La nomination de Charles Émond à la tête de la Caisse de dépôt n’étonnera personne. Il est sans conteste un candidat tout à fait qualifié pour occuper la fonction de PDG de la plus importante institution financière québécoise, et son choix suscitera nettement moins la polémique que ne l’avait fait celui de Michael Sabia en 2009.

Jean-Philippe Décarie
Jean-Philippe Décarie La Presse

Charles Émond, qui s’est joint à la Caisse de dépôt il y a bientôt un an à titre de vice-président, Québec, placements privés et planification stratégique globale, est devenu alors en quelque sorte le numéro deux de l’organisation, ce qui le plaçait en bonne position pour succéder un jour au numéro un.

Une possibilité qu’il n’écartait pas du revers de la main lorsque je l’ai rencontré en mai dernier et que je lui ai demandé s’il envisageait de remplacer Michael Sabia lorsque ce dernier arriverait au terme de son mandat en 2021, une échéance qui a été devancée d’un an.

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Charles Émond a été nommé à la tête de la Caisse de dépôt.

« Michael a été le grand facteur dans ma décision de venir travailler à la Caisse de dépôt, m’avait-il répondu. C’est une grande question que vous me posez là et je ne peux y répondre, mais chose certaine, ce seraient de gros souliers à chausser. »

Des souliers qu’il va étrenner dès samedi puisque, heureusement, le comité de sélection du conseil d’administration de la Caisse et le premier ministre François Legault n’ont pas étiré le suspense inutilement et ont annoncé rapidement le nom du successeur de Michael Sabia. Charles Émond va entrer en fonction au moment même où l’ancien PDG Michael Sabia va quitter le navire.

Et, mieux encore, le nouveau grand patron va même être en mesure de présider au dévoilement des résultats financiers de la Caisse pour l’année 2019, qui se déroule habituellement durant la troisième semaine de février.

Charles Émond a œuvré durant 20 ans dans le secteur de l’investissement, principalement pour le compte de la Banque Scotia.

Il a agi à titre de spécialiste des fusions et acquisitions d’entreprises au Canada, de financier pour la réalisation de grandes transactions et enfin de responsable des activités d’investissement de la Banque à l’échelle mondiale, tous des secteurs d’activité qui constituent le terrain de jeu quotidien de la Caisse de dépôt.

Une longueur d’avance

Cette expertise particulière de Charles Émond et le fait qu’il s’est joint à l’organisation pour y jouer instantanément un rôle de premier plan ont certes contribué à le positionner favorablement dans la course à la succession de Michael Sabia.

D’autant que le financier suivait à la Banque Scotia le parcours de quelqu’un que l’on faisait cheminer vers le haut de la pyramide hiérarchique. S’il a quitté un champ d’occasions à la Banque Scotia, c’est qu’il voyait sûrement à la Caisse la possibilité d’y progresser.

On dit que Charles Émond faisait partie d’un groupe de trois finalistes dans la course à la présidence avec Macky Tall, président de CDPQ Infra – la division d’infrastructures de la Caisse, responsable notamment du REM – et André Bourbonnais, ex-PDG d’Investissements PSP, aujourd’hui à la tête d’une division du fonds d’investissement BlackRock.

Il aurait été étonnant qu’André Bourbonnais soit choisi pour diriger la Caisse. Son passage comme PDG d’Investissements PSP, de 2015 à 2018, a été passablement houleux alors que des réorganisations successives se sont soldées par le congédiement de 50 cadres et le versement de 25 millions d’indemnités de départ.

Macky Tall a une longue feuille de route à la Caisse, où il a occupé depuis 16 ans différentes fonctions dans le secteur des infrastructures, en plus d’être depuis 2018 chef des marchés liquides et responsable des équipes de marchés boursiers et de revenus fixes.

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Macky Tall

Si Macky Tall avait les qualifications requises pour accéder à la présidence de la Caisse, sa trop forte identification au REM, le plus gros investissement en infrastructures de l’histoire de l’institution, a joué contre lui.

On le sait, le REM est un projet audacieux qui fait régulièrement la manchette en raison des nombreuses problématiques qui surgissent et qui n’ont pas fini d’émerger tout au long de sa réalisation.

Parce que personne ne peut affirmer que d’autres écueils ne surviendront pas au cours des prochains mois et même durant les premières années d’exploitation de ce super réseau de transport électrique.

À titre de PDG de la Caisse, Macky Tall aurait toujours eu à prendre position et à justifier chacun des délais, des dépassements de coûts ou des modifications au trajet du REM, ce qui aurait été une distraction par rapport à son rôle de PDG, qui doit certes être responsable, mais en se situant au-dessus de la mêlée.

À cet égard, Charles Émond profite d’une virginité qui l’a sûrement favorisé. On sait que la Caisse est un gros paquebot qui n’est pas facile à faire virer, mais on sait aussi que ça prend avant tout un bon timonier à la barre pour que le paquebot garde le cap. On souhaite bonne route à Charles Émond et le moins de tempêtes possible.