Des chercheurs de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) affirment avoir obtenu l’autorisation de la Chine pour y tester un médicament expérimental contre le COVID-19. Le groupe, dirigé par le Dr Michel Chrétien, dit croire qu’un médicament existant appelé quercétine pourrait non seulement guérir les gens atteints par le nouveau coronavirus, mais également protéger les autres contre le risque de contracter la maladie.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

« L’urgence de la tragédie amène les autorités chinoises à tester les antiviraux dont les preuves expérimentales sont suffisamment avancées pour être utilisées. Nous avons reçu la semaine dernière une invitation officielle de la Chine pour ajouter la quercétine à l’arsenal thérapeutique pour contrer l’épidémie COVID-19 qui sévit dans leur pays », affirme le Dr Chrétien à La Presse.

Le chercheur affirme que son équipe est prête à décoller pour la Chine afin de superviser un essai clinique. L’idée serait de tester le médicament sur deux cohortes de patients totalisant environ 1000 personnes infectées.

Si l’essai se concrétise, il sera loin d’être unique. La Chine est en effet devenue un terrain expérimental scientifique afin de tester des médicaments potentiels contre le COVID-19, qui a infecté plus de 75 000 personnes et fait 2239 morts dans le pays. Selon la revue Nature, plus de 80 essais cliniques ont actuellement lieu ou sont sur le point de démarrer en Chine afin de trouver une substance capable de prévenir ou de soigner les infections.

Antiviral « à large spectre »

La quercétine que veulent tester les chercheurs québécois est une substance extraite de plantes et commercialisée par l’entreprise Quercagen Pharmaceuticals, qui a des installations en Suisse et aux États-Unis. Avant 2010, la substance était essentiellement utilisée à faible dose, comme un produit naturel. Puis l’intérêt scientifique pour la molécule a crû.

« Nous sommes à la réhabiliter comme médicament valable », explique le Dr Chrétien. À l’IRCM, son équipe a notamment publié des études menées sur des souris qui montrent qu’à forte dose, la quercétine exerce une activité antivirale contre le virus Zika et qu’elle peut protéger contre le virus Ebola. La littérature scientifique suggère aussi que la substance pourrait agir contre les virus de la dengue, de la grippe H1N1, du SRAS et des hépatites B et C.

Il semble que ce soit une molécule antivirale à large spectre.

Le Dr Michel Chrétien

L’innocuité de la substance à forte dose a été reconnue par la Food and Drug Administration, chien de garde du marché pharmaceutique américain. Soulignons toutefois que l’efficacité de la molécule sur les humains contre les virus n’a jamais été démontrée par des études cliniques.

Parce que la quercétine a montré des signes d’efficacité contre le SRAS et que le COVID-19 est le « petit frère du SRAS », le Dr Chrétien estime qu’il a de bonnes chances de fonctionner contre le coronavirus. 

L’un des avantages de la substance est qu’elle peut être administrée par voie orale. Le protocole proposé à la Chine suggère d’administrer aux malades quatre comprimés quotidiennement, pour un coût total d’environ 1,50 $ par jour. 

En comparaison, l’un des médicaments actuellement testés en Chine contre le COVID-19 et considérés comme l’un des plus prometteurs, le Remdesivir, de l’entreprise Gilead, nécessite des injections et revient à environ 1000 $ par jour.

Le Dr Chrétien estime qu’on devrait savoir au bout d’environ 45 jours si le traitement est efficace ou non contre le COVID-19.

Subvention demandée

Le pépin majeur est que l’IRCM n’a pas les fonds nécessaires pour déployer une étude clinique en Chine. Selon le Dr Chrétien, l’entreprise Quercagen pourra fournir des comprimés « par centaines de milliers » au besoin, mais ne peut financer l’étude. 

Le chercheur affirme que le gouvernement chinois mettra une partie des fonds nécessaires, mais a demandé une subvention de 5 millions au ministère des Affaires étrangères du Canada afin de pouvoir démarrer l’étude clinique en Chine. 

Le Dr Chrétien dit espérer obtenir une enveloppe destinée à l’aide internationale pour lancer l’étude.

Vendredi, en début de soirée, le ministère des Affaires étrangères a confirmé à La Presse avoir bien reçu la demande, mais a affirmé l’avoir transmise à Santé Canada, « car Affaires mondiales Canada ne finance pas la recherche fondamentale ».

« Dès qu’on peut avoir les fonds pour partir, on part », assure le Dr Chrétien, qui aura bientôt 84 ans, affirme qu’il ne sera sans doute pas personnellement du voyage, mais que son équipe est prête.