(Montréal) Le VIH caché dans certaines cellules du système immunitaire se répliquera en même temps qu’elles, quand ces cellules seront appelées à combattre une nouvelle infection, ont constaté des chercheurs de l’Université de Montréal.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Cette découverte pourrait paver la voie à de nouvelles thérapies, notamment en permettant aux experts de mieux comprendre comment fonctionnent les « réservoirs » où se cache le virus pour échapper aux traitements actuels.

« Ce qu’on montre, c’est que tous ces microbes contre lesquels on lutte tous les jours participent indirectement à la persistance du VIH chez les personnes sous trithérapie, parce qu’à chaque fois qu’elles voient un microbe, ces cellules-là se mettent en activité, se mettent à proliférer, et en proliférant, le VIH qui est dedans prolifère avec elles », a expliqué Nicolas Chomont, qui est professeur au département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l’Université de Montréal.

« C’est vraiment le génome du VIH qui est intégré dans la cellule qui va se multiplier avec la cellule. »

Les chercheurs savent depuis des années que le virus se cache tout d’abord dans des cellules du système immunitaire appelées lymphocytes T CD4+, dont la mission est de nous aider à lutter contre les infections qu’on rencontre tous les jours, par exemple le rhume, la grippe et la gastroentérite.

Ce sont ces cachettes qui permettent au VIH d’échapper à une éradication totale. Les trithérapies l’empêchent de se reproduire et permettent aux patients de mener des vies essentiellement normales, mais le virus ne disparaît jamais entièrement de l’organisme.

« Le gros défi pour nous est vraiment de comprendre comment on peut éliminer ces quelques cellules qui restent, a expliqué M. Chomont. On estime qu’il y en a peut-être entre mille et un million dans tout le corps. Donc à l’échelle du corps humain c’est vraiment pas grand-chose, mais comment on pourrait faire pour éliminer ces cellules dans lesquelles le virus reste ? »

Réservoirs dynamiques

Cette étude, que M. Chomont a réalisée avec le postdoctorant Pierre Gantner, montre « que ces réservoirs de VIH sont beaucoup plus dynamiques que ce qu’on pensait, parce qu’ils sont dans des cellules du système immunitaire dont la mission est de lutter contre des microbes communs », a-t-il dit.

En effet, les chercheurs croyaient jusqu’à présent que ces réservoirs de VIH étaient essentiellement statiques. La nouvelle étude montre plutôt que les cellules immunitaires porteuses du VIH multiplieront le virus en même temps qu’elles quand elles se réveilleront pour affronter un envahisseur.

Pourrait-on alors envisager de donner un coup de pouce au système immunitaire avec des antibiotiques ou des antiviraux, de manière à freiner la multiplication des cellules immunitaires infectées par le VIH et du même coup peut-être réduire la persistance des réservoirs ?

« C’est un peu compliqué, a prévenu M. Chomont. Les personnes qui sont sous trithérapie vont bien, elles n’ont généralement pas trop de problèmes […], mais leur donner des médicaments en plus est toujours à double tranchant parce qu’il y a souvent des effets secondaires associés […], ne serait-ce que des antibiotiques qu’on sait qu’ils perturbent la flore intestinale. Pour l’instant on ne sait pas encore si ça vaut le coût. »

La prochaine étape pourrait néanmoins consister à réaliser une étude avec, par exemple, le cytomégalovirus, dont environ 70 % de la population est porteuse et qui se réactive régulièrement.

« On a des antiviraux pour combattre le cytomégalovirus qu’on pourrait essayer de donner à des personnes sous trithérapie pour voir si en empêchant la réplication de ce virus, et donc l’activation du système immunitaire, on pourrait avoir un impact sur les réservoirs du VIH », a conclu M. Chomont.