Plus le niveau de vie s’améliore, plus la probabilité de vivre vieux augmente. Ce lien entre la richesse d’un pays et l’espérance de vie de sa population, qui se vérifie depuis des décennies, n’est plus aussi vrai qu’avant.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les États-Unis, première économie mondiale où vivent 40 % des millionnaires de la planète, ont encore vu l’espérance de vie de leur population baisser cette année.

C’est la troisième année de suite de baisse de l’espérance de vie des Américains, qui est maintenant de 78,6 ans.

Cet épisode de baisse de longévité des Américains a été précédé d’une longue période au cours de laquelle l’espérance de vie s’est accrue chez eux comme presque partout dans le monde. Dans les pays développés, l’espérance de vie a augmenté de 10 ans depuis 1970, selon les chiffres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Les Américains, même il y a trois ans, n’étaient pas les champions de la longévité. Le Japon continue de dominer cette liste. Les Suisses, les Espagnols et les Italiens ont tous des chances de vivre plus longtemps, selon les statistiques. Le Canada, au septième rang mondial, fait mieux que les États-Unis lui aussi.

Même s’ils dépensent plus en soins de santé que tous les autres pays de l’OCDE, les États-Unis viennent seulement au 34e rang dans le monde pour l’espérance de vie à la naissance.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Jusqu’en 1960, les États-Unis avaient une espérance de vie plus longue que la moyenne des pays de l’OCDE. Le pays de Donald Trump est maintenant tombé sous la moyenne des pays les plus avancés, qui est autour de 81 ans.

L’espérance de vie régresse aux États-Unis, mais elle augmente aussi de moins en moins vite ailleurs dans le monde. C’est le cas au Canada, où l’espérance de vie continue de s’améliorer, mais à un rythme plus lent.

Les chercheurs qui se penchent sur cette question avancent plusieurs explications, dont la plupart sont liées au mode de vie.

La consommation d’alcool et de tabac, la malbouffe et la sédentarité expliquent sûrement une partie de la réduction de l’espérance de vie, notamment aux États-Unis.

Mais ça n’explique pas tout. Des chercheurs américains ont récemment pointé de nouvelles causes possibles : l’augmentation des inégalités et le mal de vivre. Quoique difficiles à estimer, ces nouvelles réalités ont quelque chose à voir avec l’augmentation du taux de suicide et la crise des opioïdes aux États-Unis, qui ont fait régresser l’espérance de vie.

À l’échelle mondiale, l’espérance de vie à la naissance va continuer d’augmenter, mais cette croissance sera plus inégalement répartie que par le passé, prévoit une autre étude américaine, commanditée par la Fondation Bill et Melinda Gates, que vient de publier le journal The Lancet.

En 2040, l’Espagne, le Japon, la Suisse et Singapour seront dans le peloton de tête avec une espérance de vie à la naissance qui dépassera les 85 ans, selon cette étude.

Un groupe de 59 pays passera le seuil de 80 ans, dont la Chine, tandis que les États-Unis resteront derrière, à 79,8 ans.

La réduction de l’espérance de vie moyenne des Américains devrait préoccuper tout le monde parce qu’il s’agit d’un renversement majeur d’un acquis du monde moderne. C’est une mesure qui a des conséquences économiques importantes. L’augmentation du coût des soins de santé et la perte de compétitivité de l’économie risquent de se répercuter sur les prochaines générations.