Le vaccin annuel contre la grippe pourrait être bientôt chose du passé. Des scientifiques travaillent sur un vaccin universel, efficace contre toutes les souches, pour de nombreuses années. Nos explications.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Le rêve d’un vaccin universel

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Une dizaine de vaccins antigrippaux universels sont actuellement en préparation. Bien qu’aucun n’ait fonctionné jusqu’à maintenant, l’espoir est grand parmi les spécialistes, constatait-on à la dernière réunion annuelle de l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS), en février à Washington.

Les difficultés

Actuellement, un vaccin antigrippal universel n’a que 5 % d’efficacité, contrairement aux traditionnels vaccins saisonniers, dont l’efficacité est nettement plus élevée. Autant dire qu’il est inutile, explique Nancy Messonier, des Centres de contrôle des maladies (CDC) du gouvernement américain, qui était l’une des trois panélistes de la session sur la grippe à la réunion de l’AAAS. « Il y a tellement de variations d’une année à l’autre que c’est inutile. Le problème est le péché originel antigénique. Quand le système immunitaire fait face à un pathogène très semblable à un autre pathogène rencontré par le passé, il va mobiliser les mêmes défenses que le pathogène antérieur, au lieu de développer de nouveaux moyens de défense. Généralement, ça marche, mais pas avec la grippe, parce qu’elle change trop rapidement. Le défi est de convaincre le corps de faire fi de ce mécanisme. » Anthony Fauci, grand responsable de l’infectiologie aux Instituts nationaux de la santé (NIH) des États-Unis, ajoute que la « diversité structurelle » du virus de la grippe lui permet de modifier son apparence facilement et d’éviter d’être reconnu. « En comparaison, les vaccins contre la polio et la rougeole, c’était du gâteau, dit M. Fauci. C’est probablement dû à l’implication des oiseaux migrateurs, qui assurent un brassage génétique parce que les grippes aviaire et humaine ont des liens étroits. »

Les bénéfices

Un vaccin universel aurait quatre grands avantages, selon Anthony Fauci, du NIH. « Avec toutes les campagnes de publicité, on ne parvient à vacciner que 30 % à 40 % des patients cibles avec la vaccination saisonnière. L’efficacité du vaccin saisonnier est au mieux de 60 % et est parfois de seulement 10 %. Il nous protégerait aussi contre les pandémies. Et il serait beaucoup plus facile de faire des réserves de vaccins quand s’annonce une pandémie, pour protéger les récalcitrants. »

Les promesses

La compréhension de la structure du virus de la grippe et des rôles de ses différentes composantes a fait des pas de géant dans les cinq dernières années, selon Anthony Fauci, des NIH. Depuis l’an dernier, le vaccin universel israélien BiondVax est en phase 3 d’essais cliniques, la dernière étape avant l’approbation, souligne M. Fauci. BiondVax cible neuf peptides situés à l’intérieur du virus. « Il y a aussi d’autres vaccins en préparation qui visent la tige de l’hémagglutinine [protéine à la surface du virus], avec une approche de chimère ou alors des tiges d’hémagglutinine sans tête avec une approche nanotechnologique, explique M. Fauci. Il y a un foisonnement d’approches, j’ai bon espoir que l’une d’entre elles va fonctionner. » Gary Nable, infectiologue à Sanofi, qui participait aussi au congrès, ajoute que de nouvelles « plateformes » de recherche permettent de tester plus rapidement les vulnérabilités de différentes combinaisons de protéines dans les vaccins universels. « Nous avons à Sanofi créé une filiale de biotechnologie à l’intérieur de notre unité de recherche et développement pour explorer plus rapidement de nouvelles cibles. Nous nous intéressons, par exemple, à une molécule mal-aimée de la surface du virus, la neuraminidase, et aux cocktails de cibles comme BiondVax. »

Le budget

Le financement a suivi l’excitation des chercheurs. « Pour le moment, les NIH accordent entre 100 et 200 millions US par année pour le développement d’un vaccin universel, mais il y a un projet de loi au Congrès qui veut doubler ce montant avec 1 milliard US supplémentaire sur cinq ans, dit Anthony Faucy, des NIH. Il y a eu un électrochoc l’an dernier avec la saison grippale particulièrement difficile, 80 000 morts et un million d’hospitalisations, si on inclut les cas sans diagnostic. » La saison 2017-2018 a notamment été particulièrement virulente parce qu’elle a ciblé toutes les régions des États-Unis en même temps, au lieu de se propager comme d’habitude d’une région hospitalière à l’autre, d’ouest en est, selon Nancy Messonier, des CDC. « Ça a paralysé certains hôpitaux », dit Mme Messonier.

La vieillesse

L’influence de l’âge sur l’efficacité des vaccins a aussi été abordée lors de la conférence de l’AAAS à Washington. « La fonction immunitaire diminue avec l’âge, explique Nancy Messonier, des CDC. Il y a en ce moment une étude clinique de phase 3 pour voir l’effet d’une dose plus grande de vaccin pour les personnes âgées. Il y a aussi des tentatives au niveau des adjuvants [des molécules qui augmentent l’effet des vaccins]. Il faudra voir ce que décrète ultimement l’ACIP [le comité consultatif sur l’immunisation des CDC]. » Gary Nabel, de Sanofi, a rapporté des résultats préliminaires supérieurs de 24 % avec cette dose plus grande, au niveau de la couverture vaccinale. « Ce serait la première fois qu’on pourrait augmenter autant l’efficacité du vaccin saisonnier », dit M. Nabel.

En chiffres

100 millions : nombre de personnes qui seraient mortes lors de la grippe espagnole en 1918-1919

12 000 à 56 000 : nombre de personnes qui meurent chaque année de la grippe aux États-Unis, avec des preuves diagnostiques

9,2 à 45,6 millions : nombre de personnes qui attrapent chaque année la grippe aux États-Unis, avec des preuves diagnostiques

40 % : proportion des patients qui ont eu un test de grippe au Québec à la fin de février dernier qui avaient réellement été infectés

Sources : NIH, CDC, INSP

La question des élèves

Question envoyée par le groupe Science Extra de quatrième secondaire de la professeure Kate Plamondon au Pensionnat Saint-Nom de Marie d’Outremont

« Sachant que le vaccin du VPH a été propulsé rapidement sur le marché pour une jeune clientèle féminine il y a plus de 10 ans maintenant, nous aimerions savoir si le vaccin offre finalement plus d’effets négatifs que positifs sur la santé des adolescentes maintenant devenues jeunes femmes. De plus, est-il réellement possible de constater qu’il est la cause de certains cas d’infertilité, comme certaines femmes le prétendent ? »

Les rapports d’effets secondaires graves sont rares, selon des études de l’INSPQ. En 2013, les Centres de contrôle des maladies (CDC) du gouvernement américain avaient estimé que le vaccin avait fait chuter de moitié chez les femmes le nombre d’infections au VPH, virus responsable de la majorité des cas de cancer des organes génitaux, et l’an dernier dans l’American Journal of Preventive Medicine, des épidémiologistes texans ont estimé que le vaccin avait été accompagnée d’une baisse de 29 % du cancer du col de l’utérus chez les 15-24 ans et de 13 % chez les 25-34 ans. Toujours l’an dernier, dans la revue Pediatrics, des chercheurs américains n’avaient trouvé aucune indication que le vaccin contre le VPH augmentait le risque de ménopause prématurée, après avoir étudié les dossiers de 200 000 femmes.

Dans le cadre d’un projet spécial, des écoles de la région montréalaise ont soumis des questions scientifiques à notre journaliste, qui y répondra d’ici à la fin de l’année scolaire. Si votre école désire participer au projet l’automne prochain, où que vous soyez au Québec, écrivez-nous !