À première vue, l’omniprésence du coronavirus semble moins oppressante en région qu’elle ne peut l’être dans les grands centres urbains. Si, à Rivière-du-Loup, on ne se surprend pas de l’absence soudaine de trottoirs animés ou d’artères congestionnées, on est toutefois bien conscient que les stigmates économiques de la pandémie pourraient prendre ici aussi des proportions jamais imaginées.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Premier Tech est, et de loin, la principale entreprise du Bas-du-Fleuve. Active dans les domaines de l’horticulture, de l’agriculture, des équipements industriels et des technologies environnementales, elle emploie 4600 personnes dans 27 pays, dont plus de 1300 à son siège social mondial de Rivière-du-Loup.

J’espérais rencontrer mardi le PDG Jean Bélanger pour discuter des impacts de la crise du coronavirus sur les activités de son entreprise, mais la discussion s’est déroulée au téléphone. Jean Bélanger arrivait tout juste d’un périple à l’étranger et il s’est placé en isolement volontaire chez lui pour une période de 14 jours.

PHOTO JEAN-MARIE VILLENEUVE, ARCHIVES LE SOLEIL

Jean Bélanger, PDG de Premier Tech

« On est une cinquantaine dans le monde à s’être placés en isolation. On a mis fin il y a une semaine à tous les déplacements à l’étranger, et tout le monde qui était sur la route a regagné son domicile », explique le PDG.

Jean Bélanger vit la crise du coronavirus depuis ses débuts, puisque Premier Tech est présente partout dans le monde, dont en Chine et en Italie.

On adapte nos pratiques de façon quotidienne selon chacune des réglementations locales. Ça fait un bon bout qu’on a débuté le télétravail en Italie à nos bureaux de Parme.

Jean Bélanger, PDG de Premier Tech

« Au Québec, on suit les directives du premier ministre Legault, mais on les impose à l’ensemble de nos employés dans le monde. C’est pour ça que tous ceux qui étaient en déplacement doivent s’isoler durant deux semaines à leur retour dans leur pays », souligne Jean Bélanger.

Plus de 850 des 1300 employés de Premier Tech à Rivière-du-Loup travaillent dans les bureaux, soit dans les équipes de leadership mondial ou aux laboratoires de recherche et développement. Jusqu’à maintenant, tous continuent de fréquenter leurs lieux de travail.

« Que ce soit dans les bureaux, les labos ou dans nos usines, tout le monde suit des règles d’hygiène strictes, les poignées de main sont interdites et on garde les distances prescrites entre chacun. Pas plus de 10 personnes peuvent assister à une réunion en même temps.

« On réévalue chaque jour la situation en fonction de l’évolution des choses. Si le gouvernement nous obligeait à fermer, on le ferait. C’est sûr que cela ferait mal à l’entreprise et à Rivière-du-Loup. Mais on a fait tous les scénarios de contingence imaginables », explique le PDG.

À l’échelle mondiale, Premier Tech ne recense aucun cas d’infection au coronavirus. Une seule employée au Brésil est en attente des résultats d’un test.

« À Rivière-du-Loup, on est moins exposés à la COVID-19, il y a moins de gens qui arrivent d’un voyage à l’étranger, c’est moins cosmopolite qu’à Québec ou Montréal, mais on sait que tout peut arriver », observe le PDG.

Premier Tech, qui a enregistré des revenus de plus de 900 millions à son exercice 2020, entreprend une nouvelle année et espère que les ralentissements provoqués par la crise pourront être rattrapés durant le deuxième semestre.

L’urgence : sauver les salaires

La réalité des régions, c’est aussi que les entreprises sont souvent plus proches de leurs employés que ce n’est le cas dans les grands centres urbains, les liens y sont tissés plus serré.

Chez Lepage Millwork, un important fabricant de portes et fenêtres et l’un des trois principaux employeurs de Rivière-du-Loup avec ses 400 employés, le PDG et propriétaire Guy Bonneville analyse la crise du coronavirus à l’aune de ses répercussions sur ses employés.

« Si la situation nous oblige à fermer temporairement, il faut s’assurer que nos employés puissent passer à travers. Le gouvernement a beau abolir la période de carence pour obtenir de l’assurance-emploi, il y aura toujours un délai de trois ou quatre semaines avant que le premier chèque arrive.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Guy Bonneville, PDG de Lepage Millwork

Nous, on travaille sur la création d’un fonds d’urgence qui va permettre de faire le pont entre le moment où des employés pourraient quitter et celui où ils auront leur premier chèque de chômage.

Guy Bonneville, PDG de Lepage Millwork

Vendredi dernier, le PDG et son comité de direction ont passé la journée à établir différents plans de contingence. Lundi, l’entreprise a communiqué avec tous ses employés, ses clients, ses fournisseurs et ses partenaires financiers.

« On est chanceux. On a eu un bon hiver et deux bonnes années. On a les liquidités pour faire face au pire. Mais si les choses s’aggravent, on a avisé notre partenaire, la Banque de développement du Canada, qu’on pourrait avoir besoin d’aide, comme un moratoire sur le remboursement », indique l’entrepreneur.

La fermeture de la frontière américaine est une éventualité qui l’inquiète, puisque Lepage Millwork exporte près de 40 % de sa production aux États-Unis, jusqu’à Baltimore, et importe plusieurs intrants, comme tout le verre qui sert à fabriquer ses portes et fenêtres.

« La chaîne d’approvisionnement, c’est fragile. On l’a vu avec le blocus ferroviaire cet hiver. On verra bien ce qui arrivera. Pour nous, la priorité, ça reste de protéger notre monde. On va y aller une semaine à la fois. »