Même si les friandises au pot ont été interdites au Québec, certains produits comestibles et des boissons à base de cannabis seront sur les étagères de la Société québécoise du cannabis dès janvier. Or, d’un point de vue scientifique, inhaler et manger du cannabis sont des processus plus différents qu’il n’y paraît. Voici ce qu’il faut savoir avant de mordre dans une barre tendre cosmique.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Inhalation

Absorption par le corps

Quand on inhale du cannabis, la fumée ou la vapeur pénètre dans les poumons, où se trouvent des centaines de millions d’alvéoles pulmonaires. Dans ce vaste lieu d’échanges, le sang rejette son CO2 pour se gorger d’oxygène. Les agents actifs du cannabis (principalement le THC et le CBD) profitent du mouvement pour se faufiler directement dans le sang. Ils franchissent ensuite la barrière hématoencéphalique qui protège le cerveau, où ils font sentir leurs effets.

Temps avant de ressentir les effets : de quelques secondes à quelques minutes

Effet maximal : environ 30 minutes après l’inhalation

Ingrédients actifs

Contrairement à l’alcool, le cannabis comporte plusieurs ingrédients psychoactifs, et ceux-ci ne sont pas tous bien compris des chercheurs. Le principal est le THC, qui dicte le gros des effets. Certaines recherches suggèrent que le cannabidiol (CBD) pourrait interagir avec le THC et tempérer certains de ses effets les plus aigus comme l’anxiété et la paranoïa, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires pour bien comprendre son rôle. Quand on inhale le cannabis, les ingrédients actifs passent directement dans le sang, sans transformation.

Durée des effets : généralement entre 2 et 3 heures

Fumée

L’un des problèmes de la consommation de cannabis en joint ou avec une pipe est la fumée de combustion, qui contient un grand nombre de substances toxiques. Les vaporisateurs, des appareils sophistiqués (et chers) qui chauffent l’herbe juste sous le point de combustion, sont considérés comme plus sécuritaires. Le vapotage, lui, est un mode d’administration distinct qui consiste à chauffer des extraits de cannabis, souvent mélangés à d’autres substances, à l’aide d’appareils portatifs appelés cigarettes électroniques. On a découvert cette année que le vapotage pouvait provoquer des maladies pulmonaires aiguës. Les chercheurs soupçonnent l’acétate de vitamine E, un produit parfois ajouté aux extraits de cannabis, d’être à l’origine de ces problèmes rares, mais graves.

Ingestion

Absorption par le corps

Le pot ingéré doit passer par le système digestif avant d’agir. Comme sur la route, s’il y a du trafic devant (comme un gros repas), le transit sera plus long. « La principale différence est vraiment le moment de l’apparition des effets, dit Didier Jutras-Aswad, médecin psychiatre spécialisé en toxicomanie au CHUM. Ça amène le problème qu’un consommateur inexpérimenté qui ne ressent pas d’effets rapidement puisse répéter ou augmenter sa dose pour avoir l’effet désiré. Quelques heures plus tard, il se retrouve en état d’intoxication. » Le Dr Jutras-Aswad souligne que les cas d’hospitalisation dus à de mauvaises réactions concernent souvent des gens ayant ingéré du cannabis.

Temps avant de ressentir les effets : de 30 minutes à deux heures

Effet maximal : jusqu’à quatre heures après l’ingestion

Ingrédients actifs

Fait méconnu, les ingrédients actifs comme le THC et le CBD sont en partie transformés par le foie en d’autres composés appelés métabolites avant d’être relâchés dans la circulation sanguine. « L’un de ces composés est appelé 11-hydroxy-THC (ou 11-OH-THC). Il est encore mal compris, mais à dose égale, on lui confère des effets plus puissants que ceux du THC », dit Didier Jutras-Aswad. Bref, en mangeant du cannabis, on ne surfe pas exactement sur les mêmes drogues que si on l’inhalait. Notons aussi que l’absorption des ingrédients actifs par le système digestif varie beaucoup selon les individus et même selon ce qu’on a mangé avant.

Durée des effets : entre 4 et 12 heures

Fumée

Aucune fumée, aucun risque pour les poumons : le Dr Didier Jutras-Aswad souligne qu’il s’agit d’un avantage d’ingérer le cannabis plutôt que de l’inhaler. Mais gardez en tête qu’avec un dosage plus compliqué, une absorption difficile à prévoir et une transformation des ingrédients actifs par le foie, l’ingestion produit des effets plus imprévisibles que l’inhalation.