L'industrie porcine est dans un virage important: nouvelle convention, nouvelle gestion de la production, et prix en hausse. La Presse Affaires a rencontré le président de la Fédération des producteurs de porcs du Québec, Jean-Guy Vincent, pour revenir sur la crise des dernières années et discuter des perspectives du secteur dans la province.

Hugo Fontaine
Hugo Fontaine LA PRESSE

Prix au plancher, production record

De 2006 à 2009, les prix du porc ont été collés au plancher. Pourtant, en 2008 et 2009, l'industrie a eu une production record. Pourquoi? «En 2007 et 2008, il y avait une baisse de prix, mais quand on regardait les contrats à terme pour 2009, le prix était très bon, répond Jean-Guy Vincent. Ç'a orienté notre prise de décision pour la production.»

Mais sont arrivées la grippe A (H1N1), qui a un temps porté le nom de grippe porcine, puis la crise économique, qui ont pesé sur les prix.

Une nouvelle loi américaine sur l'indication du pays d'origine des produits a aussi défavorisé les exportateurs de porcs vivants et de porcelets de l'Ontario et de l'Ouest canadien. «L'impact majeur, c'est que les porcelets que les Américains n'achetaient plus se sont retrouvés sur le marché québécois à des prix ridicules», explique M. Vincent.

Une assurance généreuse

Impossible de faire le point sur l'industrie du porc sans aborder la question de l'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA). De 2006 à 2009, les producteurs de porc ont reçu pas moins de 1,6 milliard de dollars de compensations du programme que gère la Financière agricole. Cela répondait à des prix anormalement bas. La production n'en a pas moins atteint des sommets.

Jean-Guy Vincent nie toutefois que l'ASRA masque les signaux du marché. «Quand l'assurance intervient, la prime des producteurs monte et leurs revenus diminuent. À partir du moment où ta maison brûle tous les ans, viendra un temps où tu ne seras plus capable de la payer. Les producteurs n'ont pas intérêt à ce que l'assurance intervienne tout le temps.»

Jean-Guy Vincent insiste pour dire que toutes les actions de sa Fédération visent à réduire au maximum l'intervention de l'État. «Mais on ne pourra jamais l'exclure si on veut conserver notre agriculture», dit-il en rappelant que tous les pays soutiennent leur agriculture.

Depuis 20 ans, l'industrie porcine n'a pu se passer de l'ASRA qu'en 1996 et 2004.

Les producteurs assument le tiers de la prime de l'ASRA, le reste étant à la charge de l'État. Théoriquement, les surplus des bonnes années doivent rembourser les déficits des mauvaises.

Un prix à la hausse

Depuis le début de l'année, et particulièrement en avril et en mai, le prix du porc a repris du mieux, atteignant momentanément 170$ les 100 kg. La baisse de production et des stocks aux États-Unis fait du bien. «Recevoir l'argent du marché, ç'a amélioré beaucoup notre situation en tant que producteurs. On respire mieux, nos banquiers respirent mieux.» Selon M. Vincent, les prix devraient se tenir dans les moyennes historiques en 2010 et 2011.

Est-ce à dire que la crise est terminée? «Si on suit la courbe statistique, on pourrait dire que oui, répond celui qui compte environ 3800 porcs à sa ferme de Sainte-Séraphine, dans les Bois-Francs. Mais il faut être prudent. Cette crise a fait mal aux producteurs en créant un endettement supérieur. Ceux qui sont passés au travers en sortent avec un surendettement. Pour rembourser, on aura besoin de quelques années d'un marché plus stable, plus profitable.»

Mais M. Vincent assure que les producteurs ne se fient pas que sur les prix. La nouvelle convention, la gestion équilibrée et une réduction des coûts, entre autres, devraient contribuer à la santé de l'industrie.

Une nouvelle convention

Entrée en vigueur le 7 septembre 2009, la nouvelle convention de mise en marché des porcs offre aux producteurs un meilleur prix, tandis que les abattoirs s'assurent d'une sécurité d'approvisionnement et d'une plus grande flexibilité.

Les abattoirs achetaient auparavant à l'encan les porcs des producteurs. Désormais, le prix est déterminé et basé sur le prix américain. «Cela représente une amélioration de 7,50$ par porc par rapport au prix des trois dernières années», note Jean-Guy Vincent.

Chaque producteur est assigné à un abattoir, un lien qui permet une plus grande flexibilité.

«La nouvelle convention a changé le climat de confrontation pour un climat de communication, se réjouit M. Vincent. Au lieu de toujours aller devant la Régie des marchés agricoles pour régler les problèmes, nous avons un comité entre producteurs et transformateurs pour s'y attaquer.»

Une gestion équilibrée

«Il faut se donner les moyens pour avoir un équilibre entre la production et la capacité d'abattage», soutient Jean-Guy Vincent, en évoquant les épisodes de surproduction survenus chaque automne de 2006 à 2008. Dans cet esprit, les producteurs demandent à la Régie des marchés agricoles d'homologuer leur nouveau système de gestion équilibrée.

«Nous avons une volonté ferme d'avoir une production planifiée, organisée et concertée. Rien ne va nous détourner de cet objectif. On va produire selon les besoins, selon les marchés, selon la rentabilité.»

La gestion équilibrée sera basée sur des plafonds collectifs et individuels de production.

Pour 2010, le plafond de production correspondra à celui de l'ASRA, soit 7,66 millions de porcs. Et comme on prévoit une production de 7,5 millions de bêtes, il reste un peu de place sous le plafond.