David Attenborough, le pape du documentaire naturaliste, l’a sacré « Charles Darwin des temps modernes ». À 76 ans, le biologiste australien John Veron est réputé avoir découvert et nommé 20 % des espèces de coraux connus. Il est surnommé le « parrain des coraux ». La Presse s’est entretenue avec lui entre deux campagnes de plongées dans la Grande Barrière.

Mathieu Perreault
Mathieu Perreault La Presse

La Presse : D’où vous vient cette passion pour les coraux ?

John Veron : J’étais pratiquement un décrocheur, puis j’ai gagné une bourse pour étudier à l’université aux États-Unis. Après, j’ai fait une maîtrise, puis un doctorat sur la neurosécrétion des libellules. Pour me distraire, j’ai commencé à faire de la plongée. J’ai attrapé le virus des coraux et j’ai changé de branche de biologie.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE JOHN VERON

John Veron dans les années 1970

LP : Vous signez plusieurs de vos livres sous le nom de Charlie Veron. Pourquoi ?

JV : Au primaire, je bégayais, j’avais de l’asthme, j’étais solitaire. Je passais des heures à explorer la nature près de Sydney, et je ramenais des créatures en classe, des araignées, des vers. Un prof m’a surnommé « M. Darwin », ce qui a mené à mon surnom de Charlie.

LP : Vous avez révolutionné la taxonomie des coraux.

JV : Quand j’ai commencé à les étudier, leur classification était basée sur les collections des musées. J’ai bien vu sous l’eau que la réalité n’avait rien à voir avec cette taxonomie. Par exemple, une espèce identifiée dans un musée avait finalement des types de croissance très différents dans la nature, en branches ou alors en bouquets. Souvent, les espèces de coraux étaient nommées à partir de dessins faits dans les musées par les biologistes. On était loin de la réalité.

LP : Est-il vrai que vous avez nommé 20 % des coraux existants ?

JV : Je n’en ai aucune idée. Un journaliste a fait ce calcul une fois, c’est resté. Ce que je sais, c’est que je continue à nommer de nouvelles espèces si je trouve que c’est nécessaire.

  • L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

    PHOTO TIRÉE DE CORALS OF THE WORLD

    L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

  • L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

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    L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

  • L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

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    L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

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    L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

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    L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

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    L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

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    L’un des coraux de la base de données Corals of the World, de John Veron

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LP : De nombreux biologistes sonnent l’alarme sur l’avenir des coraux.

JV : Ils ont raison. Ça fait 20 ans que je dis que le réchauffement de la planète provoque un blanchissement des coraux et leur mort. On a déjà perdu 15 espèces de coraux dans la Grande Barrière au large de l’Australie, et plusieurs autres sont en voie de disparition.

LP : Que peut-on faire à part arrêter demain matin de consommer des carburants fossiles ?

JV : Ça serait la seule solution sensée. Dans l’immédiat, on peut recueillir les coraux du monde entier dans la BioBank, une arche de Noé pour les coraux qui est en train d’être construite en Australie. On pourra préserver la génétique, peut-être mettre au point des coraux génétiquement modifiés qui sont capables de survivre aux températures plus élevées sans blanchir.

LP : Le génie génétique n’a pas toujours bonne presse.

JV : C’est mieux que l’extinction des coraux.

LP : Des biologistes ont découvert des espèces de coraux résistantes à la chaleur en mer Rouge.

JV : Oui, il y a de l’espoir avec ces espèces. On pourrait les croiser avec d’autres, extraire les gènes qui les rendent résistantes. À tout le moins, elles vont survivre.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE JOHN VERON

John Veron plonge toujours.

LP : Quand avez-vous plongé pour la dernière fois ?

JV : J’ai fait une campagne dans la Grande Barrière pendant deux semaines à partir de la mi-juin, et une autre campagne à la fin de juin. La Grande Barrière est grande comme l’Italie.

LP : La presse australienne a rapporté récemment que vous aviez vendu le domaine où vous habitiez depuis près de 50 ans, que vous aviez nommé Rivendell, comme la vallée où habitent les Elfes dans Le seigneur des anneaux de Tolkien. Vous expliquiez que vous vouliez fuir les effets des changements climatiques. Parliez-vous des incendies qui ont fait la manchette l’an dernier ?

JV : J’ai déménagé plus près de la forêt tropicale, au nord, dans une région où il y a moins de variations de température extrêmes. À Townsville, il y avait de plus en plus de vagues de chaleur. Je crois que les manifestations plus dramatiques des changements climatiques, comme les incendies près des villes comme Townsville, vont plutôt toucher mes enfants. Mais les variations de température ne sont pas très agréables à mon âge.

PHOTO TIRÉE DU SITE DE PETER RIDD

Peter Ridd

LP : L’Australie a souvent fait la manchette dans la dernière décennie par sa résistance au consensus scientifique sur les changements climatiques. Un physicien de l’Université James Cook, où vous avez enseigné pendant 40 ans, Peter Ridd, a été congédié parce qu’il affirmait que la pollution et les changements climatiques n’étaient pas responsables du blanchissement des coraux. Il a contesté son congédiement avec succès jusqu’à maintenant, et affirme qu’il s’agit d’une affaire de liberté de l’enseignement. Qu’en pensez-vous ?

JV : Je ne veux pas trop me mêler du cas de Peter Ridd, mais je crois que si un chercheur a des propos non scientifiques, il n’est pas protégé par la liberté de l’enseignement.

Les coraux en chiffres

6000 : Nombre d’espèces de coraux identifiées dans le monde 800 : Nombre d’espèces de coraux qu’abritera la BioBank australienne lors de son achèvement en 2026

Source : Université James Cook