Un peu moins d’une semaine après la mise à l’eau des cages en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine, les premiers homards du Québec débarquent jeudi en supermarché en affichant un prix considérablement bas, selon les regroupements de pêcheurs. Cette tendance pourrait se maintenir tout au long de la saison en raison de l’abondance de homards causée notamment par la diminution des exportations, la fermeture des restaurants et l’arrêt des croisières.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

« Il va y avoir une abondance de homards, prédit Jean Côté, directeur scientifique du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie. Le pêcheur va écoper. Le consommateur va être content. 6,99 $, c’est bas comme prix. L’année dernière, on avait commencé à 8,99 $ », se rappelle celui dont le regroupement représente quelque 500 pêcheurs (capitaines et aides-pêcheurs).

Dans la circulaire de Metro qui entre en vigueur jeudi, le célèbre crustacé est effectivement affiché à 6,99 $ la livre (vivant). Si son origine n’est pas précisée, il s’agit ici du prix demandé pour le homard de la Gaspésie, confirme la porte-parole de l’enseigne, Geneviève Grégoire. La semaine dernière, pour la fête des Mères, le homard de la Nouvelle-Écosse – celui du Québec n’était pas offert – était vendu à 7,77 $ la livre chez Metro et à 8,99 $ la livre du côté d’IGA. La chaîne offrira de son côté des homards pêchés en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine à partir de la fin de semaine. Il a toutefois été impossible de connaître le prix que devra débourser le consommateur.

Du côté des poissonneries, où l’on vend généralement le produit un peu plus cher, mais où on l’offre en plus grosse taille, on anticipe également des prix assez bas. « On s’attend à une baisse assez importante du prix avec l’arrivée des homards québécois », croit Alexander Meletakos, directeur des ventes à la poissonnerie La Mer. Son établissement recevra ses premiers arrivages en provenance d’Anticosti samedi alors que ceux des Îles-de-la-Madeleine seront livrés lundi. Du côté des poissonneries Odessa, qui vendaient le homard de la Nouvelle-Écosse entre 15,99 $ et 18,99 $ la livre – tout comme à La Mer –, on s’attend à ce que le crustacé des Îles-de-la-Madeleine offert vendredi soit affiché à moindre coût.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Alexander Meletakos, directeur des ventes à la poissonnerie La Mer

« Il y a un afflux de homards », ajoute pour sa part MClaude Régnier, qui agit à titre de conseiller juridique pour l’Office des pêcheurs de homards des Îles-de-la-Madeleine. Le regroupement représente 325 pêcheurs. « Tout le monde s’attend à une saison difficile. »

Pourquoi ? « Tout le monde va à la pêche en même temps et il n’y a pas de restaurants, pas d’hôtels, pas de croisières », répond Jean Côté. Déjà, le homard de la Nouvelle-Écosse est offert dans les comptoirs à poisson. Lors de la fin de semaine de la fête des Mères, c’est d’ailleurs sur lui que les amateurs de fruits de mer ont jeté leur dévolu. Normalement, cette province des Maritimes exporte près de 65 % de ses stocks en Chine, explique M.  Côté. La pandémie a toutefois fait en sorte que presque la majorité des homards sont restés ici et se sont retrouvés dans les supermarchés et les poissonneries du Québec, notamment. Puis, les pêcheurs du Nouveau-Brunswick et de l’Île-du-Prince-Édouard prendront le large à leur tour d’ici quelques jours, contribuant du coup à augmenter les stocks dans les comptoirs.

« Est-ce qu’il va y avoir un marché ? », se demande MRégnier. Devant cette abondance, la saison risque d’être écourtée, craint-il. Normalement, celle-ci se termine en juillet, tout dépendant de la date où les premières cages ont été mises à l’eau.

Quantité de homards pêchés (Îles-de-la-Madeleine, Côte-Nord et Gaspésie)

2019 : 9100 tonnes

2018 : 8100 tonnes

2017 : 7700 tonnes

2016 : 5200 tonnes

Source : Pêches et Océans Canada