Foudroyé par la crise du nouveau coronavirus, le Cirque du Soleil s’active toujours à mettre en place les solutions financières qui vont lui permettre d’émerger de sa mise en quarantaine forcée tout en ficelant la logistique de la reprise de ses tournées de spectacles partout dans le monde. Parce qu’il y aura une vie après la crise, insiste son PDG, Daniel Lamarre.

Jean-Philippe Décarie
Jean-Philippe Décarie La Presse

On le sait, le Cirque du Soleil a été terrassé par la pandémie de COVID-19. L’entreprise, qui avait simultanément 44 spectacles en représentation dans le monde entier, a été forcée d’annuler toutes ses activités et de mettre à pied 95 % de ses effectifs, soit près de 5000 personnes.

« Ç’a été assez colossal comme opération. Il a fallu rapatrier plus de 2000 de nos employés en tournée dans une trentaine de villes dans chacun de leur pays d’origine. Il a fallu démonter nos chapiteaux et stocker 483 camions-remorques de matériel », relate Daniel Lamarre.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Daniel Lamarre, PDG du Cirque du Soleil

Depuis deux semaines, les supputations sur la précarité financière du Cirque du Soleil pour faire face à la crise qui l’assaille ont été nombreuses, et ce n’est pas pour rien. Quand une entreprise perd du jour au lendemain la quasi-totalité de ses revenus, il y a de quoi s’inquiéter pour la suite des choses, surtout quand ces revenus s’élèvent à plus de 1 milliard US.

Et les inquiétudes sont amplifiées d’autant plus que le Cirque du Soleil cumule aujourd’hui une dette considérable, de l’ordre du milliard de dollars, en raison d’investissements importants de plus de 500 millions qui ont été faits depuis deux ans pour des acquisitions et la création de nouveaux spectacles.

Daniel Lamarre admet d’emblée que le Cirque fait face à des défis majeurs et qu’il devra manœuvrer de façon extrêmement serrée au cours des prochains mois pour émerger de la crise, mais il se désole de l’aura de fatalisme avec laquelle on dépeint sa situation tant financière qu’opérationnelle.

« Oui, on a des problèmes de liquidités, oui, on travaille à trouver des solutions avec nos partenaires et les gouvernements, mais on est en mode combat. On n’attend pas la solution miracle et on ne cherche pas à avoir des subventions pour s’en sortir, on travaille à la remise sur pied de l’entreprise pour qu’elle soit prête dès que la situation le permettra », lance le PDG du Cirque.

Des nouvelles encourageantes

C’est pour briser le climat de torpeur qui plane au-dessus de l’entreprise longtemps vénérée pour son immense créativité que Daniel Lamarre voulait témoigner.

Du point de vue opérationnel, l’équipe de direction du Cirque du Soleil travaille sans relâche pour préparer l’après-crise. On revoit toute la logistique des tournées qui sont planifiées deux ans à l’avance. Certains spectacles devront être mis en priorité, tout comme on prévoit miser davantage sur certains marchés-clés, comme ceux de Londres, Los Angeles, New York ou Sydney.

On est en discussion constante avec nos partenaires. Avec MGM à Las Vegas ou avec Disney. Dès que la situation le permettra, on va relancer nos spectacles et nos tournées, un à la fois. Déjà, nos producteurs en Corée et en Indonésie nous appellent pour reprendre les spectacles.

Daniel Lamarre, PDG du Cirque du Soleil

Cela dit, le Cirque aura besoin de liquidités pour orchestrer la réactivation progressive de ses activités. Son PDG estime qu’il en coûtera de 100 à 200 millions US pour assurer la transition vers une pleine opérationnalité de ses activités.

« Nos actionnaires TPG, Fosun et la Caisse de dépôt vont participer à cette relance et on négocie avec Investissement Québec pour avoir des prêts garantis. Il y a encore des détails à préciser », évoque Daniel Lamarre.

Si toutefois ces détails devenaient inextricables, le PDG n’exclut toujours pas la possibilité que le Cirque du Soleil se place sous la protection de la loi de la faillite, une solution extrême qu’il ne favorise évidemment pas.

Est-ce que Guy Laliberté, fondateur du Cirque qui vient de vendre à la Caisse de dépôt la part de 10 % restante qu’il détenait dans l’entreprise, aurait pu être mis à contribution et participer au sauvetage de l’entreprise qu’il a créée ? Ce serait un juste retour des choses, non ?

« Ce sont ses décisions personnelles, il a ses propres projets, moi, je me concentre sur les décisions que l’on peut prendre. On a la chance d’avoir un actionnaire solide, la Caisse de dépôt, qui croit en l’entreprise », répond Daniel Lamarre.

« Les gens oublient qu’avant que n’éclate la crise, le Cirque du Soleil était très profitable malgré les gros investissements qu’on a faits au cours des dernières années. On estime que le retour à la profitabilité est réalisable d’ici deux ans. »

Selon Daniel Lamarre, la roue va se remettre à tourner dès que le Cirque entreprendra la présentation d’un premier spectacle et que les liquidités recommenceront à affluer.

« Vendredi dernier, on a mis en ligne sur notre site des extraits de trois de nos spectacles qui ont généré en 24 heures 7 millions de visionnements et 6,7 millions de vues additionnelles sur Facebook et YouTube. Ça te donne une idée de la force de la marque du Cirque du Soleil », illustre Daniel Lamarre.

Le Cirque n’est pas mort et le combat ne fait que commencer, selon son PDG, parce qu’il y aura une vie après la crise.