La population inuite du Nunavik serait plus à risque de faire un anévrisme cérébral en raison de son bagage génétique unique, d’après des chercheurs de l’Université McGill.

Audrey-Maude Vézina
La Presse

Les Inuits du Nunavik sont plus à risque de développer des problèmes cardiovasculaires comme l’obésité ou l’hypertension artérielle. Ils sont aussi prédisposés à des anévrismes cérébraux, un gonflement de la paroi d’une artère intracrânienne qui, en cas de rupture, peut entraîner une hémorragie cérébrale. Les chercheurs ont voulu vérifier si ces risques accrus étaient dus à la signature génétique différente de la population.

L’étude, publiée dans le journal Proceedings of the National Academy of Sciences, étudie 170 volontaires. Une grande partie de la cohorte était atteinte d’un anévrisme ou apparentée à un patient atteint d’un anévrisme.

Avec le financement de l’Institut de recherche en santé du Canada et de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada, les chercheurs ont analysé le génome de la cohorte et constaté des variations génétiques dans certains gènes responsables de la fabrication des protéines.

Sélection génétique

Ces variations viennent de la sélection naturelle. Les Inuits du Nunavik se sont adaptés à l’environnement du Nord canadien. Parmi les différences génétiques, les chercheurs ont remarqué des variations dans la métabolisation des lipides. Ils supposent que ce serait une adaptation au climat froid et à une diète traditionnelle grasse comme le phoque ou la baleine.

Autrefois, ces variations génétiques favorisaient la survie. Aujourd’hui, ces mêmes variations augmenteraient le risque de maladies cardiovasculaires. « Il y a deux manières de voir ce phénomène. La première est que ces variations associées à l’anévrisme seraient héritées d’une autre variation qui, elle, est bénéfique dans l’environnement. Pour une petite population qui ne se mélange pas beaucoup avec les populations extérieures, ces variations pourraient survenir plus fréquemment. La deuxième façon serait que la variation devient dommageable avec le changement d’environnement ou de style de vie en modifiant d’autres mécanismes », explique Sirui Zhou, étudiante et auteure principale de l’étude.

Meilleur suivi médical

En connaissant davantage les prédispositions génétiques des populations éloignées, ce serait possible de leur fournir des services plus adaptés à leurs problèmes de santé. « Aujourd’hui, les gens veulent introduire les informations génétiques dans les cliniques pour faire des liens avec les diagnostics ou le traitement. Mais il n’y avait aucune information sur les populations inuites. Maintenant, nous savons que leur génome est différent, alors on peut partir de là », soutient Sirui Zhou.

Ce serait aussi plus facile de choisir les traitements efficaces. « Si certains traitements fonctionnent pour une protéine présente chez la plupart des patients de descendance européenne, ils ne fonctionneraient peut-être pas chez les Inuits puisque la protéine serait différente à cause d’une variation génétique », ajoute Patrick Dion, coauteur de l’étude.

L’étudiante Sirui Zhou pense que ces connaissances du génome pourraient aussi être utiles pour prévenir d’autres problèmes de santé. « Certaines variations qui arrivent seulement chez les Inuits pourraient les prédisposer à un grand risque de maladies, comme le diabète de type 2. »