La douce frontière d’une troisième naissance. La perturbante frontière entre la vie normale et la crise. La nouvelle frontière qui ferme le Bas-Saint-Laurent. Depuis un mois, Xavier Douville et sa famille ont traversé des moments contrastés.

Marc Tison
Marc Tison La Presse

« Je me suis trouvé un peu à court, il n’y a pas eu de préavis quand ils ont fermé la frontière. »

Xavier Douville parle de la frontière qui a été tirée aux portes du Bas-Saint-Laurent depuis bientôt une semaine.

Pour le jeune père de famille et sa conjointe, Claudine Rancourt, le mois de mars a été marqué par les bouleversements.

Le 1er mars dernier, Claudine a donné naissance à Arnaud, leur troisième enfant après Léonie, 3 ans, et Éliane, 2 ans.

Ils habitent à La Pocatière, une petite ville paisible, loin des problèmes.

Pensaient-ils.

Ingénieur en informatique, Xavier Douville s’y était installé en 2012 pour travailler chez Technologies Lanka, une firme spécialisée dans les systèmes pour le transport sur rail.

En congé pour la naissance d’Arnaud, il devait retourner au travail le 23 mars. Une semaine avant son retour, la garderie de ses fillettes a fermé ses portes.

Claudine, qui allaite le nourrisson, « dort quand elle peut, explique-t-il. On ne voulait pas qu’elle reste seule avec les trois enfants et qu’elle soit brûlée ».

La solution a consisté à demander à la mère de Xavier, qui habite Québec, de venir donner un coup de main temporaire.

Xavier était de retour au travail depuis trois jours quand les employés ont été invités à travailler de la maison. Aucun problème, un bureau confortable l’attendait et sa mère a continué à prendre soin des enfants.

PHOTO FOURNIE PAR XAVIER DOUVILLE

Éliane, 2 ans, Claudine Rancourt, Léonie, 3 ans, Xavier Douville. Et Arnaud.

Le rideau de fer tombe

« La fin de semaine suivante, le 28, ils ont annoncé qu’ils fermaient le Bas-Saint-Laurent. »

Sa mère était de retour à Québec pour le week-end. C’est-à-dire du mauvais côté de la frontière. « Elle ne pouvait plus venir, parce qu’ils mettent des barrages policiers. »

Il a songé à amener ses deux filles chez sa mère.

Une bonne idée ? Il en a parlé aux agents frontaliers – aux policiers, quoi.

Le barrage est juste à côté de chez nous, c’est une petite marche. Ils m’ont dit qu’on pouvait sortir. Je me suis dit : parfait !

Xavier Douville

Mais pourrait-il franchir la frontière au retour ?

« J’ai lu un article qui disait que quand on revenait dans la région, il fallait ensuite se mettre en quarantaine pendant deux semaines. »

Ennuyeux, pour l’épicerie et les courses… D’autant plus que la nouvelle frontière complique les déplacements.

« Les gens de Rivière-du-Loup et de Rimouski se rendent moins souvent en dehors de la région, mais nous, on est juste à côté. En théorie, les gens qui habitent le village d’à côté ne peuvent plus venir faire leur épicerie à La Pocatière. »

Arrêt de travail

Il a décidé de continuer de travailler à la maison en gardant un œil sur sa vibrante marmaille. Il a tenu deux jours.

« Depuis aujourd’hui, j’ai cessé de travailler pour m’occuper de mes enfants », dit-il, en ce 1er avril.

« Pour moi, ce qui aurait été idéal, c’est qu’ils donnent les 2000 $ par mois à une gardienne qui vient chez moi, et j’aurais continué à travailler. »

Pour l’instant, il ne peut qu’espérer que la garderie rouvre le 1er mai.

Rien de tragique, il le sait. « Au moins, les enfants ne manquent pas d’école », pour la bonne raison qu’elles ne sont pas encore d’âge scolaire.

Les filles sont bien contentes de voir leur papa à domicile. « Au début, je me disais : ‘‘On va aller jouer au parc.’’ Mais ils ont barré les modules de jeu, on n’a plus le droit d’y aller. Bon, on peut encore aller faire des marches et aller au bord du fleuve. »

C’est heureux : la frontière de la région s’étire aussi le long du Saint-Laurent.

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