(Montréal) La couche de graisse qui se cache sous notre peau pourrait un jour aider à cacher les séquelles de chirurgies graves ou contribuer à la guérison de plaies récalcitrantes, a-t-on expliqué vendredi, lors de la dernière journée du 88e congrès de l’Association canadienne-française pour l’avancement des sciences (Acfas).

Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne

On retrouve en effet dans cette couche de graisse des cellules souches appelées « cellules souches postnatales multipotentes » qui ont la capacité de se transformer en plusieurs autres types de tissus, notamment des muscles, des os et du cartilage.

« Le fait que le tissu adipeux soit proche de la peau en fait quand même une source accessible, a souligné la professeure Julie Fradette, de l’Université Laval. Certaines équipes ont montré que jusqu’à 2 % des cellules qu’on extrait auraient des capacités de multipotence, contre 0,002 % pour les cellules de la moelle osseuse. »

La professeure Fradette est affiliée au Centre LOEX de l’Université Laval, qui a comme mission de développer les connaissances dans le domaine du génie tissulaire et de la médecine régénératrice.

Après avoir été cultivées et transformées en laboratoire, ces cellules souches pourraient être utilisées pour réparer les dégâts causés par des accidents ou des brûlures profondes ; pour camoufler les séquelles d’ablations de tumeurs ou de mastectomies ; ou encore pour venir en aide aux gens qui souffrent de malformations congénitales.

« Il y a des situations dans lesquelles on a besoin de tissus mous, de tissus de remplissage, que ce soit des accidents, des brûlures profondes, ou suite à la résection d’une tumeur, a rappelé la professeure Fradette. Mais il reste beaucoup de chemin à faire. »

Il semble y avoir un besoin clinique criant pour de telles cellules, puisque le simple transfert de cellules adipeuses d’un endroit du corps vers un autre pour combler un « défaut » ne donne que des résultats mitigés ; en effet, les cellules transférées finissent par disparaître et on doit reprendre la procédure.

Des études précliniques ont permis de reconstruire une peau humaine qui comprend toutes les couches prévues par la nature, et non seulement les couches superficielles. La greffe d’une telle peau à des grands brûlés a réduit l’apparence des cicatrices et donné plus de souplesse aux membres où elle a été utilisée. Une greffe d’une peau encore plus épaisse pourrait engendrer des bienfaits encore plus importants, croit la professeure Fradette.

Des essais cliniques se poursuivent pour comparer les greffes de peau reconstruite aux greffes de peau traditionnelles. D’autres portent plutôt sur la cornée.

Ces cellules souches pourraient par ailleurs être utilisées pour fabriquer des pansements biologiques temporaires qui, croient les chercheurs, pourraient potentiellement stimuler la guérison naturelle des plaies.

Des essais sur des souris ont semblé démontrer leur efficacité, et on tente maintenant de vérifier s’ils pourraient contribuer à la guérison de plaies de radiation ou des plaies diabétiques. Dans ce dernier cas, le pansement biologique aurait retranché une semaine au temps de guérison.

« (Ces cellules) sont vraiment très intéressantes pour une panoplie de conditions où il y a une inflammation et pour des conditions où on voudrait utiliser les cellules d’une autre personne pour traiter un patient différent », a dit la professeure Fradette.