Après l'Union européenne, en 2005, c'est maintenant au tour du Canada.

Martine Letarte
Martine Letarte LA PRESSE

Dès 2011, les sociétés cotées en Bourse devront laisser tomber les principes comptables généralement reconnus (PCGR) canadiens au profit des normes internationales d'information financière (IFRS). Un bouleversement majeur pour les entreprises et les professionnels comptables.

«Lorsqu'une entreprise fait affaire avec le Japon, l'Angleterre et le Brésil, c'est important qu'elle parle la même langue financière qu'eux. Surtout que le Canada est un petit joueur, alors il ne peut pas demander à ses partenaires commerciaux d'apprendre son langage», indique Rafik Greiss, associé d'Ernst & Young, responsable du marché IFRS au Canada.

Mondialisation oblige, les IFRS ne cessent de faire de nouveaux adeptes. Jusqu'à maintenant, plus de 110 pays les ont adoptées ou sont en train de le faire.

«Bien sûr, chacun a sa culture, sa manière de voir les choses et sa façon de les interpréter, mais tout de même, nous serons beaucoup plus près d'un langage commun avec les IFRS que nous le sommes aujourd'hui», affirme Robert Lefrançois, associé, leader du centre d'excellence sur les IFRS, Samson Bélair/Deloitte & Touche.

Évidemment, 2011 arrivera rapidement, mais en réalité, les entreprises devront être prêtes à prendre le virage des IFRS dès l'an prochain parce que les états financiers sont toujours comparatifs à ceux de l'année précédente.

Les impacts

En matière d'IFRS, les impacts s'évaluent au cas par cas, mais certaines entreprises verront des changements importants se produire.

Plusieurs départements pourront être affectés. «Par exemple, pour divulguer les nouvelles données exigées, certaines entreprises devront modifier leur système informatique pour collecter de l'information nouvelle», explique M. Greiss.

Un autre exemple? Avec les nouvelles normes, on verra des modifications de la présentation des actifs et des passifs. On peut donc s'attendre à voir, chez certaines entreprises, des changements importants en ce qui a trait à leur bilan financier.

«Lorsqu'une banque prête de l'argent à une compagnie, elle établit un ratio de performance que l'entreprise doit maintenir, indique Danièle Pérusse, CGA, chargée de formation aux HEC Montréal. Si l'entreprise prévoit que ses résultats changeront en raison des nouvelles normes, mais qu'en réalité, sa performance demeurera la même, elle doit aborder cette question avec la banque.»

Les ressources humaines peuvent aussi être affectées par une modification abrupte des résultats de l'entreprise. «Si la haute direction est rémunérée en fonction de la performance, il faudra peut-être prévoir de revoir l'entente», suggère M. Greiss.

Du cas par cas

Les entreprises québécoises ont-elles bien entamé le virage? C'est du cas par cas, disent les experts.

«Plusieurs ont commencé, mais celles qui ne se sont pas encore réveillées risquent éventuellement de faire face à un manque de ressources disponibles pour les aider à faire la transition. Et, chose certaine, la majorité des compagnies qui s'y mettent avaient sous-évalué l'impact des IFRS», prévient André Dugal, associé, vérification, chez KPMG.

La formation

Les IFRS demeurent assez semblables aux PCGR canadiens, mais elles exigent davantage d'interprétation.

«Il faut donc s'assurer qu'on comprend bien les subtilités des IFRS pour les interpréter de façon adéquate pour l'entreprise en question et son secteur d'activité», indique M. Lefrançois.

Dans les grands cabinets comptables, plusieurs professionnels sont déjà habitués de travailler avec les IFRS. Toutefois, dorénavant, tous doivent s'y mettre.

«Disons que quelqu'un qui a eu son diplôme il y a 20 ans et qui n'est pas familier avec les IFRS devra se remettre le nez dans les livres. Quelques journées de formation seront nécessaires pour quiconque veut bien connaître les nouvelles normes et être en mesure d'identifier ce qui causera des changements importants au sein d'une entreprise», affirme Mme Pérusse qui remarque cette année une forte demande pour les sessions de formation axées sur les IFRS.

À l'Ordre des CA du Québec, on a aussi dû décupler dernièrement l'offre de formation portant sur les IFRS, signe que le calendrier commence à être assez serré.

Et les sociétés à capital fermé?

L'obligation de se conformer aux IFRS pour les sociétés cotées en Bourse attire beaucoup l'attention.

Or, des changements se feront également du côté des sociétés à capital fermé.

Elles devront en fait choisir entre les IFRS et de nouvelles normes adaptées à leur réalité.

" Ces sociétés privées auront droit à un traitement différentiel qui assouplira les règles de présentation de l'information, qui seraient trop lourdes et trop coûteuses pour elles ", explique Danièle Pérusse, CGA, chargée de formation aux HEC Montréal.

Ces règles plus adaptées aux PME devraient être dévoilées à la fin de l'été et devront être appliquées dès 2010 , selon Daniel McMahon, FCA, président et chef de la direction de l 'Ordre des comptables agréés du Québec.

" Ce sera encore une nouvelle adaptation pour les professionnels, mais la mise en application sera bien moins longue et bien moins complexe que celle des IFRS", nuance-t-il.

Les sociétés à capital fermées doivent toutefois demeurer très prudentes, prévient André Dugal, associé, vérification, chez KPMG. "On dit toujours que les sociétés à capital privé auront le choix d'adopter ou non les IFRS, mais ce ne sera pas nécessairement toujours le cas, dit-il. Certaines compagnies qui sont financées

par les créanciers ou des institutions financières pourraient se faire demander de présenter leurs informations sous le modèle des IFRS. C'est donc très important que les sociétés privées évaluent sérieusement ce risque. "