Créés en 2001 pour améliorer l’accès aux soins de première ligne au Québec, les groupes de médecine de famille (GMF) n’ont « pas livré la marchandise » et sont « un échec », selon une nouvelle étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

Publié le 26 mai
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Chercheuse à l’IRIS et à l’Université York, Anne Plourde indique que les GMF devaient au départ « accroître l’accès aux médecins de famille, désengorger les urgences et améliorer l’accès aux services psychosociaux ». Or, « les indicateurs généraux du MSSS [ministère de la Santé et des Services sociaux] montrent clairement que, sur ces trois objectifs, aucune cible n’est atteinte », peut-on lire dans l’étude.

Entre 2014-2015 et 2020-2021, « le ratio de patients inscrits par médecin de GMF n’a augmenté que de 2 % ». De plus, un GMF sur six a « pris des ententes » avec certaines urgences un peu partout au Québec pour que celles-ci soignent certains patients des GMF, surtout le soir et la fin de semaine, affirme Mme Plourde.

Pour être financés par Québec, les GMF doivent généralement offrir 68 heures de services par semaine. Mais ceux qui n’y parviennent pas peuvent signer des ententes avec d’autres établissements, dont des urgences, explique la chercheuse. « Or, les GMF devaient justement désengorger les urgences. Il est difficile de comprendre cette logique », note Mme Plourde, qui ajoute que l’accès aux services psychosociaux ne s’est pas amélioré avec la venue des GMF.

Pour Mme Plourde, il est évident que « le modèle de GMF n’a pas rempli ses promesses ». Elle remarque par le fait même que la majorité des GMF sont des entités privées « financées largement par le public ». Une sorte de « médecine inc. » qui se fait selon elle au profit des médecins et non pas des patients.

Plusieurs facteurs en cause

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on explique que le problème d’accès à la première ligne est causé par de multiples facteurs « et non pas uniquement par le modèle d’organisation des soins ».

Le directeur des communications de la FMOQ, Jean-Pierre Dion, note par exemple qu’il y avait « un nombre équivalent de médecins omnipraticiens et spécialistes » en 2001. « Aujourd’hui, il y a 1100 médecins omnipraticiens de moins », dit-il. Plus de 500 postes de médecin de famille ont été laissés vacants depuis 2013. Les activités médicales particulières obligatoires pour les omnipraticiens, surtout en début de pratique, amènent les médecins « à plusieurs endroits, sauf en GMF », dit-il. Quant à l’accès aux services psychosociaux, M. Dion affirme que la pénurie d’intervenants dans le public n’a jamais été aussi criante.

Mme Plourde reconnaît que « d’autres facteurs entrent en jeu ». « Mais les GMF eux-mêmes ne remplissent pas leur mandat », soutient-elle. Cette étude est publiée alors que la FMOQ est sur le point d’annoncer le résultat du vote de ses membres sur l’entente de principe conclue avec le gouvernement et qui vise à améliorer l’accès aux soins de première ligne dans la province.