Le nombre de femmes et de personnes de minorités racisées à des postes de haute direction dans la grande région de Montréal a fait un bond en 2019. Bien que ces deux groupes soient encore sous-représentés en fonction de leur proportion dans la population, une étude révèle une hausse de 8,1 % pour les femmes et de 12,5 % pour les minorités racisées.

Isabelle Dubé Isabelle Dubé
La Presse

Pour en arriver à ces résultats, le Diversity Institute de l’Université Ryerson à Toronto et la Fondation canadienne des femmes ont déterminé au cours de 2019 le genre et le statut racial de 2537 hauts dirigeants. Ces cadres supérieurs sont à la tête des organisations aux chiffres d’affaires les plus élevés, dont les sièges sociaux sont situés à Laval, Brossard, Longueuil et dans 16 municipalités de l’île de Montréal.

Tous les secteurs ont été scrutés à la loupe : entreprises, secteur public, éducatif, bénévole, représentants élus ainsi que les nominations gouvernementales à des organismes, conseils et commissions (OCC).

La coauteure de l’étude et directrice du Diversity Institute, Wendy Cukier, a expliqué à La Presse qu’elle avait mené cette étude parce que l’innovation inclusive est, selon elle, la clé du succès économique et social.

Bond important pour les femmes

Alors que les femmes représentent 51,4 % de la population, en 2019, elles occupent 40,7 % des postes de haute direction. Même si elles sont encore sous-représentées, il s’agit tout de même d’une nette augmentation de 29,9 % depuis 2012 et de 8,1 % depuis 2016.

« C’est un énorme rattrapage qu’on est en train de faire, parce que la situation a été alarmante longtemps », soutient Caroline Codsi, présidente fondatrice de La gouvernance au féminin, qui a accepté de commenter l’étude. « La sensibilisation de la population commence à avoir un impact. »

On encourage les femmes à sortir de leur zone de confort, à avoir l’audace de demander des postes pour lesquels elles ne se sentaient peut-être pas prêtes. Ça fait 10 ans qu’on martèle ce message qui commence enfin à donner des résultats.

Caroline Codsi, présidente fondatrice de La gouvernance au féminin

C’est dans le secteur des nominations gouvernementales à des organismes, conseils et commissions (OCC) que les femmes sont le mieux représentées. De 2016 à 2019, le nombre de femmes a augmenté de 10,4 % et le bond est encore plus grand depuis 2012, soit de 16,2 %. Actuellement, elles occupent 54,9 % des postes.

« Ça démontre à quel point le gouvernement Trudeau a mis un effort soutenu sur l’identification et le recrutement de femmes pour ces conseils d’administration, observe Caroline Codsi. Ici, nous recevons souvent des appels du bureau du premier ministre pour nous dire qu’on cherche une femme pour tel conseil d’administration. »

Le score le plus faible se trouve au sein des entreprises. En 2019, les femmes n’occupent que 24,9 % des postes de direction des entreprises, comparativement à 54,9 % des postes clés dans le secteur des nominations gouvernementales aux OCC. Il s’agit toutefois d’une hausse pour le secteur des entreprises de 66,2 % depuis 2012, car à cette époque, elles ne représentaient que 15 %.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Encore du travail à faire pour les minorités

Dans la grande région de Montréal, les groupes racisés représentent 22,6 % de la population totale. Même si les personnes faisant partie de ces groupes n’occupent que 5,3 % des postes de cadres supérieurs, il s’agit cependant d’une hausse de 12,5 % depuis 2016.

« Les entreprises prennent de plus en plus conscience du fait que le manque de diversité est non seulement injuste et contraire à l’éthique, mais aussi que c’est une perte d’opportunité énorme, car une plus grande diversité accroît les performances globales de l’entreprise », affirme la coauteure de l’étude Wendy Cukier.

Elle croit que la hausse de représentation observée dans l’étude s’explique par le projet de loi fédéral C-25 qui entre en vigueur le 1er janvier 2020 et qui encourage les entreprises à avoir des membres de la haute direction et du conseil d’administration plus diversifiés.

Comme pour les femmes, la plus grande représentation des groupes racisés se retrouve dans les nominations gouvernementales à des OCC. Dans ce secteur, on observe une augmentation de 36,1 % depuis 2016. Les groupes racisés représentent 9,5 % des cadres supérieurs en 2019.

Un grand travail de sensibilisation reste à faire dans le secteur des entreprises, car les groupes racisés n’occupent que 2 % des postes dans la haute direction. Le secteur public ne fait guère mieux avec un niveau de représentation de 2,2 %.