La Santé publique fédérale envisage d’offrir des vaccins contre les infections à la variole simienne au Québec, où les cinq premiers cas ont été détectés jeudi. Quelques dizaines de cas potentiels sont sous enquête au Canada actuellement. Des contacts sont aussi étudiés en Colombie-Britannique.

Mis à jour le 20 mai
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Pour l’instant, on a quelques doses et on est toujours prêts. On discute avec la province du Québec pour une possibilité d’utilisation », a indiqué vendredi l’administrateur en chef adjoint de la Santé publique du Canada, le DHoward Njoo, sans s’avancer sur des quantités précises.

La variole est une maladie qui est éradiquée depuis 1980 dans le monde, a ajouté le DNjoo. « Mais même si la maladie est éradiquée, il reste peut-être des souches dans les laboratoires. Et il faut toujours être prêt pour un évènement biologique avec la variole. C’est pourquoi plusieurs pays, incluant le Canada, ont une certaine quantité de doses de vaccins contre la variole », a-t-il dit, en assurant au passage que ce vaccin sera « efficace contre la variole simienne ».

Il n’existe pas de traitement contre la variole simienne, mais l’infection virale se guérit d’elle-même. Les symptômes disparaissent généralement spontanément dans les 14 à 21 jours. Le vaccin contre la variole, administré aux Canadiens jusqu’en 1971, a un taux d’efficacité supérieur à 85 % contre le virus de la variole simienne, selon les données du gouvernement du Canada. Les personnes infectées, principalement des hommes de 30 à 55 ans, présentent des ulcérations génitales et orales, ainsi que des ganglions douloureux.

« Quelques dizaines » de cas sous enquête

À ses côtés, l’administratrice en chef de la Santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a indiqué que « quelques dizaines » de personnes sont actuellement « sous enquête » en lien avec la variole simienne au pays. Elle soutient que ces personnes se trouvent « surtout au Québec », mais que quelques contacts sont aussi suivis de près en Colombie-Britannique.

« On peut s’attendre à voir plus de cas dans les prochains jours », a aussi laissé entendre la Dre Tam en anglais, précisant aussi qu’il est pour le moins « inhabituel » de voir « autant de cas » de variole dans « différents pays ».

Jeudi, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a confirmé les deux premiers cas de variole simienne, aussi appelée variole du singe, au Québec. Il s’agit des deux premières infections au pays. Une vingtaine d’autres font l’objet d’une enquête au ministère. Durant la soirée, trois nouveaux cas ont été ajoutés, portant le total à cinq.

Par courriel, le MSSS a précisé vendredi être « en action sur les questions de disponibilité ou de commandes des vaccins contre la variole » avec le fédéral. « Il y a eu des échanges entre le MSSS et l’ASPC afin de clarifier des éléments d’importance tels que le vaccin à privilégier, les indications et recommandations pour ce vaccin, les contre-indications, qui peut utiliser ce vaccin et sous quelle forme de consentement. Ces discussions sont des prérequis essentiels pour permettre d’aller plus loin dans les questions d’approvisionnement », avance la porte-parole Marjorie Larouche.

Avant de distribuer des vaccins contre la variole, il faudra toutefois « bien étudier quelles sont les indications », a prévenu le DNjoo, appelant à déterminer « comment il faut les utiliser pour être plus efficace contre cette maladie ». Entre-temps, la Santé publique continuera ses efforts en approvisionnement pour « avoir plus de vaccins », a-t-il promis.

« Les échantillons canadiens, présentement, sont envoyés au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg à des fins de diagnostic et de vérification. Cela dit, nous aimerions pouvoir étendre nos capacités de diagnostic dans nos autres laboratoires », a de son côté affirmé la Dre Tam.

Depuis le début du mois de mai, neuf cas de variole simienne ont été recensés au Royaume-Uni. L’Espagne et le Portugal ont également annoncé mercredi avoir enregistré plus d’une quarantaine de cas possibles ou confirmés. Jeudi, l’Italie et la Suède ont, à leur tour, annoncé leur premier cas confirmé de variole simienne.

Le point sur la COVID-19

La COVID-19 continue de reculer au Canada, mais les hospitalisations liées à la maladie « demeurent élevées » au pays, estime l’Agence canadienne de la santé publique. « Il y a toujours une part d’incertitude dans la trajectoire de la COVID et les variants. On a encore aussi beaucoup à apprendre sur la COVID longue », a indiqué son administratrice en chef, Dre Theresa Tam. Elle a d’ailleurs appelé les Canadiens « à la prudence » à l’approche du long week-end. « Le masque continue d’être une mesure de protection importante pour nous-mêmes et pour les gens que nous aimons, surtout ceux et celles qui sont vulnérables », a-t-elle dit. Elle a offert au passage ses condoléances aux plus de 40 000 Canadiens qui sont décédés après avoir contracté le virus, un triste seuil symbolique qui a été atteint dans les derniers jours.

Avec Alice Girard-Bossé, La Presse