L’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne fait l’objet d’une mise en application provisoire depuis septembre 2017. Déjà, presque toutes les dispositions de l’entente sont devenues réalité, comme l’abolition de 98 % des tarifs douaniers. Comment les PME québécoises réagissent-elles à ces nouvelles possibilités ? Discussion avec Marie-Ève Jean, déléguée générale du Québec à Munich.

Martine Letarte, Collaboration spéciale Martine Letarte, Collaboration spéciale
La Presse

Qu’est-ce que l’Accord économique et commercial global est venu changer concrètement pour les entreprises québécoises qui souhaitent exporter dans l’Union européenne ?

Pour donner quelques exemples, les fils d’aluminium avaient des tarifs de 7,5 %, pour les vêtements, ils allaient jusqu’à 12 %, le sirop d’érable, 8 %, alors que maintenant, c’est zéro. Cela crée un intérêt accru pour les entreprises, et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre octobre 2017 et mars 2019, le commerce entre le Canada et l’Europe a augmenté de près de 11 %.

PHOTO FOURNIE PAR LE MINISTÈRE DES RELATIONS INTERNATIONALES ET DE LA FRANCOPHONIE

Marie-Ève Jean, déléguée générale du Québec à Munich

Que faites-vous pour tenter de convaincre davantage de PME québécoises de faire des affaires en Europe ?

Nous faisons des efforts concertés avec plusieurs partenaires dans différents ministères pour sensibiliser les entreprises à l’intérêt du marché européen. Nous leur parlons des occasions d’affaires et nous les encourageons à participer à des missions commerciales. Nous envoyons aussi parfois des groupes d’acheteurs européens au Québec pour rencontrer des entreprises. Nous travaillons aussi directement avec des entrepreneurs lorsqu’ils ont besoin d’accompagnement, par exemple pour se faire des contacts, trouver des partenaires, un local, etc.

Parlez-nous de quelques réalisations intéressantes.

Nous aidons l’entreprise de casse-têtes Wrebbit 3D à conquérir le marché européen depuis longtemps et dans les deux dernières années, ses ventes en Europe ont augmenté de 10 %. C’est certain que l’AECG a eu un impact, mais l’entreprise y a aussi mis les ressources, notamment en ouvrant un point de distribution local. Des initiatives se mettent également en place. Par exemple, l’acériculteur Steve Perron travaille sur un projet de hub alimentaire à Munich. Parce que même s’il n’y a plus de tarifs douaniers, l’exportation demeure un enjeu pour les entreprises agroalimentaires qui souhaitent vendre dans des magasins spécialisés qui commandent de petites quantités. C’est dispendieux, et il y a un défi de logistique. Le hub souhaite importer les produits québécois et les redistribuer ici. Les gens s’organisent, et si on voit déjà que l’intérêt des PME québécoises pour le marché européen est accru, je crois qu’on verra davantage d’impacts dans les prochaines années. De plus, l’AECG a donné accès aux marchés publics, mais s’insérer dans les appels d’offres en Europe demandera aussi de la préparation et des investissements de la part des entreprises québécoises. Tous ces efforts prennent du temps.

À quoi les PME doivent-elles penser avant de se lancer en Europe ?

L’AECG est un outil intéressant pour développer des affaires en Europe, mais il devrait aussi y avoir d’autres raisons qui poussent une entreprise à aller de l’avant. Même si les tarifs sont à zéro, les entreprises doivent être prêtes à investir des ressources dans ce nouveau marché. Elles doivent prévoir une présence locale, se trouver des partenaires et, bien sûr, s’assurer d’avoir un produit adapté au marché.