La crise du coronavirus vient de subir une nouvelle mutation en passant du stade de grave crise mondiale de santé publique à pire catastrophe économique globale à survenir depuis les attentats du 11 septembre 2001 ou la crise financière de 2008-2009, et les PDG des entreprises québécoises sont tous en état de mobilisation pour faire face au pire.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

La COVID-19 ne fait pas que générer une hystérie certaine au sein de la population, elle tient aussi en alerte les hautes directions d’entreprises qui tentent d’adapter et d’optimiser leurs plans de contingence en fonction de nouvelles règles du jeu qui évoluent selon la progression du virus.

Depuis deux semaines, les PDG de nombreuses entreprises participent à des rencontres quotidiennes pour faire le point sur les effets que la propagation du coronavirus aura sur la poursuite de leurs opérations en toute sécurité et leur capacité à « livrer la marchandise ».

Pour certaines entreprises, comme WSP Global, la mise sur pied d’un comité de crise s’est faite dès le début de la contagion à grande échelle en Chine.

« On a des bureaux à Shanghai, Pékin et Hong Kong. On s’est donc mobilisés dès le début de la crise. Heureusement, on a un gros service de santé et sécurité qui nous produit des rapports quotidiens détaillés de l’état de la situation selon les régions », m’explique Alexandre L’Heureux, PDG de WSP.

Le groupe de génie compte plus de 50 000 employés dans une cinquantaine de pays et chaque jour son PDG surveille les effets de la crise du coronavirus.

« Depuis deux semaines, on a mis fin aux voyages d’affaires. On utilise systématiquement la vidéoconférence. Au plus fort de la crise en Chine, les employés de notre bureau de Hong Kong ont tous travaillé de la maison. Depuis deux semaines, ils sont tous revenus au bureau », explique Alexandre L’Heureux, qui nous fait la belle démonstration que le télétravail est une solution temporaire.

Le PDG de WSP, qui a connu l’éclatement de la bulle technologique en 2000 et la crise financière de 2008-2009, estime que le coronavirus va faire encore plus de ravages économiques que ces deux tristes événements.

Cela dit, pour l’instant, WSP n’a enregistré aucune annulation de contrat en raison de la COVID-19. Mais son PDG prévoit que des ralentissements seront certainement observés dans certains projets.

La capacité de s’adapter

Martin Brassard, PDG d’Héroux-Devtek, fabricant de trains d’atterrissage établi à Longueuil, dirige lui aussi tous les jours un comité de crise où on fait le bilan des activités de chacune des 18 usines qui font partie du groupe au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Espagne.

« On applique systématiquement dans chacune de nos usines les consignes d’hygiène qui sont prescrites par l’Organisation mondiale de la santé.

« À Madrid, où le virus a frappé fort et où les écoles ont été fermées, on a instauré le télétravail pour nos employés administratifs. On suit l’évolution du virus et on s’adapte localement en conséquence », souligne Martin Brassard.

« On a eu un employé qui était malade en Espagne et la cellule de crise de l’usine l’a immédiatement intercepté. Heureusement, les tests ont été négatifs. »

Héroux-Devtek a une usine à Seattle, autre région où on a recensé de nombreux cas d’infection au coronavirus. Là aussi, les règles d’hygiène sont scrupuleusement suivies.

« J’ai une amie infectiologue et je lui parle régulièrement pour avoir des conseils », souligne le PDG, qui précise que tous les voyages en avion ont été suspendus chez Héroux-Devtek.

Chez Optel, fournisseur d’équipements de traçabilité de Québec, on a aussi interdit les voyages intercontinentaux et opté pour la vidéoconférence, tant pour les réunions d’entreprises qu’avec les clients.

« On est chanceux. On a une présence globale avec des bureaux et des usines en Inde, au Brésil et en Irlande. On compte sur les équipes en place pour assurer le suivi », explique le PDG Louis Roy, qu’on a interrompu alors qu’il présidait une réunion de son comité de crise.

Enfin, Stéphane Glorieux, PDG de Keurig Dr Pepper, dont l’usine de Saint-Michel emploie 800 personnes, dirige lui aussi les réunions quotidiennes de la cellule de crise qui a été mise sur pied.

« Nos 350 employés administratifs pourraient être appelés à faire du télétravail si cela devenait nécessaire. Au Québec, où on connaît bien les tempêtes de neige, on est habitués à travailler de la maison, contrairement à notre équipe du Texas », observe Stéphane Glorieux.

Si, au départ, l’éclosion du coronavirus a provoqué des distorsions importantes dans la chaîne d’approvisionnent mondiale – distorsions qui continuent de toucher quantité d’entreprises –, la propagation de la COVID-19 n’a pas fini d’élargir son empreinte sur l’activité économique globale.

L’effondrement du transport aérien, de l’industrie touristique, de celles des sports et des spectacles et le ralentissement marqué de tout le secteur de la restauration font partie de ces dommages économiques tangibles et observables qu’on peut mesurer et qui font peur tellement ils sont énormes. Reste à voir quelle sera la suite des choses.