L’associé du fonds de capital-risque montréalais se consacrera à la crise climatique

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Sylvain Carle, un ancien de Twitter devenu depuis 2014 un des visages les plus connus du fonds de capital-risque montréalais Real Ventures, quitte le navire. Il en a fait l’annonce jeudi dernier sur LinkedIn, expliquant qu’à l’aube de la cinquantaine, il veut désormais se consacrer aux « start-up d’impact », en premier lieu celles qui veulent trouver des solutions à la crise climatique.

« La techno pour la techno, ça ne m’intéresse pas, explique en entrevue M. Carle. Dans les dernières années, avec mes lectures sur le climat, les alertes qu’on entend venant de la communauté scientifique, je pense qu’il est temps d’investir massivement. Il y en a qui le font déjà, mais il pourrait y en avoir dix fois plus. »

Quitter la maison

La crise climatique, écrit-il, est « l’urgence du siècle ». « C’est probablement une des causes principales de la crise du coronavirus. » Il le précise en entrevue comme sur son blogue, intitulé avec un clin d’œil A Frog in the Valley (Une grenouille dans la Vallée) : il ne claque pas la porte de Real Ventures. « C’est plutôt comme si je quittais la maison familiale pour retrouver un appartement, écrit-il. Ça se fait en toute quiétude pour mes associés et moi. Ce n’est pas parce qu’ils sont moins inquiets pour la planète, ils le sont, mais sans doute pas autant que moi. »

Fondé en 2007, Real Ventures gère 330 millions d’actifs dans 280 jeunes sociétés. Le fonds est un des grands responsables de la santé de l’écosystème techno à Montréal, qui compte quelque 2000 start-up au dernier décompte. Les associés de M. Carle savent depuis plusieurs mois qu’il prépare son départ. Il continuera de s’occuper des investissements qu’il a parrainés pour les six prochains mois et restera mentor des cinq entreprises dont il est responsable.

Il évoque au passage sur son blogue sa fille de 6 ans, décrivant un tableau « rempli de gribouillis » qu’il a maintenant effacé en grande partie.

Je me décris comme socialiste, humaniste et, de plus en plus, écologiste. Ce qui est important pour moi, ce n’est pas le progrès technologique en soi, mais comment mieux utiliser le levier du financement pour faire avancer des projets.

Sylvain Carle

Les huit associés de Real Ventures ne financent qu’une part minime des fonds – « autour de 3 % », dit M. Carle –, le reste provenant notamment d’investisseurs institutionnels et de fiducies. Le départ de cet associé, autrement dit, ne signifie pas qu’il retire ses billes de l’aventure ou que les fonds se retrouvent amputés de plusieurs dizaines de millions.

« Je continue d’investir dans ces fonds-là, je pense que ce sont de bons fonds. Mais je n’ai pas fait une fortune personnelle, j’ai un peu d’argent de mes actions chez Twitter que j’ai ramené à Montréal et placé. »

Investir et évaluer « différemment »

Il assure ne pas encore avoir d’idée claire quant à ses prochains engagements. « Ce ne sera pas une autre start-up, c’est la seule porte que je n’ouvre pas. » Il se donne trois mois pour trouver la meilleure façon de stimuler ce qui est devenu sa priorité, l’investissement dans des technologies « qui vont améliorer la situation ou gérer la dégradation » du climat.

De toute évidence, il est tenté par le modèle de certains fonds, surtout américains, dont les critères de rendement auprès des sociétés ont été considérablement modifiés pour mieux tenir compte de leur impact environnemental. On s’éloigne du modèle classique du capital-risque, où on réévalue après cinq ou dix ans la pertinence de l’investissement pour se retirer, réinvestir ou vendre l’entreprise. M. Carle n’exclut pas de se joindre à un fonds existant ou d’en mettre un nouveau sur pied.

« Ce n’est pas l’approche pure du capital de risque, la façon d’investir est différente et l’évaluation aussi. L’investissement d’impact, il s’en fait depuis longtemps, mais pas tant que ça au Canada, et très peu au Québec. »