Le nouveau patron d'Ogilvy Renault à Montréal a des idées plein la tête pour faire croître le cabinet. Réussira-t-il son pari? 

René Lewandowski LA PRESSE

Pas facile de prendre un rendez-vous avec Jean Bertrand. Deux jours à Québec, un soir à Ottawa, une réunion par ci, une rencontre avec un client par là... l'avocat n'a pas une minute à lui. Si bien qu'à Montréal, il a trouvé une façon plutôt originale pour se déplacer plus rapidement et gagner ainsi un peu de temps: il se balade en scooter!

«L'été, c'est plus rapide que la voiture», dit cet associé d'Ogilvy Renault, alors qu'il reçoit La Presse dans une salle de conférence du cabinet, au centre-ville de Montréal.

Du temps, l'avocat en aura bien besoin au cours des prochains mois. Car l'homme de 51 ans vient tout juste d'accepter le poste d'associé directeur du bureau de Montréal d'Ogilvy Renault, devenant ainsi le patron de 225 professionnels du droit. Un défi intéressant, certes, mais un défi énorme, compte tenu de la conjoncture économique encore difficile et de la transformation que subit depuis deux ans le marché des services juridiques.

Mais Jean Bertrand n'est pas du genre à reculer et se dit convaincu être l'homme de la situation. «Je peux faire une différence, dit-il. Je suis un joueur d'équipe.»

Un plaideur respecté

Vrai que l'avocat connaît bien la maison. Il est un pur produit Ogilvy Renault, où il a débuté comme jeune étudiant en 1980. Il connaît les gens, il connaît la culture du cabinet et ses façons de faire. Et il a l'habitude de diriger des avocats, ayant été pendant six ans le chef national du groupe de litige.

N'empêche que la tâche ne sera pas facile. D'autant plus que Jean Bertrand n'a pas l'intention de ralentir comme avocat. Les 1000 heures qu'il consacrera à l'administration s'ajouteront donc aux 2000 heures qu'il consacre déjà à ses clients.

Il faut dire qu'avec des clients comme ça, difficile de lâcher le morceau. Quebecor, Bombardier, Alcan, Domtar...on ne compte plus le nombre de grandes entreprises qui confient des mandats à ce plaideur reconnu parmi les 500 meilleurs avocats du Canada et membre du prestigieux American College of Trial Lawyers. Depuis 1987, Hydro-Québec est son client. C'est lui qui a représenté la société d'État dans tous les litiges concernant la crise du verglas. Depuis cinq ans, il est le négociateur, avec son collègue Yves Fortier, du gouvernement du Québec pour le traité constitutionnel avec la nation inuit.

L'avocat est respecté, même par ses adversaires. «Un plaideur coriace», dit le plaideur bien connu Raynold Langlois, qui a eu à l'affronter récemment dans la cause opposant Claude Chagnon à Quebecor. «Il est habile, toujours bien préparé, mais en même temps très honnête lorsqu'il traite avec ses opposants.»

Un chef d'orchestre

Pour son nouveau rôle chez Ogilvy Renault, Jean Bertrand s'est préparé comme il le fait avant un procès. Son plan de match? Séduire de nouveaux clients et convaincre ceux qui n'utilisent pas tous les services du cabinet de le faire. Car le patron en est bien conscient: à Montréal, les services juridiques sont un marché à faible croissance, il y a peu ou pas de clients non desservis. Pour croître, il faut donc attirer ceux de la concurrence. C'est un jeu de séduction, en quelque sorte.

Pour y arriver, Jean Bertrand veut se transformer en «chef d'orchestre» et convaincre les avocats des quatre groupes de pratique (litige, propriété intellectuelle, droit des affaires, droit du travail et de l'emploi) du cabinet de mieux travailler en équipe dans la progression des affaires. Rien de révolutionnaire, mais pas évident à réaliser. Car les avocats, c'est bien connu, préfèrent travailler en vase clos.

«On veut faire croître les affaires collectives», explique Jean Bertrand.

Une approche privilégiée est celle de la formation. Tous les services des grands cabinets offrent des ateliers à leur clientèle. Ils sont populaires; chez Ogilvy, parfois, une centaine de personnes y assistent. Mais, généralement, ce sont des formations ciblées, très pointues, données par des spécialistes. Ogilvy veut élargir le concept, en combinant des formations données par plusieurs experts. Par exemple, une présentation sur la façon de»préparer un appel d'offres» pourrait très bien contenir des aspects touchant autant le droit du travail, le litige, la rédaction de contrats, etc. Ainsi, les clients seraient exposés aux avocats de plusieurs groupes de pratique.

Les appels d'offres: oui ou non?

Parlant d'appels d'offres, justement, Jean Bertrand a bien l'intention de s'y attarder. Car de plus en plus, les clients fonctionnent aussi de cette façon pour leurs services juridiques. Ce n'est pas nouveau, mais ça se généralise. «Et ça met de la pression sur les honoraires», explique Jean Bertrand.

Récemment, une grande entreprise a lancé un appel d'offres de plusieurs millions de dollars pour qu'un cabinet d'avocats prenne en charge un certain nombre de litiges commerciaux simples. Un volume important, certes, mais qui a pour effet de faire baisser le taux horaire moyen des honoraires. «On a dû se poser un certain nombre de questions, dit Jean Bertrand: est-ce que ça nous intéresse? A-t-on les ressources pour le faire? Quelles en seront les conséquences sur les taux horaires? Nous, c'est certain, on ne veut pas jouer sur les prix, mais la réalité de Montréal, c'est que nous sommes en concurrence avec de plus petits bureaux. On a donc soumissionné.»

On attend toujours le nom du cabinet vainqueur...

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