Dans l'industrie pharmaceutique, tout le monde parle de la crise des brevets. Déjà, quelques médicaments blockbusters sont arrivés à l'échéance de leurs brevets et les compagnies de génériques sautent sur l'occasion pour reprendre le marché. Les compagnies pharmaceutiques d'innovation ont de la difficulté à compenser les pertes subies et les prochaines années r isquent d'être encore plus dures.

Martine Letarte
Martine Letarte LA PRESSE

«On estime que dès 2010, l'industrie pharmaceutique innovatrice subira des pertes mondiales de revenus d'environ 25 milliards de dollars par année, affirme Michelle Savoie, directrice générale de Montréal In Vivo. Les produits qui sont dans le pipeline actuellement ne seront pas suffisants pour combler le manque à gagner.» «Nous assistons vraiment à l'érosion du brevet et c'est vraiment un problème généralisé pour les pharmaceutiques, précise Philippe Walker, vice-président, découverte, chez AstraZeneca R&D Montréal. Toutes les entreprises sont touchées et certaines perdront prochainement leurs brevets sur des produits extrêmement importants en termes de revenus.» Chez Sanofi-aventis, on est moins alarmiste. «L'échéance des brevets fait partie du cycle de vie des médicaments. Nous en perdons et d'autres viennent les remplacer. D'ailleurs, nous attendons prochainement des nouvelles des autorités gouvernementales pour lancer quelques produits, dont le Multaq (arythmie cardiaque)», affirme Jérome Sylvestre, président de la filiale canadienne. L'an dernier, Merck Frosst a perdu les brevets pour deux de ses médicaments contre l'hypertension, le Vasotec et le Prinivil.

D'autres produits ont effectivement pris la relève, comme le Gardasil (vaccin contre le VPH), l'Isentress (VIH) et le Januvia (diabète de type 2). «Malgré ça, en 2007, nos ventes canadiennes ont été de 597 millions, alors qu'en 2008, elles ont été de 561 millions, constate Vincent Lamoureux, porte-parole de l'entreprise. Nous avons réussi en partie à combler le manque, mais pas complètement. Et je peux vous dire qu'aucune compagnie n'aime voir ses ventes baisser.» En fait, il y a quelques années déjà, Merck Frosst a perdu ses brevets sur le Zocor cholestérol) et depuis l'entreprise ne serait jamais parvenue à atteindre les mêmes niveaux de ventes. «Ce médicament était un véritable blockbuster, prescrit chaque jour à une quantité importante de personnes, dit le porte-parole. Mais maintenant, l'ère des blockbusters est en voie d'être terminée.»

Les médicaments du futur

En effet, les grandes aires thérapeutiques qui touchent une grande partie de la population sont généralement maintenant bien soignées. «Nous devons donc développer des produits plus ciblés et plus nichés qui, évidemment, n'ont pas le même potentiel de vente que les gros blockbusters», affirme M. Lamoureux. De plus en plus, donc, le blockbuster laisse sa place aux médicaments personnalisés. «On commence à voir apparaître ce type de produit, explique Bernard Prigent, vice-président et directeur médical de Pfizer Canada. Par exemple, maintenant, on différencie les types de cancer du sein et on choisit le médicament le plus efficace pour le patient. On essaie de plus en plus d'étendre le même principe à d'autres maladies, mais on n'est pas encore tout à fait rendu là.» Toutefois, il indique que Pfizer vient tout juste de mettre sur le marché un médicament contre le VIH, le Celsentri, pour lequel on peut déterminer en prétraitement si le patient répondra favorablement au produit. «Nous sommes vraiment dans l'ère des biomarqueurs et des technologies d'imagerie pour déterminer quel type de traitement sera le plus bénéfique pour un patient», ajoute le Dr Prigent.

Pour de nombreuses compagnies pharmaceutiques, l'un des principaux domaines de recherche d'avenir est certainement l'oncologie. «Il y a eu d'importantes découvertes ces dernières années dans les domaines de la biologie cellulaire, de la génétique et de la génomique. Nous cherchons maintenant des applications importantes de ces découvertes dans le domaine de l'oncologie qui a d'ailleurs grandement besoin de solutions», affirme le Dr Prigent.

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La crise mondiale des brevets en chiffres