Une longue file d’hommes impatients de se faire couper les cheveux. Des magasins qui ne rouvriront jamais. D’autres qui s’y préparent encore. Des vitrines qui n’ont pas changé depuis l’hiver. Des rubans « DANGER ». Et un patron qui ne se fait pas d’illusions.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Les clients qui entraient par la porte numéro 4 des Galeries Saint-Hyacinthe se faisaient accueillir lundi matin par nul autre que le directeur général de la place, André Brochu. Équipé d’un masque, il répétait inlassablement les consignes sanitaires. « Marchez à droite, s’il vous plaît ! » Ce type d’accueil doit durer une semaine.

Sur les quelque 120 boutiques du centre commercial, près d’une centaine ont ouvert dès qu’elles ont pu, c’est-à-dire lundi matin. Le flot de clients était incessant.

Le mail est très large alors les risques sont très limités. C’est pour ça qu’on mettait de la pression sur les élus pour rouvrir. En plus, ici, on a 90 % de chaînes québécoises ou des indépendants ou des franchisés québécois. On trouvait ça triste que les Américains comme Costco puissent ouvrir. On voulait sauver le plus de détaillants du Québec.

André Brochu

Après plus de 11 semaines de fermeture forcée, certaines portes ne rouvriront jamais. C’est le cas d’Aldo et de la boutique de vêtements Hangar-29 de Rimouski, tous deux à l’abri de leurs créanciers. Reitmans doit ouvrir « vendredi ou lundi », tandis que « Stokes va supposément rouvrir ».

« On sait qu’il y en a en difficulté », ajoute le dirigeant, tout en indiquant que la tâche principale de ses directeurs de location n’est pas de louer, mais de « sauver nos marchands » actuellement. « On ne veut pas avoir plein de trous dans notre centre, mais on sait que ce ne sera pas facile… »

« Je risque ma vie »

Cela dit, les Maskoutains avaient surtout hâte de se faire couper les cheveux.

Une cinquantaine d’hommes étaient en file lorsque les portes du Salon Les Galeries ont ouvert, à 7 h. À midi, la queue était encore longue, malgré la présence de six coiffeurs et coiffeuses.

« Je risque ma vie ce matin en venant ici. Vous pouvez l’écrire », nous a dit un homme découragé de voir si peu de masques autour de lui. Les autres avaient plutôt l’air de trouver le temps long.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Les clients étaient au rendez-vous au Salon Les Galeries.

Dans le salon, la coiffeuse Johanne Massé était débordée, mais pas craintive d’attraper la COVID-19. Normalement en congé les lundis, elle avait choisi d’être au travail, car ça promettait d’être occupé. « C’est une méchante journée. Ça lâche pas du tout, a confirmé l’une de ses collègues. Il y avait une heure et demie d’attente tantôt ! »

Émoi devant une banque fermée

Les portes closes de la Banque Royale ont pour leur part créé une petite commotion, relate M. Brochu. Comme on est le 1er du mois, plusieurs personnes voulaient accéder à ses services. Il a fallu gérer la déception.

Direction la foire alimentaire. La moitié des six restos sont fermés, dont Subway et McDonald’s, qui doit d’abord repenser (réduire) son menu afin que les employés puissent respecter les 2 mètres, nous a-t-on expliqué. Les chaises sont inaccessibles.

À proximité, le magasin Le Château était plein de boîtes… de souliers d’hiver devant être retournés à l’entrepôt. La vitrine, exactement la même qu’avant la pandémie, présente la collection de printemps. La marchandise d’été devrait entrer cette semaine, selon les employées.

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Le magasin Le Château était plein de boîtes de souliers d’hiver devant être retournés à l’entrepôt.

En face, chez Taylor, on avait pris le temps de refaire la vitrine. Mais la collection d’été n’y sera jamais reçue puisque le magasin fermera à la fin du mois.

La chaîne américaine de vêtements pour enfants Carter’s était fermée. Idem pour DavidsTea et La Senza. Certaines boutiques n’avaient pas encore reçu leurs plexiglas, explique M. Brochu. Winners voulait gâter ses employés et ses clients VIP avant d’ouvrir au public mercredi.

Un peu partout, des affiches précisent le nombre maximal de clients par magasin, l’obligation de se laver les mains et la règle des 2 mètres. Des flèches sur le sol indiquent le parcours de circulation, mais comme au supermarché, il y a des délinquants.