Samedi matin, nous nous sommes pas mal tous réveillés avec la même question après avoir admiré et salué les photos époustouflantes de la manifestation de taille historique pour le climat, pilotée par Greta Thunberg. Nous nous sommes demandé : maintenant, on fait quoi ?

Marie-Claude Lortie
Marie-Claude Lortie La Presse

On agit comment pour lutter contre les changements climatiques ?

On lâche vraiment les pailles en plastique ? On vend notre auto et on se met au vélo ? On arrête les voyages en avion ? On mange bio ? On vote tous vert ?

Eh bien, voici une idée.

Saviez-vous qu’une fois rendu dans l’atmosphère, le gaz contenu dans un vieux frigo pollue autant qu’une voiture qui roulerait sur 17 000 km pendant un an ? Saviez-vous que 300 000 appareils réfrigérants arrivent en fin de vie annuellement au Québec ?

Faites le calcul.

Pourquoi alors ne pas agir concrètement pour que les réfrigérateurs en fin de vie voient leurs halocarbures – des gaz à effet de serre particulièrement nocifs contenus dans leur système de refroidissement et dans leurs mousses isolantes – toujours récupérés convenablement ?

Pourquoi ne pas imposer des « écofrais » pour que les acheteurs et les vendeurs de réfrigérateurs paient le prix de la récupération et de la destruction correctes de ces gaz très utiles pour garder nos aliments au frais, mais néfastes une fois dans l’air ?

L’idée ne vous plaît pas ? On le fait déjà avec les pneus.

« Lorsque vous achetez des pneus neufs ou louez une automobile à long terme, un montant est ajouté à votre facture. Le paiement de ce droit assure le financement d’un programme de gestion des pneus usagés. »

Vous ne vous en souveniez plus ?

Cette phrase est tirée directement de Services Québec, une publication du gouvernement provincial.

Et savez-vous quoi ? Ça marche. Les pneus hors d’usage sont récupérés, et on est en train de développer un secteur de la revalorisation du caoutchouc. Depuis 1993, près de 77 millions de vieux pneus ont été traités ou transformés par des recycleurs, remouleurs et autres « valorisateurs ».

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

La délinquance est omniprésente. Trop de récupérateurs de ferraille prennent le métal de nos frigos aux poubelles alors que le gaz s’envole, surtout celui contenu dans les mousses isolantes, indique notre chroniqueuse.

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L’idée que je relaie ici, parce qu’elle circule depuis un bon moment chez les récupérateurs de gaz et d’autres acteurs économiques soucieux de l’environnement, est aussi tout aussi simple.

Le gouvernement a même chiffré le coût de ce traitement : 60 $. Ça serait le prix à payer pour chaque frigo.

Rien de déraisonnable en comparaison du prix à payer pour nettoyer les dégâts.

Les vendeurs d’électroménagers sont totalement opposés à de tels nouveaux frais.

Ils l’ont dit haut et fort à mon collègue Vincent Larouche, l’été dernier, quand il a dévoilé qu’une telle taxe était dans les cartons, après avoir écrit aussi que cet argent était essentiel à la survie de ceux qui récupèrent les gaz — la société PureSphera, la seule au Québec à faire ce travail réellement efficacement.

Les vendeurs d’électroménagers croient que le prix des électros va tellement augmenter que les consommateurs iront acheter leurs produits hors de la province. Et ils croient aussi que rejeter de tels gaz dans l’environnement étant déjà illégal, il faut trouver la solution ailleurs.

Ils disent aussi que les gros appareils sont déjà recyclés en quasi-totalité.

C’est vrai, mais pour le métal. Pour le gaz, non.

Alors faut-il donner des amendes aux gens qui laissent leurs frigos sur le bord du chemin sans prendre les moyens nécessaires pour que le gaz soit récupéré ? Doit-on vérifier nous-mêmes, comme utilisateurs de frigo, que le gaz de nos vieux appareils prend bien le chemin de la récupération et non du ciel ?

C’est totalement irréaliste.

La délinquance est omniprésente. Trop de récupérateurs de ferraille prennent le métal de nos frigos aux poubelles alors que le gaz s’envole, surtout celui contenu dans les mousses isolantes.

La solution, comme pour les pneus, doit être trouvée collectivement. Et rapidement.

On ne doit pas attendre une catastrophe aux effets aussi graves que celle qui s’est produite à Saint-Amable en 1990, où il a fallu que des millions de pneus partent en fumée pour qu’on réalise qu’une solution écologique était essentielle pour la gestion des vieux pneus. Parce que c’est à la suite de cela que la taxe sur les pneus est apparue.

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Ce matin, le Réseau Environnement, une coalition qui a 55 ans et qui regroupe essentiellement les entreprises de l’économie environnementale, entend demander au gouvernement Legault d’agir dans ce dossier.

Leurs requêtes ?

Que le gouvernement adopte le projet modifiant le règlement existant sur la récupération et la valorisation de produits par les entreprises afin que les électros, surtout ceux à gaz réfrigérants, soient inclus. Actuellement, il y a un règlement obligeant ceux qui vendent certains produits polluants à payer pour leur gestion écologique post-consommation. C’est le fameux REP, la « responsabilité élargie des producteurs », « une approche qui vise à transférer la responsabilité de la gestion des matières résiduelles engendrées par la consommation de divers produits aux entreprises qui sont à l’origine de leur mise en marché », dixit le gouvernement.

Les produits électroniques, les piles et les batteries, les lampes au mercure, les peintures et leurs contenants, les huiles, les liquides de refroidissement, les antigels, leurs filtres, leurs contenants sont visés. Maintenant, il faut ajouter les électroménagers comme les réfrigérateurs et les climatiseurs à la liste.

Et, dit le réseau, « prévoir un programme transitoire pour assurer la récupération des appareils les plus dommageables dès aujourd’hui. Le programme devra inclure un financement temporaire des coûts de collecte, de transport et de traitement adéquat des appareils de réfrigération, de congélation et de climatisation pour assurer le pont avec la mise en opération de cette filière de récupération. »

Bref, le réseau demande au gouvernement d’investir de l’argent dans cette récupération.

Le moment choisi est excellent : Québec a des surplus.

Quelque 500 000 personnes ont demandé vendredi à Montréal que les gouvernements agissent.

Voilà une belle occasion.