La Québécoise Marina Lançon a finalement retrouvé la lumière du jour et la notion du temps samedi après avoir passé 40 jours dans une grotte du sud-ouest de la France, dans le cadre d’une expérience scientifique.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

« C’était une expérience extraordinaire, s’est exclamée Mme Lançon au lendemain de sa sortie de la grotte. Au début, j’appréhendais le manque de lumière et de notion du temps. Au final, je me suis très bien adaptée, à un tel point que je n’avais pas envie de sortir. »

Marina Lançon et 14 autres volontaires âgés de 27 à 50 ans se sont soumis à cette expérience hors du commun, visant à étudier les capacités d’adaptation de l’être humain sans repères spatiotemporels. « On dormait et on mangeait quand on en ressentait le besoin. Quand on faisait une sieste, on ne savait pas si c’était une heure ou huit heures », explique la guide en tourisme d’aventure, qui a étudié au cégep de la Gaspésie et des Îles.

PHOTO FOURNIE PAR LE HUMAN ADAPTATION INSTITUTE

Quatre aventuriers cassent la croûte.

À chacun son cycle

Sans notion du temps, les 15 participants de l’aventure Deep Time ont créé leur propre cycle de sommeil. « On n’avait pas du tout le même cycle, parce qu’on se couchait quand on en ressentait le besoin. On était complètement décalés. Ça m’arrivait souvent d’aller me coucher et je croisais quelqu’un qui se levait pour commencer sa journée », indique Mme Lançon.

À l’intérieur de la grotte, le temps s’écoulait lentement. Pour certains, les journées et les nuits étaient presque deux fois plus longues qu’à l’habitude.

L’expérience a duré 40 jours, mais quand ils sont venus nous chercher, j’étais à mon cycle 29. J’avais 11 jours d’écart par rapport à la réalité. Certaines personnes dans le groupe étaient seulement au cycle 23.

Marina Lançon

Pour occuper ses journées, chaque participant s’affairait à des tâches individuelles et collectives. « Moi, j’étais responsable de documenter l’aventure en vidéo », dit Mme Lançon. Les volontaires devaient aussi s’assurer d’aller chercher de l’eau dans un lac à 45 mètres de profondeur et de produire leur propre électricité grâce à un vélo stationnaire.

PHOTO FOURNIE PAR MARINA LANÇON

Marina Lançon au premier jour de son expérience, avant de pénétrer dans la grotte

L’ennui n’était pas au rendez-vous, puisque les participants devaient également se soumettre à une série de tests pendant leur séjour. « On avait des capteurs pour étudier notre sommeil et pour mesurer nos mouvements. Il fallait aussi remplir plusieurs questionnaires avant de se coucher et au réveil », dit-elle. Ils devaient également répondre à des questionnaires sur leur humeur et leur alimentation.

Comme à la maison

Un campement comprenant une cuisine avait été installé au centre de la grotte, et les organisateurs de l’expérience avaient fourni à l’équipe deux mois de nourriture. « S’ils nous avaient donné de la nourriture juste pour 40 jours, on aurait pu arriver à calculer le temps qu’il nous restait dans la grotte », indique Mme Lançon.

Malgré le surplus de nourritures, les légumes et les fruits frais se faisaient rares au fil des semaines.

À un certain moment, il ne restait plus de fruits, mais certains légumes tenaient le coup, comme le chou et les poireaux. On avait de la nourriture variée et on était capables de se cuisiner du riz, des lentilles et des pâtes, un peu comme chez nous.

Marina Lançon

Avec une température qui avoisinait les 10 degrés en permanence et 95 % d’humidité, les conditions n’étaient pas toujours faciles. « Il y en a qui ont souffert du froid. Ma tente était à l’entrée d’une cavité et c’était moins humide, alors je n’ai pas eu froid, mais d’autres personnes ont dû dormir avec deux sacs de couchage », se souvient-elle.

Elle ajoute qu’ils devaient être très prudents pour ne pas mouiller leur matériel. « Si on mouillait nos choses, ça ne séchait pas », dit-elle.

De retour à la réalité

Samedi, l’expérience est arrivée à sa fin. Les 15 volontaires ont mis les pieds à l’extérieur, lunettes de soleil sur le nez, afin de redécouvrir leur réalité. « On voyait le vert flamboyant des arbres, les montagnes enneigées et le ciel infini. C’était magnifique », indique Mme Lançon.

PHOTO FRED SCHEIBER, AGENCE FRANCE-PRESSE

Les volontaires à la sortie de la grotte

Elle précise toutefois que la sortie a été le moment le plus difficile de son aventure. « Pendant les 40 jours, le temps était figé. Quand ils sont venus nous chercher, ça a été un choc total. Je n’y croyais pas que ça pouvait déjà être fini. Pour moi, il restait plein de choses à faire et à explorer », dit-elle.

Avant de rentrer à la maison, Mme Lançon devra continuer de se soumettre à une série de tests, afin d’évaluer l’impact de son isolement sur son état physique et mental.

En chiffres

7 km

Longueur de la grotte de Lombrives, la plus vaste de toute l’Europe

10 à 12 °C

Température moyenne

38,5 ans

Âge moyen des participants (entre 27 et 50 ans)