Dans la foulée de cette crise de la COVID-19, nombreux sont les appels à la consommation de produits locaux. L’idée de produire des fruits et des légumes en serre par les agriculteurs du Québec a fait surface à la suite, entre autres, des propos du premier ministre, François Legault, et de la nouvelle PDG d’Hydro-Québec, Sophie Brochu.

Jacques Demers
Entrepreneur et PDG de Les Productions Horticoles Demers

L’utilisation de nos surplus d’électricité pourrait alors trouver preneur par les producteurs de fruits et de légumes de serre grâce à des technologies innovantes de chauffage et d’éclairage des cultures.

Quels sont ces surplus d’électricité ?

Selon les données récentes qui ont circulé dans l’espace public, Hydro-Québec dispose de surplus d’électricité à la hauteur de 25 térawattheures. Il s’agit plutôt d’une sous-production d’électricité pour des installations en place qui pourraient transformer l’eau accumulée dans les barrages en kilowattheures.

Peu importe, ce qui compte ici, c’est qu’un seul de ces 25 térawattheures, soit 4 % des surplus non utilisés, suffirait pour rendre le Québec autosuffisant dans différentes productions de fruits et légumes qu’on peut produire en serre. Cela permettrait de garnir tous les étals des supermarchés du Québec en produits variés, frais, bons, locaux et pourvus de nutriments ! Fini l’importation des produits du Mexique ou des États-Unis !

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Les Serres Demers

Développer la production en serre au Québec à partir de l’hydroélectricité est un vrai projet de société, le choix d’utiliser une ressource naturelle renouvelable, sans émission de gaz à effet de serre, pour nourrir sainement la population.

Au fil des années, notre entreprise a investi dans les technologies de production performantes comme on en retrouve dans certains comme les Pays-Bas, un leader mondial dans ce secteur. Dans les dernières années, nous avons opté pour quelques variantes technologiques qui sont déterminantes dans l’idée d’offrir des produits frais aux consommateurs québécois, et ce, à longueur d’année. Résultats, des fruits bien mûrs, goûteux, locaux, remplis de vitamines et nutriments de grande valeur, par surcroît à des prix compétitifs. Nous produisons plus de 7000 tonnes de fruits et légumes frais par année, mais nous couvrons à peine 5 % de la demande dans l’ensemble de ces produits.

Le potentiel de production est beaucoup plus grand que ce que nous offrons actuellement, en quantité et en variétés de produits. Les gens connaissent bien les classiques – tomates, concombres, laitues –, mais les producteurs peuvent faire plus pour colorer les étals de nos supermarchés. Les poivrons, les aubergines, les courges (de toutes sortes), les haricots, les fines herbes, sans oublier les fraises, framboises et mûres.

Une croissance importante du PIB dans le secteur de même qu’un gain sur notre balance commerciale, de l’ordre de 300 millions de dollars par année, la création d’emplois, des investissements importants dans les infrastructures et de la recherche technique et universitaire déclineraient de ces changements.

La crise du coronavirus sera le catalyseur de changements dans notre façon d’aborder nos activités quotidiennes. Notre capacité à produire nos propres aliments, en l’occurrence nos fruits et nos légumes frais, fera certainement partie de cette équation favorisant une vie économique de proximité forte. Souhaitons que nos dirigeants sachent saisir cette occasion en mettant à notre disposition cette ressource naturelle québécoise sous-utilisée qu’est l’hydroélectricité.