La saison des ouragans s’amorce singulièrement cette année alors qu’une tempête tropicale s’est formée beaucoup plus au nord que d’habitude et que l’été a été anormalement calme. Est-ce la faute aux changements climatiques ? La Presse s’est entretenue avec un météorologue américain qui s’est penché sur les deux phénomènes et a publié récemment une étude sur les ouragans ayant causé le plus de dommages depuis 1900.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Chantal nordique

La tempête tropicale Chantal s’est récemment formée dans l’Atlantique Nord, au large de la Nouvelle-Écosse. C’est nettement plus au nord que les Caraïbes, berceau habituel de ces phénomènes météorologiques. « Ça fait depuis 1988 qu’on n’a pas vu une tempête aussi au nord », explique le climatologue Philip Klotzbach, de l’Université d’État du Colorado, qui a lancé un débat sur la question sur son compte Twitter. « C’est probablement dû à des eaux plus chaudes que la normale dans l’Atlantique Nord. Cela dit, Chantal est un système très faible, très asymétrique, avec peu d’orages au centre. Il va durer encore un ou deux jours au maximum, à cause d’un cisaillement du vent [wind shear] très élevé qui disperse le système. On va peut-être voir un peu plus de tempêtes tropicales plus au nord avec les changements climatiques, à cause de la température de surface de l’eau, mais le cisaillement du vent lié au courant-jet va empêcher qu’il y ait des ouragans intenses. »

Été calme

Un peu avant la mi-juillet, l’ouragan Barry, de catégorie 1, a frappé la Louisiane. Cette semaine, la tempête tropicale Chantal voyage vers l’est dans l’Atlantique Nord. Entre les deux, aucune tempête tropicale n’a été assez forte pour obtenir un nom. Il faut remonter à 1982 pour voir un été aussi calme, selon M. Klotzbach. « Ça ne garantit pas une saison calme. En 1961, il n’y a eu aucune tempête avec un nom durant l’été, puis en septembre, quatre ouragans de catégories 3 à 5 ont frappé. » Cet été tranquille est probablement lié à des eaux plus froides et à un cisaillement du vent plus élevé qu’à l’habitude sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest, où se forment les tempêtes tropicales. « Quand l’océan en Afrique de l’Ouest est stable, les systèmes qui sortent du Sahel n’y trouvent pas assez d’énergie pour se développer. On voit beaucoup de poussière cet été dans les Caraïbes, c’est un signe qu’il ne se passe pas grand-chose sur les côtes de l’Afrique de l’Ouest. » La saison des tempêtes tropicales a par ailleurs été tranquille dans l’est du Pacifique et moins forte qu’à l’habitude dans l’ouest du Pacifique, probablement à cause d’El Niño, qui touche aussi l’Atlantique, selon M. Klotzbach. Par contre, il y a eu plus d’ouragans dans l’océan Indien – 2, comparativement à une moyenne annuelle de 0,6.

Impact des changements climatiques

Plusieurs études historiques et modélisations ont tenté de reproduire et de prédire l’impact du réchauffement de la planète. « Comme il n’y a de données satellites que depuis 40 ans, on a beaucoup de limitations, dit M. Klotzbach. La seule chose qu’on peut dire, c’est qu’il semble y avoir plus de précipitations, ce qui signifie plus d’inondations. Sinon, les résultats sont équivoques sur le plan des vents ainsi que de la fréquence et de l’intensité des ouragans. À mon avis, il est possible qu’on voie moins d’ouragans, mais que les plus intenses soient un peu plus forts. Mais ça reste à vérifier. » En novembre dernier, le climatologue du Colorado avait publié dans la revue Nature Sustainability une étude sur les dommages causés aux États-Unis par les ouragans depuis 1900. « En tenant compte de la population, de la richesse de la société et de la proportion des gens qui étaient couverts par des assurances, il n’y a pas de tendance nette vers des dommages plus importants. Il y a plus de dommages à partir des années 1990, mais pas avant. Si les changements climatiques avaient un impact sur les dommages des ouragans, on verrait probablement cela depuis plus longtemps. »

Les pires ouragans

1926, catégorie 4 : de 208 à 236 milliards US, surtout à Miami

1900, catégorie 4 : de 189 à 130 milliards US, surtout à Galveston, au Texas

Katrina, 2005, catégorie 3 : de 117 à 119 milliards US, surtout à La Nouvelle-Orléans

1915, catégorie 5 : de 102 à 110 milliards US, surtout à Galveston, au Texas

Andrew, 1992, catégorie 5 : de 104 à 106 milliards US, surtout en Floride

Sandy, 2012, catégorie 1 : de 73 à 74 milliards US, surtout à New York

1944, catégorie 3 : de 71 à 74 milliards US, surtout à Cuba et en Floride

Harvey, 2017, catégorie 4 : 62 milliards US, surtout au Texas

Source : Nature Sustainability

Évolution des dommages par décennie

1950 : 4,9 milliards par année

1960 : 10,2 milliards par année

1970 : 5,4 milliards par année

1980 : 3,7 milliards par année

1990 : 11,3 milliards par année

2000 : 16,0 milliards par année

2010 : 21,1 milliards par année

Source : Nature Sustainability

Les pires ouragans des Maritimes

2010 : Igor, 21 septembre, 200 millions de dommages à Terre-Neuve

2009 : Bill, 22 août, 10 millions de dommages en Nouvelle-Écosse et à Terre-Neuve

1995 : Luis, 11 septembre, 500 000 $ de dommages à Terre-Neuve

2002 : Gustav, 12 septembre, pannes d’électricité en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard

Sources : Radio-Canada, Environnement Canada, The Weather Network