Photo Martin Chamberland, La Presse

Harold Savard, PDG de Groupe Novatech

Depuis sa fondation en 1982, le Groupe Novatech a toujours misé sur l’innovation pour se démarquer. Le fabricant de portes d’entrée en acier, de fenêtres et de portes-patio qui exploite 13 usines au Québec, en France et aux États-Unis, est le fournisseur de tous les grands groupes de détail québécois.

Jean-Philippe Décarie
La Presse

Le Groupe Novatech a été frappé en juin dernier par la hausse subite de 38 % du prix de l’acier, conséquence de l’imposition des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium. Le PDG Harold Savard nous explique comment son entreprise fait face à cette crise et aux nombreux défis qui se posent au secteur manufacturier québécois.

Novatech a été créée en 1982 et produisait à l’époque uniquement des vitraux pour fenêtres de portes. Comment s’est opérée la diversification de l’entreprise qui compte aujourd’hui quatre grandes familles de produits ?

C’est l’entrepreneur Raymond Ouellette qui a fondé Novatech à Sainte-Julie avec l’objectif de fabriquer des vitraux pour les fabricants de portes et fenêtres. Au fil des ans, M. Ouellette a vu plus grand pour se lancer en 2004 dans la fabrication de portes d’entrée en acier.

En 2010, Novatech a fait l’acquisition d’une usine de portes-patio en Beauce et en 2015 d’une usine de fenêtres en verre scellé.

On est aujourd’hui le plus important fabricant au Québec et on est le seul à ne pas faire concurrence à nos clients qui font l’assemblage et l’installation tels que Portes et Fenêtres Verdun, Fenplast, Vaillancourt, Lepage… On est le numéro un dans les Maritimes et on développe l’Ouest canadien.

Vous avez maintenant un réseau de treize usines dont une en France et une aux États-Unis. Comment avez-vous percé ces deux marchés et quelle y est votre présence ?

On a longtemps fait affaire avec des clients français à qui on vendait nos vitraux de fenêtres de portes. Lorsqu’on s’est lancé dans la fabrication de panneaux en acier, ils ont été preneurs et on a décidé en 2006 de créer une usine en coentreprise pour fabriquer des portes en acier, ce qui était une nouveauté pour le marché français.

On ne le regrette pas puisque nos partenaires français ont une culture d’innovation et de design très forte, très contemporaine. On importe plusieurs de leurs concepts au Québec.

Même chose avec le marché américain. Ça fait longtemps qu’on vend de nos produits là-bas, mais on a décidé il y a deux ans de construire une usine à Martinsville, en Virginie, pour bien marquer notre engagement à vouloir développer nos activités sur leur marché.

En fait, on a transféré les activités de l’une de nos usines en Beauce dont 80 % de la production était écoulée aux États-Unis. On a aussi développé un tout nouveau produit, une porte-patio 100 % en aluminium pour nous faire une meilleure place sur le marché.

Que représentent ces marchés internationaux pour Novatech ?

Le marché français représente 8 % de nos revenus totaux et les États-Unis, 6 %. Mais là, on s’est mis en mode croissance. On vient d’agrandir notre usine française et on vient de [faire] signer [un contrat à] deux gros clients allemands, on vise une expansion européenne.

Les États-Unis restent notre priorité. On veut que le marché américain totalise 25 % de nos revenus. C’est un marché en croissance et on peut le desservir à partir de notre usine de Virginie et de nos deux usines de Sainte-Julie.

Beaucoup de nos coûts sont en dollars américains et on doit hausser nos revenus américains pour compenser la faiblesse du dollar canadien.

Vous avez eu la visite il y a deux mois de la ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland à votre usine de Sainte-Julie. Vous avez dû discuter avec elle des droits douaniers américains sur l’acier ?

Oui, ç’a été une visite surprise, organisée par les Manufacturiers et Exportateurs québécois, et j’ai beaucoup d’admiration pour le travail qu’a fait Mme Freeland pour la renégociation de l’accord de libre-échange.

On n’est pas touchés par les tarifs de 25 % sur l’acier, mais on a subi les contrecoups de cette mesure quand les prix ont explosé de 38 % entre les mois de juin et juillet derniers. Mme Freeland nous a dit d’être patients, que ce n’est pas la première fois que de telles taxes sont imposées et qu’elles ont toujours été temporaires.

Mais on a dû réagir et refiler une partie de cette augmentation de prix à nos clients.

Après 10 années de bonne croissance économique, est-ce que vous craignez l’avènement éventuel d’une récession ?

C’est exactement pourquoi on développe le plus de marchés possible. Tous les marchés ne vont pas s’effondrer en même temps. Et c’est pour ça qu’on développe le plus de produits possible dans quatre grandes familles.

On a toujours eu une culture de croissance. L’an dernier, on a investi 11 millions en dépenses en capital et on prévoit investir 30 millions au cours des trois prochaines années pour compléter la numérisation et la modernisation de nos usines.

Est-ce que le fondateur Raymond Ouellette est toujours actif chez Novatech ?

M. Ouellette est président du conseil de Novatech. Moi j’ai été nommé PDG en 2011. J’ai débuté il y a 22 ans comme ingénieur d’usine et on comptait une centaine d’employés. Aujourd’hui, on est plus de 800.

La Caisse de dépôt est devenue actionnaire en 2012 en rachetant 30 % des actions de l’entreprise pour assurer que son contrôle reste québécois.

Comment vivez-vous la « crise des talents » qui frappe le secteur manufacturier assez fortement ?

On la vit bien. Novatech, c’est une belle PME québécoise qui a une culture d’innovation, qui vend à l’international. Depuis trois ans, on fait partie du palmarès des entreprises les mieux gérées au Canada.

C’est sûr qu’on a dû hausser tous les salaires d’entrée de nos usines, mais il est possible de faire une belle carrière chez Novatech.

On réinvestit 2,5 % de nos revenus annuels en innovation. On a un centre à Sainte-Julie qui regroupe tous nos ingénieurs, nos designers et nos gens de marketing.

Vingt pour cent de nos ventes annuelles proviennent de produits qui n’existaient pas il y a quatre ans et on vise à atteindre les 25 %. Le prochain objectif est de faire passer nos ventes de 175 à 200 millions d’ici l’an prochain et ultimement à 300 millions.