Les difficultés en tout genre rencontrées par les États-Unis dans leur lutte contre le coronavirus pourraient compliquer les efforts du Canada pour freiner sa propagation.

MARC THIBODEAU MARC THIBODEAU
La Presse

Des experts en santé publique préviennent que l’importance des allées et venues entre les deux pays signifie que toute détérioration marquée de la situation du côté américain risque de se faire sentir au nord de la frontière.

« Si on se met à avoir des milliers de cas là-bas, la perméabilité de la frontière va faire en sorte qu’il va y avoir des cas qui vont se propager ici », prévient la Dre Cécile Tremblay, microbiologiste infectiologue rattachée au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Il faudrait, dans un tel scénario, augmenter sensiblement la capacité de dépistage en place pour être capable de monitorer l’évolution du virus à plus large échelle dans la population, dit-elle.

Le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), note que le volume de voyageurs entre le Canada et les États-Unis est sans commune mesure avec celui qui existe avec les pays les plus touchés actuellement par la crise comme la Chine, l’Italie et l’Iran.

« On n’est pas du tout dans le même ordre de grandeur. Si les Américains perdent le contrôle sur leur territoire, ça va être très difficile ici », relève M. De Serres, qui a confiance pour l’heure en la capacité des autorités américaines à freiner le virus.

On est encore dans une situation au Canada où on peut chercher à contenir le virus et c’est ce qu’on doit faire. Mais il est possible qu’à un moment donné, on arrive à un stade où il faudra reconnaître qu’il va être avec nous pour longtemps.

La Dre Cécile Tremblay

Bien que le nombre de cas demeure relativement limité aux États-Unis, elle juge préoccupante l’évolution de la situation au sud de la frontière.

Les centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont notamment prévenu à plusieurs reprises, dit-elle, qu’il existait un risque de « transmission communautaire » important dans le pays. « Ils savent qu’ils ont échappé beaucoup de cas », souligne la spécialiste.

Manque de tests

Au moins trois États ont déjà signalé que des individus n’ayant pas séjourné dans des pays touchés par l’épidémie ou été en contact avec des cas connus ont contracté le virus, ce qui semble suggérer qu’il se diffuse localement à l’insu des autorités.

La Dre Tremblay note que les États-Unis ont connu des ratés avec le test de dépistage élaboré pour identifier le virus, ce qui a nui aux efforts de contrôle. Ils ont aussi trop tardé, dit-elle, à décentraliser l’administration du test, ajoutant aux délais.

Jeudi, le vice-président Mike Pence, qui a été chargé par le président américain, Donald Trump, de chapeauter les efforts pour contrer le coronavirus, a indiqué que le pays manquait de tests pour faire face aux besoins.

Depuis sa désignation à ce poste, le politicien multiplie les éloges envers le chef d’État, qui a semblé à plusieurs reprises vouloir minimiser la portée de la crise.

PHOTO MANUEL BALCE CENETA, ASSOCIATED PRESS

Donald Trump, président des États-Unis

Le président a notamment critiqué mercredi le taux de mortalité du coronavirus estimé par l’Organisation mondiale de la santé, qui le place à 3,4 %.

En entrevue à la chaîne Fox, il a déclaré qu’il avait « l’intuition » que ce chiffre était exagéré. « Je pense personnellement que le chiffre est largement inférieur à 1 % », a-t-il déclaré.

Donald Trump a aussi assuré qu’un vaccin pourrait être disponible « dans les prochains mois » alors que les experts évoquent un délai d’au moins un an.

Éviter les contradictions

La Dre Tremblay note qu’il est essentiel, en période de crise sanitaire, que les autorités présentent un message « clair et unifié » basé sur des faits et exempt de considérations politiques.

« Ce qui fait paniquer les gens, c’est de ne pas avoir confiance dans les informations qu’on leur donne », note la microbiologiste infectiologue, qui reproche par ailleurs à l’administration Trump d’avoir sabré au cours des dernières années le budget des CDC, affectant sa capacité d’action.

Jeudi, le Sénat américain a rectifié partiellement le tir en approuvant un plan d’urgence qui permettra d’injecter plus de 8 milliards de dollars dans la lutte américaine contre le coronavirus.

Le nombre de cas a continué parallèlement d’augmenter, passant le cap des 200, contre 34 au Canada, et de nouveaux foyers sont apparus.