Il est 6 h à Tokyo quand on la joint au téléphone, mais Andrée-Lise Méthot est déjà au travail. La femme d’affaires est dans la capitale japonaise pour parler de ses investissements avec des partenaires chez les géants Mitsubishi et Denso. Il faut parler d’extraction minière, de biomasse torréfiée comme énergie alternative, entre autres choses.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

L’investisseuse spécialiste des sociétés de l’avenir, écologiques, ne se contente surtout pas de signer des chèques.

« On est très présents, dit-elle. Surtout quand il faut discuter d’enjeux de stratégie. »

Cycle Capital Management, l’entreprise fondée et dirigée par Mme Méthot, est la plus importante plateforme canadienne d’investissement en technologie propre. Elle gère quatre fonds en Amérique du Nord et en Chine et détient près d’un demi-milliard sous gestion. Au cœur du travail de la gestionnaire, il y a donc ces discussions essentielles sur le terrain, cet engagement concret pour faire avancer les sociétés vertes dans lesquelles elle croit.

Investir, c’est s’investir.

La finance verte

Elle est née à Baie-Comeau dans une famille qui l’a toujours encouragée à oser et lui a permis d’être ce qu’elle voulait. Diplômée en génie géologique de l’Université Laval et de l’Université de Montréal, où elle a obtenu une maîtrise en géologie, Andrée-Lise Méthot est aujourd’hui l’une des personnalités d’affaires québécoises les plus engagées en matière de développement durable. En 2019, elle a d’ailleurs reçu le grand prix d’excellence de l’Ordre des ingénieurs du Québec, un prix « réalisations » du Réseau des femmes d’affaires du Québec et un grand prix aussi du Conseil des entreprises en technologies vertes du Québec.

Son fonds est essentiellement consacré aux inventions qui visent à prendre soin de la planète. Biocarburant extrait de plantes pour faire voler des avions (Agrisoma), technologie de recyclage du polystyrène (Polystyvert), traitements biologiques, vivants, pour l’agriculture à grande échelle (Concentric)… Voilà le genre d’entreprise que son fonds cherche à faire croître.

Comment entrevoit-elle l’année qui commence ?

« On voit un mouvement de plus en plus populaire pour la finance verte d’impact », répond-elle. De grands investisseurs se retirent des énergies fossiles, choisissent plutôt le propre, le renouvelable.

On vit des années cruciales, on va commencer à voir du changement.

 Andrée-Lise Méthot

La transition énergétique, rappelle-t-elle, est un immense enjeu dans le vaste pays qu’est le Canada. Elle espère d’ailleurs que les fonds privés vont imiter les efforts faits par les fonds publics pour encourager les entreprises vertes. Mais il y a du changement qui se voit déjà, insiste-t-elle, optimiste. Quand on observe des géants du pétrole comme Suncor aller vers le renouvelable, c’est que ça bouge, note la femme d’affaires.

Sur son écran radar, il y a aussi la récupération et le recyclage, notamment du plastique et de la biomasse, pour en faire du carburant moins polluant que le charbon. Mais il y a en plus la diminution de la consommation de plastique. « Il y a un enjeu de consommation », dit-elle. « Pourquoi emballe-t-on autant ? » La question devra être à l’ordre du jour de la prochaine année. « Mais on voit là aussi que le changement est en train de s’opérer. »

La recherche du « sans déchet » n’est plus l’affaire de « quelques évangélistes », rappelle-t-elle.

Longtemps niée par une bonne partie de la population et de nos dirigeants, qui ne sentaient pas l’urgence, la crise climatique « est de plus en plus acceptée ». 

Les enfants le comprennent. Les milléniaux nous poussent à agir.

Un secteur où le changement tarde : en agriculture. « Les fermiers canadiens ont énormément de difficulté avec le développement durable », note l’investisseuse verte. Mais elle insiste : les réponses à ces défis ne sont pas simples. « Il nous faut beaucoup de bienveillance. Arrêter d’accuser et de penser que nos choix sont les meilleurs. »

Un autre défi pour le Canada : l’exécution de bonnes idées dans notre marché, petit sur un grand territoire.

Une bonne nouvelle pour 2020 : le projet de train électrique qui progresse à Montréal. « C’est extrêmement positif », dit la femme d’affaires. « Un grand symbole. »

Un projet : Cycle Capital veut établir un centre névralgique de développement d’entreprises spécialisées en énergies propres au bassin Peel. Mme Méthot a présenté ce projet lors des consultations publiques sur la vocation à donner à ce secteur au sud du centre-ville, sur les rives du canal de Lachine.

Montréal a tout pour être une plaque tournante dans le monde des énergies propres.

 Andrée-Lise Méthot

Un milliard pour les femmes

L’année 2020 sera aussi celle où elle poursuit un grand projet international lancé en 2019 et dont elle est la figure de proue au Canada : le Billion Dollar Fund for Women. Le fonds de 1 milliard pour les femmes.

Ce n’est pas un fonds à proprement parler, mais plutôt une initiative mondiale pour encourager les investisseurs en capital de risque à choisir des entreprises fondées et dirigées par des femmes. Actuellement, le pourcentage de fonds consacrés à ces sociétés est minime, seulement 2 % dans les entreprises technos. L’objectif de 1 milliard vise la totalité de sommes à injecter pour encourager l’entrepreneuriat féminin.

Le projet a été lancé en février dernier et a déjà atteint son objectif de 1 milliard à l’échelle internationale.

Au Canada, plus de 100 millions ont été investis.

Mission accomplie.