(Ottawa) La direction du Chantier Davie, à Lévis, croit que le contrat d’un demi-milliard de dollars qui lui est accordé par le fédéral lui permettra de « rentrer par la grande porte » et ainsi devenir le troisième joueur de la Stratégie nationale de construction navale.

Catherine Lévesque
La Presse canadienne

« C’est une annonce qui vient changer la donne, ni plus ni moins », s’est réjoui Frédérik Boisvert, vice-président des affaires publiques du chantier, en entrevue avec La Presse canadienne.

Le gouvernement fédéral a confirmé l’octroi de deux contrats de 500 millions chacun pour le chantier naval québécois ainsi que le chantier naval Seaspan, en Colombie-Britannique.

C’est donc 1 milliard en entretien des frégates au total qui a été octroyé aux deux chantiers canadiens, mardi. Les travaux devraient commencer en 2020 pour une durée de cinq ans et devraient permettre de créer ou de préserver quelque 400 emplois par chantier naval.

Une autre annonce semblable est à venir au chantier Irving en Nouvelle-Écosse, selon le gouvernement.

M. Boisvert croit cependant qu’en raison des retards de livraison des deux autres chantiers, qui font partie de la stratégie navale fédérale, la Davie pourrait se retrouver avec beaucoup plus de boulot que prévu.

« Ce contrat-là va s’échelonner pour au moins deux décennies jusqu’à ce que les premières frégates de combat d’Irving soient livrées. Avec les retards qu’il y a en ce moment, ça risque de prendre beaucoup de temps », explique M. Boisvert.

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé en mai dernier qu’un troisième chantier pourra se qualifier dans le cadre de la stratégie navale. Du côté du chantier Davie, on n’a « aucun doute sur notre capacité » à se qualifier.

Le processus pour ajouter un troisième joueur à la stratégie devrait être annoncé « dans les prochaines semaines », confirme le bureau de la ministre des Services publics et de l’Approvisionnement, Carla Qualtrough.

M. Boisvert y voit un potentiel de croissance « absolument formidable » pour la Davie, mais aussi pour ses fournisseurs. « Ça va devenir l’un des plus grands projets économiques que le Québec aura connus », lance-t-il sans détour.

Une « erreur » du passé à corriger

Les deux élus libéraux de Québec n’ont laissé planer aucun doute sur leurs intentions, lors de la conférence de presse pour l’annonce du nouveau contrat pour la Davie.

Selon le ministre Jean-Yves Duclos, qui représente Québec, il est impératif de réparer ce qu’il qualifie d’« erreur » de la part du gouvernement conservateur de Stephen Harper à l’époque.

« C’est une erreur qu’il est important d’admettre en 2019. Quand on admet une erreur, on peut plus facilement la corriger », a-t-il renchéri devant les journalistes.

Le député Joël Lightbound s’est dit pour sa part frustré de la situation de la Davie comme citoyen et a déclaré que son attitude n’avait pas changé quand il a été élu en 2015.

Rappelons que la Davie avait été écartée des lucratifs contrats de construction à l’époque parce qu’elle était au bord de la faillite. Le chantier a depuis remonté la pente et se dit prêt à prendre sa part.

Mardi, l’industrie a fait écho aux demandes de MM. Duclos et Lightbound et appelé le gouvernement à intégrer la Davie à la stratégie navale avant le début des élections.

Le président de la Fédération de l’industrie manufacturière, Louis Bégin, a déploré le fait que le chantier québécois « soit encore aujourd’hui réduit à devoir quêter les contrats ».

Les contrats annoncés mardi font partie d’un investissement de 7,5 milliards pour maintenir les frégates de la classe Halifax, une douzaine de navires considérés comme l’épine dorsale de la Marine royale canadienne.

Les bateaux âgés de 27 ans seront éventuellement remplacés par de nouvelles frégates construites grâce à la Stratégie nationale de construction navale.

M. Duclos et Carla Qualtrough ont été dépêchés à Lévis et à Victoria, respectivement, pour révéler les détails des contrats dans des annonces simultanées.