(Montréal) Le virus du sida finit par remporter une véritable « guerre d’usure » contre le système immunitaire, mais des travaux réalisés à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) pourraient éventuellement changer la donne, a appris La Presse Canadienne en primeur.

Jean-Benoit Legault
La Presse Canadienne

Les recherches pourraient permettre de reproduire artificiellement les capacités de certains patients infectés par le VIH, et appelées « contrôleurs élites », qui sont capables de résister à la maladie pendant très longtemps, sans intervention médicamenteuse.

Les scientifiques ont démontré que ces contrôleurs élites tirent leur avantage de leur métabolisme énergétique au sein de certaines cellules immunitaires, les lymphocytes CD8.

« Fondamentalement, toutes les cellules de notre système de défense, toutes les cellules de notre organisme, dépendent de l’énergie », a expliqué le professeur Julien van Grevenynghe, qui travaille sur le sida depuis 15 ans.

« Comprendre pourquoi ces individus sont comme des’Superman’par rapport à l’infection permettrait de façon artificielle de rendre les autres individus aussi forts que les contrôleurs élites. »

Le problème, explique-t-il, est que le système immunitaire finit par manquer d’énergie pour combattre le VIH.

Comme le virus du sida n’est jamais entièrement éliminé de l’organisme, le système immunitaire est constamment en état d’alerte pour défendre l’organisme. En bout de compte, même avec des médicaments en appui, le système immunitaire devient tout simplement trop faible, d’autres problèmes de santé s’installent, et le patient décède.

« Le système immunitaire, au lieu de revenir à la normale, de se calmer, est constamment et totalement toujours actif, a dit M. van Grevenynghe. Le système n’est pas fait pour être comme ça. Il est fait pour s’activer, faire son travail, et se calmer. Il arrive un moment où le virus gagne. Étant donné qu’il ne disparaît pas, progressivement les cellules s’affaiblissent, inévitablement le virus n’a plus suffisamment de contrôle et il explose dans l’organisme. »

Rééduquer les cellules

Les chercheurs ont toutefois démontré que la situation n’est pas sans espoir.

En effet, une protéine soluble, l’interleukine-21, serait en mesure d’optimiser l’apport énergétique et le fonctionnement immunitaire des lymphocytes CD8.

« Il y a des outils qui existent actuellement, qui sont déjà administrés pour d’autres maladies, qui ne sont pas très toxiques comme molécules, et qui semblent avoir un rôle très important puisqu’on est capables de rééduquer les cellules des patients sous traitement », a dit M. van Grevenynghe.

À terme, le système immunitaire pourrait finir par être en mesure d’éliminer le virus du sida comme il élimine les virus grippaux.

Cette découverte est d’autant plus intéressante qu’elle pourrait trouver des applications face à des problèmes de santé comme le cancer, le diabète et même l’obésité, a-t-il ajouté.

On croit souvent à tort qu’il est aujourd’hui possible de vivre relativement bien avec le sida, mais « ce sont des traitements qui sont extrêmement lourds en effets secondaires. Les traitements sont aussi agressifs […] que les traitements contre le cancer », a souligné M. van Grevenynghe.

« Les traitements ne sont pas une solution en soi. C’est vraiment pour éviter de mourir, a-t-il dit. Il est très important de trouver des traitements alternatifs. »

Les conclusions de cette étude réalisée par le professeur van Grevenynghe et le doctorant Hamza Loucif ont été publiées par la revue médicale Autophagy.