de plus en plus au sérieux. Avoir un plan, c’est comme aller faire son épicerie avant l’arrivée de la visite.

Josiane Simon

« On se donne un outil pour pouvoir répondre à une situation. Ça minimise l’improvisation et assure d’être efficace », explique-t-elle.

Une motivation à se structurer ? Un vaccin qui ne sera pas prêt avant des mois et la menace d’une deuxième vague de COVID-19. « Les organisations doivent déterminer la procédure à déployer s’il y a, par exemple, un cas de COVID-19 au sein de l’organisation », estime Josiane Simon.

« Elles doivent démontrer qu’elles prennent tout en charge, tentent de réduire l’improvisation. Un tel protocole permet d’agir plus vite, de protéger des vies et d’éviter des arrêts d’activité trop longs. »

Il n’y a aucune certitude quant aux effets et aux dommages d’une crise, quelle qu’elle soit. La clé, selon Josiane Simon, pour concevoir le plan le plus efficace et pertinent qui soit ? « Réunir une équipe multidisciplinaire. »

« La diversité alimente la croissance »

D’ailleurs, celle qui a d’abord travaillé dans la gestion des accidents industriels majeurs en lien avec l’utilisation de substances dangereuses en a autant à dire sur la gestion de risques que sur l’importance de la diversité dans des équipes de travail.

En entrevue, il n’y avait évidemment qu’un pas à faire pour aborder le manque de diversité dans une foule d’industries et le mouvement de conscientisation sur la place et le traitement des Noirs dans la société à la suite du meurtre de George Floyd.

Plus il y a de personnes avec des perspectives différentes, meilleure sera la prise de décisions. La diversité alimente la croissance et facilite l’innovation et la créativité pour la résolution de problèmes. On n’avance pas autant en étant monolithique.

Josiane Simon

Mme Simon salue le poste de chef de la diversité et de l’inclusion chez BDO et la prise de position de son employeur sur les réseaux sociaux au sujet de George Floyd.

« Un communiqué a aussi été envoyé à l’interne : voici comment vous pouvez vous instruire, comment vous pouvez réagir et une liste des organisations qui font la promotion des droits des minorités visibles, raconte-t-elle. Nos politiques d’inclusion ne datent pas d’hier. Nos bureaux sont vraiment à l’image de la société, que ce soit en ce qui a trait aux minorités visibles ou aux membres de la communauté LGBTQ. »

Et dans une perspective post-crise, où la pénurie de main-d’œuvre redeviendra le sujet de l’heure, soutenir la diversité sera plus que conseillée pour pourvoir des postes, selon Mme Simon. « Les milléniaux sont très sensibles aux enjeux de la diversité. Une organisation qui n’embrasse pas de telles valeurs aura de la difficulté à les retenir. »

Celle qui a grandi à Saint-Bruno-de-Montarville avec ses parents haïtiens n’en oublie pas moins les obstacles qu’elle a rencontrés au cours de sa carrière. « Il y a des barrières à l’emploi quand tu fais partie d’une minorité, admet-elle. J’ai eu des commentaires plates. Je ne peux me permettre d’être moyenne dans mon travail. Je dois être très préparée. Ma mère m’a souvent dit : “Tu es une fille, tu es noire, tu ne peux pas ne pas être bonne !” Ce serait bien que cette pression disparaisse. »