Moment rarissime en habitation, les associations de locataires et de propriétaires demandent toutes deux le même remède au gouvernement du Québec : un programme temporaire de supplément au loyer. La Colombie-Britannique a d’ailleurs instauré pareille mesure pour éviter des drames.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Au Québec, environ 14 % des locataires n’avaient pas payé leur loyer d’avril au complet en date du 6 avril, selon un coup de sonde de la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec (CORPIQ). La situation est particulièrement grave pour un propriétaire sur huit, qui est incapable de percevoir 40 % et plus de ses loyers.

Les résultats concordent avec ceux obtenus auprès des membres de l’Association des propriétaires du Québec (APQ) le 2 avril. Un nouveau sondage doit être réalisé mercredi. On saura si les chèques du gouvernement fédéral contribuent à régulariser un tant soit peu la situation comme il était espéré.

Les mesures prévues par la Régie du logement pour aider les propriétaires à percevoir leurs loyers impayés étant suspendues jusqu’à nouvel ordre par le gouvernement, les associations de propriétaires demandent un coup de pouce en retour, sans succès pour le moment.

« Les discussions avec le cabinet de la ministre Laforest [responsable de l’habitation] nous indiquent que le gouvernement n’entend pas pour le moment aller dans cette voie », déplore Martin Messier, président de l’APQ, dans un entretien.

Le cabinet de la ministre Laforest n’a pas rappelé La Presse sur ce sujet.

Les propriétaires ne sont toutefois pas les seuls à demander de l’aide. « Depuis deux semaines, nous demandons la mise en place d’un fonds de dépannage dédié au paiement du loyer, » dit Maxime Roy-Allard, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ). L’organisme demande aussi un programme visant à soulager les petits propriétaires du service de leur dette hypothécaire durant la crise.

Ailleurs, on agit

En Colombie-Britannique, le BC Temporary Rental Supplement Program offre aux locataires et aux propriétaires un soutien temporaire d’un maximum de 500 $ par mois pour le paiement des loyers des locataires touchés par COVID-19. Les paiements sont effectués directement aux propriétaires des ménages admissibles.

L’argent est disponible pour les mois d’avril, mai et juin 2020. Il couvrira une partie du loyer pour les locataires à revenu faible ou modéré qui ont perdu des revenus à cause de la COVID-19.

Le programme donne 300 $ par mois pour les ménages sans enfant et 500 $ par mois pour les ménages avec enfant. Pour avoir droit à l’aide, il faut avoir gagné moins de 74 150 $ pour les ménages sans enfant et 113 010 $ pour ceux avec des personnes à charge. Il faut aussi consacrer au moins 30 % de son revenu au paiement du loyer.

S’il devait persister, le non-paiement de loyers aurait des répercussions graves sur l’économie québécoise, terre de locataires, où 38,7 % des ménages y louent leur logis.

« Le taux de propriété a toujours été faible au Québec et, à 61,3 % en 2016, il était le plus bas de toutes les provinces », écrivait Statistique Canada en 2017, sur la base des données du dernier recensement. En Colombie-Britannique, le taux de propriété se situe à 68 %. La moyenne nationale est à 67 %.